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Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Le Locataire (1976) – Thriller psychologique

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
France
Année de production

1976
Réalisation

Roman Polanski
Titres alternatifs

The Tenant
Interprètes

Roman Polanski, Isabelle Adjani, Melvyn Dougla

En 1976, Roman Polanski tourne à Paris Le Locataire, l’adaptation du roman éponyme de Roland Topor.

Trelkovsky, un employé de bureau timide et maladroit, désire louer un appartement dont la précédente locataire s’est défenestrée. Sachant qu’il ne pourra le louer que si elle décède, il la visite à l’hôpital afin de s’enquérir de son état. C’est là qu’il fait la rencontre de Stella, une amie de la malheureuse. Quand cette dernière décède, Trelkovsky aménage et organise une pendaison de crémaillère. Cela lui attire malheureusement les foudres de ses voisins. Très vite, il remarque le comportement très curieux de ces derniers ses voisins, et surtout, très hostile à son encontre.

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En 1976, Roman Polanski est devenu un réalisateur célébré et reconnu. Fort du succès de Rosemary’s Baby et Chinatown, la Paramount est enthousiaste à l’idée de produire un nouveau film avec le réalisateur d’origine polonaise. Seulement, les projets tombent à l’eau et Roman s’impatiente. Il décide alors d’adapter le roman de Roland Topor dont la Paramount possède les droits, mais ne fait rien avec. Il part à Paris, à la rencontre de l’auteur, dont il obtient l’aval ainsi que des conseils pour son adaptation, qu’il ne suivra pas forcément. Car le roman était plutôt un thriller psychologique alors que le film est une plongée dans une psyché tourmentée, mais aussi une métaphore du vécu d’un étranger à Paris.

Comme il l’admet lui-même en interview, Roman Polanski a vécu à Paris avec sa sœur, quand le gouvernement communiste de la Pologne a permis à ses ressortissants de voyager. Il intègre une école de cinéma et cherche du travail, en vain. Le Paris sale et gris, remplis de Parisiens antipathiques et méfiants, la police qui se méfie d’un étranger, tout cela trahit un sentiment qu’on retrouvera dans un certain nombre de ses métrages et qui pourrait se voir sous le prisme d’un juif polonais se sentant rejeté. Mais, comme il le dit lui-même, le personnage pourrait être chinois, ça ne changerait pas grand-chose. C’est le rejet des étrangers qu’il évoque.

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Pour épouser le point de vue tourmenté de son personnage, qu’il incarne à la perfection, Polanski fait appel à une toute nouvelle invention : la Looma. Il s’agit d’une grue mobile dont la tête peut opérer des déplacements distincts de la grue, ce qui permet des mouvements impossibles jusqu’alors. Ravi par cette invention, Roman va l’utiliser dans de nombreux plans, ceux dans la cour, construite entièrement en studio, mais aussi dans l’escalier en accrochant la tête de la Looma sur une corde. En outre, tout le long métrage est quasiment filmé avec un objectif 29mm qui est plutôt large sans être totalement un grand angle. Mais en le collant au visage des comédiens, il permet d’en déformer les traits, de les rendre grotesques et inquiétants.

Ce qui peut l’être aussi, c’est d’entendre le réalisateur dire qu’il s’agit à ses yeux d’une comédie. Certes, la scène du jardin du Luxembourg est plutôt comique, on y voit Trelkovsky gifler sans raison un petit garçon qui était déjà triste. Mais le reste du long métrage raconte la descente en enfer d’un personnage tourmenté qui doit certainement souffrir d’un trouble psy tel que la dissociation d’identité, qui est loin d’être amusant. La raison en est sans doute dans le passé trouble du réalisateur, dont une partie de la famille est morte en camp de concentration. À l’époque, il avait déjà perdu sa femme, Sharon Tate, assassinée par la secte de Charles Manson, évènement propice au traumatisme. Et, un an après la sortie du Locataire, Roman Polanski agressera sexuellement Samantha Gailey, alors mineure au moment des faits.

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Ainsi, Le Locataire reste un film, malheureusement, charnière dans la carrière tourmentée de Roman Polanski. Sa particularité étant de réunir un casting international, avec des comédiens américains tels que Melvyn Douglas (récompensé aux oscars pour son second rôle dans Le Plus Sauvage d’entre tous et Bienvenue, mister Chance Ninotchka) et Shelley Winters (La Nuit du chasseur, Lolita) qui incarnent les voisins « monstrueux » tandis que les comédiens français, jeunes pour la plupart et venant de troupes de café-théâtre, incarnent les amis extérieurs de l’immeuble. On notera la présence d’Isabelle Adjani, dans un rôle de femme très entreprenante vis-à-vis du personnage de Trelkovsky, ce qui ne peut qu’interroger quand on connait la suite des évènements (notamment les accusations d’agression sexuelles portées contre Roman Polanski remontant aux années 70 et 80). Adjani est tout à fait incroyable dans le rôle, tout autant que Michel Blanc et Josiane Balasko qui font de petites apparitions.

Malheureusement, lors de sa sortie, le Locataire reçoit un accueil plus que mitigé à Cannes, festival pour lequel Polanski s’est hâté de finir le long métrage. Le public boudera également le film. Ce qui peut s’expliquer par la vision très grise et sombre d’une ville à l’aura très touristique et romantique, soit à l’opposé de ce que montre Le Locataire. C’est sur le long terme qu’il se fera un chemin dans le cœur des cinéphiles. En premier lieu, car il conclut la trilogie des appartements maudits, composée de Répulsion et Rosemary’s Baby, ensuite parce qu’il est un tour de force en mise en scène et en jeu d’acteur, parce qu’il remue quelque chose d’encore actuel, dans le sentiment de rejet qu’éprouvent en général les immigrés.


TEST DU BLU-RAY/DVD


Carlotta nous propose un coffret collecteur composé de deux disques, l'un en 4K ultra HD et l'autre en Blu-ray, tous deux bénéficiant d'un certain nombre de bonus qui permettent de se replonger dans la production, assez complexe, du long métrage. Ils s'accompagnent d'un poster de l'affiche du film, d'une série de photos promotionnelles du tournage, et enfin d'un livret proposant d'explorer la filmographie des comédiens et artisans du film.

La restauration est de grande qualité, aucun filtre coloré n'est à déplorer, le film a conservé toute sa noirceur et son aspect froid et poisseux. Pour autant, de nombreux détails sont perceptibles grâce à la restauration comme les grains de peau des comédiens, ou encore, la présence ou l'absence d'une certaine dent dans la bouche de Roman Polanski.

Points positifs :
- Présence de nombreux bonus
- Présence de goodies (poster, photos, marque-page)
- Livret
- Haute qualité de l'image et du son

Points négatifs :
- Le film est peut-être un peu sombre, s'il est visionné dans un intérieur lumineux.

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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite