|
|
Nationalité |
On ne va pas se raconter de salades, si on va au cinéma, c’est aussi pour voir, sur grand écran, les plus beaux spécimens de l’espèce humaine. Or, sur ce point, Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé peut s’enorgueillir de projeter sur la toile la fine fleur de la gent féminine, alors au firmament de sa jeunesse de surcroît. Heureusement, le film, célèbre pour son titre abscons, ne se satisfait pas de ce seul atout et tire parti des talents que l’on trouve à tous les postes techniques.


Ainsi, on doit la musique à l’un des meilleurs compositeurs de films italiens, Bruno Nicolai. Précédemment, il s’était rendu responsable des mélopées de L’Oiseau au plumage de cristal (1970), Django (1966) ou encore Le Bon, la Brute et le Truand (1966). Les ritournelles qu’il met à la disposition de Ton Vice subliment, quant à elles, chaque scène. Que ce soit pour souligner le désespoir régnant dans la villa du signore Rouvigny, ou pour appuyer la violence des meurtres exécutés à la serpe ou au rasoir dont les lames étincellent sous les rayons de la Lune.
Pour exalter ces fétiches, Giancarlo Ferrando fait des miracles au poste de directeur de la photographie. Stakhanoviste du Bis, il a signé les plus somptueux travaux de Sergio Martino comme Toutes les couleurs du vice (1972) ou Torso (1973). Par la suite, comme le cinéma italien, il sombrera dans une triste médiocrité constituée de comédies érotiques peu émoustillantes ou de films après la bombe fauchés.


Ernesto Gastaldi signe le scénario. Celui que l’on considère comme l’un des maîtres du giallo, a rédigé ceux de Luciano Ercoli comme La mort caresse à minuit (1972) ou La mort marche à talons hauts (1971). Il est d’ailleurs également auteur du script de La Queue du scorpion (1971), autre fameux thriller signé Sergio Martino, le même que l’on trouve à la tête de Ton Vice…
Peu connu du grand public, Sergio Martino s’avère pourtant l’un des tous meilleurs artisans du bis italien, comme en témoigne son western tardif Mannaja, l’homme à la hache (1977) ou, bien sûr, ses gialli et en particulier sa trilogie du vice auquel appartient Ton Vice…
Le film se montre d’autant plus séduisant que trois figures du cinéma des années 70 se trouvent en tête d’affiche : Anita Strindberg, Luigi Pistilli et, donc, Edwige Fenech. Chacun se voit ici confier des rôles parfaitement adaptés à leur physionomie…
Proche de l’anorexie, Anita Strindberg est au bord de la crise de nerf, mais semble cacher un double-jeu. Edwige Fenech incarne, pour sa part, l’insolente et pleine beauté de la jeunesse. Quant à Luigi Pistilli, il personnifie une bourgeoisie décadente dans ce monde de l’après mai 68. Les seconds rôles sont également subliment distribués avec, en tête, l’inquiétant Ivan Rassimov dont on ne connaîtra les intentions qu’à la toute fin du film. Même les rôles insignifiants se révèlent tenus par des acteurs emblématiques, comme celui de la strip-teaseuse du tout début du métrage, la sublime Dalila Di Lazzaro qui, en 1973, donnera corps à la délicieuse créature créée par Udo Kier dans Chair pour Frankenstein.


C’est donc sans surprise que tout ce beau monde nous livre un film splendide. Un film remarquable, que l’on appréciera pas uniquement pour ses qualités artistiques et esthétiques. Déjà, on notera l’incongruité de ce huis clos se déroulant au cœur d’un manoir baigné de soleil pourtant truffé de zones d’ombres. L’action se déroule principalement dans les appartements sombres du non moins obscur signore Rouvigny. Pour illuminer quelque peu le repaire de ces bourgeois en fin de règne, il fallait au moins l’apparition de la rayonnante Edwige Fenech. Mais, la réjouissante subversion apportée par la belle n’est en réalité que façade. Très rapidement, son personnage dévoile une facette bien moins glorieuse, associant perversion sexuelle et vénalité.
Dans ce giallo teinté de machination, Sergio Martino semble alors vouloir livrer un avertissement à ses contemporains qui voient les nantis vaciller : Attention à ne pas laisser leur descendance tout aussi viciée reprendre la main. Finalement, seuls les jeunes vauriens présentés au début du film semblent avoir gain de cause aux yeux du réalisateur. Ces hippies sans attache matérielle symbolisent à la fois la non-violence et le refus du patriarcat, de l’opulence, de l’exploitation et du racisme. Ces tristes qualités sont l’apanage de la bourgeoise, et tous magnifiquement exposés lors de la mémorable introduction du film.
Mais à quoi bon essayer de démontrer la profondeur d’un film lorsque la seule présence d’Edwige Fenech suffira à convaincre quiconque de découvrir et redécouvrir Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé ?
![]() |
Le film bénéficie d'une sortie sur support physique : => Commandez chez notre partenaire Metaluna et une partie du montant de votre achat sera reversée à Sueurs Froides. CLIQUEZ ICI POUR COMMANDER. Merci. => Spécificités du DVD/Bluray sur le site de SIN'ART
|
|
Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix : |
|
Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci ! |
Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :
=> Toutes les couleurs du vice (1972) – Sergio Martino
=> L’Étrange vice de Madame Wardh (1971)
Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma











