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Le succès de Godzilla a donné envie à la Daiei de créer son propre monstre. En 1965, Gamera rencontre le succès auprès du public, et tout naturellement le studio met en production une suite. Il décide de frapper plus fort en doublant le budget et propose un nouveau concept. Celui-ci s’éloigne du regard enfantin pour cibler les adultes grâce à une intrigue plus sombre et violente. La Daiei fait appel à Shigeo Tanaka, réalisateur régulier du studio. Noriaki Yuasa, réalisateur du premier opus, revient pour les scènes en costume. Les producteurs misent aussi sur Kojiro Hongo et Kyoko Enami déjà réunis dans The Whale God (1962).
Malgré son succès, Gamera contre Barugon fait fuir la plus grande partie de son public : les familles.


La soif des diamants
L’œuvre se présente comme un film d’aventure, le spectateur suit l’histoire de Hirata (Hondo), un aventurier à la recherche d’une grande opale cachée par son frère. Celle-ci se trouve sur une île en Polynésie. Sur place, les occupants mettent en garde Hirata et ses deux amis. L’île cache une vallée remplie de danger qui punit ceux qui osent s’aventurer pour la voler.
Le groupe n’écoute pas et s’enfonce dans la jungle. La mise en scène de l’expédition évoque les films d’aventure : jungle labyrinthique, créatures exotiques et bien sûr, les sables mouvants, incontournables de toute quête.
Lorsque les explorateurs trouvent la fameuse pierre, l’un d’eux, Kawajiri les trahit et les laisse pour morts. Cette obsession pour la pierre rappelle beaucoup celle pour l’anneau de Gollum, le personnage du Seigneur des anneaux. En effet, ces deux protagonistes deviennent violents pour posséder leurs « précieux ».
L’envie est le péché central du film et elle est ancrée dans l’ADN de Gamera. Le premier opus parlait de colère ; celui-ci explore la cupidité humaine. Chaque humain convoite quelque chose : de l’argent, des armes ou bien encore les plaisirs charnels. Kawajiri tue et détruit tout autour de lui. Il se laisse dévorer par son envie et son amour pour l’argent au point de devenir un monstre.
Bien qu’Hirata se repente après avoir perdu son ami et son frère, il reste l’esclave de ses sentiments. Il n’est pas insensible au charme de Karen, une habitante de l’île. Une séquence lourde de sous-entendus appuie ce point. Effectivement, après une scène de bagarre, Karen suce le sang de la blessure de Hirata avant de faire un pansement. Hirata essuie avec insistance la bouche de la jeune femme dans un geste qui ne laisse pas de doute sur sa signification.
Gamera contre Barugon critique ainsi le capitalisme qui a envahi le Japon après la Seconde Guerre mondiale. Ce désir de toujours vouloir plus, au détriment de soi et du pays, peut aussi être vu comme une fuite de la réalité. Cependant le film condamne ces appétits en sacrifiant de nombreuses vies innocentes.


L’incarnation du péché
Les kaiju dans ce film peuvent être perçus comme une incarnation physique des péchés du Japon. Ce n’est donc pas pour rien si ces monstres naissent des entrailles de la terre. Barugon vient d’un œuf qui éclot à la suite d’une exposition prolongée à des rayons. Il grandit en parallèle de l’appétit financier de Kawajiri. Barugon ne s’intéresse qu’à la brillance des gros diamants, sa passion sera son talon d’Achille. Il détruit sans relâche, mu par l’envie, punissant ceux qui l’ont volé, comme une momie lançant sa malédiction.
En face, le public retrouve avec joie Gamera. Dès l’introduction, il fait son apparition après s’être échappé de la fusée. Ce moment annonce un spectacle prometteur grâce à la qualité de ses effets pratiques parfaitement mis en scène. L’arrivée de Gamera dans sa carapace évoque les films de science-fiction américains avec leurs attaques de soucoupe volante. La créature se présente non plus comme un agresseur, mais comme un ancien dieu protecteur de la terre. Les humains le craignent et l’aiment comme une figure religieuse.
La première rencontre entre les deux monstres est magnifique. La réalisation joue avec les plans pour situer les créatures dans l’espace et souligner la puissance de leurs coups, ajoutant des humains placés entre eux pour souligner leur gigantisme. La palette (verts, bleus, violets) renforce l’aspect fantastique et inquiétant du duel.Ces couleurs évoquent aussi des symboles culturels et religieux, notamment les chakras, suggérant un déséquilibre permanent.


Vous n’aviez pas prévu des kaiju dans votre film ?
Malgré ces nombreuses qualités, il existe des causes à la baisse du succès de ce Gamera. Le public venu pour voir du kaiju reste sur sa faim. Sur pratiquement 2h de film, il faut bien attendre 50 min pour retrouver les deux géants. L’histoire captivante de la chasse au trésor, qui bascule en catastrophe, perd en rythme à cause de scènes trop longues. Le duo Hongo/Enami fonctionne bien, mais leur romance semble précipitée et forcée. La longueur de Gamera contre Barugon et sa violence ont rendu le film difficile à suivre pour le jeune public qui avait tant plébiscité la tortue des temps anciens. La Daiei retient la leçon pour préparer le prochain film.
TEST DU BLU-RAY/DVD
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Le packaging proposé par Roboto Films inclut un livret de 60 pages, 10 cartes postales et un poster. Chaque film du coffret est présent dans son digipack (donc 3 digipacks en tout). L'ensemble dans un étui cartonné. Gamera contre Barugon bénéficie d'une version restaurée en 4K accompagnée d'une présentation du film et de sa mise en contexte par Fabien Mauro ainsi qu'un entretien avec Shinji Higuchi et Shunichi Ogura qui ont dirigé la restauration. Les + Le travail de restauration Les moins : En augmentant la netteté et la luminosité, la restauration peut, parfois, mettre en évidence les effets spéciaux et légèrement casser la magie. => Achetez chez notre partenaire Metaluna=> Spécificités du DVD/Bluray sur le site de Sin'Art |
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Article rédigé par Faye Fanel
Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.


