Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Le Sadique à la tronçonneuse (1982) – Juan Piquer Simón

Un texte signé Frédéric Pizzoferrato

Nationalité
USA, Espagne
Année de production

1982
Réalisation

Juan Piquer Simon
Titres alternatifs

Mil gritos tiene la noche, Pieces
Interprètes

Christopher George, Linda Day George, Paul Smith, Edmund Purdom, Frank Brana

Titre emblématique du cinéma bis et gore du début des années 80, LE SADIQUE À LA TRONÇONNEUSE connut jadis une belle carrière dans les vidéoclubs, le métrage étant ressorti régulièrement sous des titres fantaisistes et des jaquettes racoleuses. Quoique médiocre, le film s’est donc gagné une petite réputation auprès des amateurs qui auront immédiatement repéré les noms « prestigieux » figurant au générique.

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À la production (et à l’écriture), nous retrouvons ainsi Dick Randall, spécialiste des intrigues délirantes que l’on retrouve, par exemple, derrière le FOR YOUR HEIGHT ONLY mettant en scène un agent secret nain, une poignée de « bruceploitation » calamiteuses (en particulier l’ahurissant CLONES OF BRUCE LEE), quelques polissonneries (LE JOURNAL ÉROTIQUE D’UNE THAILANDAISE) ou l’un ou l’autre film d’horreur aberrants comme LE CHÂTEAU DE L’HORREUR.

Mais le « bisseux » a d’autres occasions de se réjouir puisque la mise en scène (enfin disons la manière de placer la caméra !) est assurée par le redoutable Juan Piquer Simon. Celui-ci débuta par quelques classiques adaptations de Jules Verne avant de commettre des perles de série Z comme SUPERSONIC MAN, CTHULHU MANSION, SLUGS ou L’ABIME. Enfin, ajoutons que Joe d’Amato en personne a participé à l’écriture du merveilleux scénario de ce SADIQUE À LA TRONÇONNEUSE.

Bref, du beau monde pour une intrigue routinière débutant à Boston, en 1942. Un jeune garçon s’amuse innocemment à confectionner un puzzle représentant une demoiselle dénudée. Mais sa maman, très en colère, interrompt cette saine activité. Contrarié, le gamin la tue à coups de hache, ce qui prouve une fois de plus que la hache ça fait perdre la tête et qu’il ne faut pas en abuser! Le film effectue alors un bond de quarante ans (en quelques secondes de métrage, c’est ça la magie du cinéma) pour aboutir dans un campus américain typique.

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Les étudiants ne vont jamais au cours, les étudiantes draguent les profs ou passent leur temps à s’envoyer en l’air et la seule bonne raison de se rendre à la bibliothèque est d’y échanger des billets doux. La tranquillité de l’établissement sera pourtant mise à mal par une série de meurtres perpétrés par un sadique portant des gants de cuir noir. Ce mystérieux assassin aime découper les jeunes filles à la tronçonneuse dans le but de se fabriquer un beau puzzle pour remplacer celui, inachevé, de ses jeunes années. Comme quoi la psychologie de base n’a rien de bien compliqué, merci tonton Sigmund, vous pouvez retourner vous coucher ! L’enquête est confiée à un policier mollasson, secondé par une jeune femme infiltrée sur le campus sous le prétexte d’y donner des cours de tennis. Malheureusement, le taré continue son carnage.

LE SADIQUE À LA TRONÇONNEUSE constitue un bon (façon de parler, bien sûr) slasher idiot filmé à Boston et Madrid par un réalisateur espagnol, lequel œuvre pour un producteur américain basé en Italie et utilisant des fonds provenant d’Amérique latine. Et après il y en a qui se plaignent de la mondialisation !

En dépit d’une séquence d’ouverture plutôt convaincante tentant de réitérer l’effet choc du prologue d’HALLOWEEN, le métrage de Juan Piquer Simon s’enfonce rapidement dans la médiocrité la plus crasse. Mais le cinéaste connaît suffisamment le cinéma d’exploitation pour ne pas ennuyer le spectateur. Il lui offre donc quelques séquences gentiment sexy et beaucoup de scènes sanglantes. Si LE SADIQUE À LA TRONÇONNEUSE parait aujourd’hui bien timoré (le « torture-porn » étant passé par là), les nombreux démembrements à la tronçonneuse restent distrayants et les effets de maquillage plutôt réussis pour un produit aussi fauché. Quoique l’ensemble lorgne vers le slasher, l’accoutrement du tueur (chapeau et gant noir, imperméable), le lieu choisi (un campus) et le semblant d’enquête rapprochent le film du giallo, impression accentuée par une certaine complaisance dans la nudité typiquement européenne.

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L’interprétation, pour sa part, se révèle des plus embarrassantes. Si Christopher George (vu dans THE EXTERMINATOR, GRYZZLY LE MONSTRE DE LA FORÊT ou FRAYEURS) se montre très correct, son épouse Linda Day (familière de la télévision ayant très peu tourné pour le grand écran) se révèle catastrophique. Paul Smith (vu ensuite dans DUNE et MORT SUR LE GRILL) parait complètement à côté de la plaque et Edmond Purdon (SOS CONCORDE, HORRIBLE) n’est guère plus convaincant. Les interprètes, il est vrai, sont peu aidés par des dialogues complètement décalés, lesquels provoquent heureusement le sourire du spectateur complice. Comment garder son sérieux lorsque Linda Day s’écrie, après la mort d’une jeune fille, « Bâtard… bâtard… sale bâtard… pourquoi as-tu fais ça, bâtard ? » ? Difficile aussi de ne pas éclater de rire devant cette étudiante aux gémissements sonores qui déclare à son amant : « Si tu me bâillonnes, je ne ferai plus de bruit… mais reviens vite au lit ».

Citons encore une scène inutile et délirante dans laquelle notre inspectrice infiltrée tombe sur un prof de kung-fu qui se met inexplicablement à l’attaquer. Ou encore la séquence souvent citée dans laquelle le tueur emprunte un ascenseur en compagnie d’une de ses futures victimes, laquelle ne remarque pas la pourtant énorme tronçonneuse du meurtrier ! Bref, beaucoup de passages risibles mais capables d’amuser un spectateur complice.

Aussi mauvais qu’il soit (et il l’est assurément !), LE SADIQUE À LA TRONÇONNEUSE n’est pourtant jamais ennuyeux, ce qui constitue presque un exploit dans la masse des slashers interchangeables sortis à la même époque. On dénote aussi des séquences aujourd’hui impensables comme celle montrant une victime féminine réfugiée dans les toilettes se pissant copieusement dessus alors que le tueur défonce la porte ! Du bon mauvais goût, comme disait l’autre…

Rarement un slasher a-t-il été aussi loin dans la bêtise, cultivant les scènes idiotes sans sourciller, additionnant les invraisemblances et se permettant les audaces les plus délirantes avec une bonne santé réjouissante. L’ensemble aboutit finalement à une parodie, certes involontaire mais immensément drôle et dont les excès gore se révèlent fort sympathiques et divertissants. Nous sommes bien sûr à des années-lumière d’un chef d’œuvre, mais LE SADIQUE À LA TRONÇONNEUSE assure un spectacle réjouissant jusqu’à un final typique de son époque, à savoir surprenant… et débile ! À redécouvrir !



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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Frédéric Pizzoferrato

Ses films préférés - Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer - Ses auteurs préférés - Graham Masterton, Christophe Lambert, Thomas Day, Stephen King, Clive Cussler, Paul Halter, David Gemmell