Au sommaire de Sueurs Froides 37 :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

Faites-vous plaisir et soutenez le site en commandant - Cliquez sur la bannière :

Si c'est déjà fait, continuez votre lecture avec...

Robin des Bois – Prince des Voleurs (1991)

Un texte signé Charlotte Dawance-Conort

Nationalité
USA
Année de production

1991
Réalisation

Kevin Reynolds
Titres alternatifs

Robin Hood, Prince of Thieves
Interprètes

Kevin Costner, Morgan Freeman, Mary Elizabeth Mastrantonio, Alan Rickman

Les conditions de tournage de Robin des Bois – Prince des Voleurs sont optimales puisque le film repose sur une des stars les plus en vue aux Etats-Unis en ce début des années 90. Kevin Costner a achevé le tournage de sa propre œuvre, l’adaptation ambitieuse de Danse avec les Loups, et il s’apprête à incarner un héros des plus classiques. La Warner veut exploiter un certain nombre de personnages emblématiques, les voilà donc lancés dans la production d’un Robin des Bois qui se veut moins fantaisiste que ceux d’Errol Flynn et de la maison Disney. Le film se targue également d’être plus historique – malgré un certain nombre de libertés – ce qui se manifeste à travers le costume de Kevin Costner, loin des célèbres collants de l’oeuvre de 1938. Le long-métrage de Kevin Reynolds connaît un très grand succès et assoit la carrière de Costner pour quelques années encore. Pourtant, le temps n’a pas épargné ce prince des Voleurs.

Robin des Bois - Prince des voleurs

L’ouverture se fait sur la tapisserie de Bayeux, une manière d’évoquer en très gros le Moyen-Age malgré le siècle qui sépare l’immense toile des Croisades de Richard Cœur de Lion. La musique de Michael Kamen promet un film épique. Dans un cachot suintant de Jérusalem, notre héros enchaîné est un brave n’hésitant pas à se sacrifier pour éviter la torture à ses camarades. Il se lie à un maure, incarné par Morgan Freeman, et parvient à s’échapper. Après plusieurs mois, le voilà de retour en Angleterre avec ce nouveau compagnon, Azim, pour découvrir la spoliation de ses terres par le cruel et despotique shérif de Nottingham. Heureusement, la belle Marianne est là pour l’aider à ne pas trop penser à l’horrible massacre dont son père a été victime. Epaulé par des paysans appauvris par les restrictions de Nottingham, il va délivrer la région de cette tyrannie.

Le prince Jean disparaît donc tout à fait et c’est Alan Rickman dans le rôle du shérif qui incarne l’antagoniste principal. Sa performance est maintenant célèbre, révélant un penchant pour l’excès « cartoonesque ». Le comédien anglais peu convaincu par le script en a fait réécrire une partie, et ne semble pas très enthousiaste lors des interviews de promotion. Mais son jeu totalement débridé est l’un des points forts du film, car il insuffle un dynamisme autrement absent de la mise en scène. La partition de Michael Kamen accompagne les facéties de l’acteur en synchronisant sa partition à ses gestes.
La réalisation est formellement extrêmement paresseuse. Aucun amusement ne transparaît dans ce film qui utilise une caméra en mouvement quasi permanent comme unique hardiesse.

Robin des Bois Prince des Voleurs 02

Si Kevin Costner a l’air impliqué dans le rôle, son jeu souffre de la comparaison avec le charisme de son acolyte Azim, interprété par un Morgan Freeman dont le regard scrutateur sur cette étrange civilisation constitue le deuxième ressort comique du métrage. C’est en fait une réelle contradiction dans le scénario : Robin ambitionne de devenir le chef de file du peuple en révolte. Lors d’une scène cruciale, Azim exhorte une foule en déroute à suivre Robin. Or, le véritable leader désigné semble être ce maure à la fois méritant au combat et réfléchi. Par quelle évidence Robin serait-il le guide de cette population insurgée, si ce n’est qu’il est l’héritier du seigneur local ?

Robin a sauvé Azim de la torture, ce dernier lui doit donc une vie. Durant le film, Robin appelle son ami à l’aide mais celui-ci tarde à intervenir. En réalité, Robin est capable de se débrouiller seul et ce n’est qu’à la fin, dans ce qui semble être la conclusion prévisible de l’arc du personnage, que le maure peut honorer sa dette. Mais c’est bien la différence entre les deux personnages. Azim laisse le héros en devenir un, tandis que Robin s’immisce en maître indiscutable, chez Marianne ou parmi les habitants de la forêt. Ainsi, la jeune femme qui, au début, maîtrise le combat et régente sa maison seule, perd peu à peu ce caractère indépendant pour tomber irrémédiablement sous le charme de l’arrière-train de Robin, surpris nu sous une cascade, une scène embarrassante mais qui donne naissance au joli thème musical d’amour. Quant aux paysans rebelles réfugiés en forêt, ils cèdent aisément la place de chef à Robin et ne semblent penser à exploiter les ressources de la forêt et à s’organiser qu’une fois ce dernier arrivé.

Robin des Bois Prince des Voleurs 03

Il y a néanmoins de bonnes intentions dans cette production. La Guerre du Golfe a débuté l’année précédente, les tensions raciales sont de plus en plus manifestes aux Etats-Unis et culmineront avec le passage à tabac de Rodney King en 1991 et les émeutes de Los Angeles en 1992. Il y a donc une intention louable de représenter sous les traits de Morgan Freeman un personnage d’origine arabe source de sagesse, partisan de l’ouverture d’esprit et émissaire de nouvelles connaissances scientifiques dans une Europe rustre. L’histoire du racisme qui ne cesse de resurgir aux Etats-Unis est évoquée dès le début par une scène lors de laquelle Nottingham se présente la nuit devant le château de Robin, encadré de cavaliers vêtus de longues tuniques blanches à capuches, référence aux troupes du Ku Klux Klan. Cet aspect du personnage de Nottingham est développé dans la version longue. Celui-ci pratique une sorcellerie occulte qui disparaît presque totalement dans la version cinéma et qui explique en partie ses agissements et ceux de Mortiana, la sorcière qui le conseille.

Les heures défilent et on assiste à ce qui se présente comme une très longue mise en place. Des protagonistes continuent à apparaître au bout de plus d’une heure de film, comme Frère Tuck dont le personnage n’a pas de réel apport à l’histoire si ce n’est d’être un compagnon emblématique de la légende, tandis que d’autres, présentés comme des antagonistes majeurs, disparaissent artificiellement, à l’image de Guy de Gisbourne, homme de main du shérif. L’ensemble est survolé sans être abouti, le scénario se contente par conséquent de facilités décevantes.

Robin des Bois – Prince des Voleurs s’étire sur une durée de 2h23 pour la version cinéma (2h35 pour la version longue). Kevin Reynolds use des ingrédients à la mode mais hésite constamment sur le style : le métrage de duo que tout oppose, la romance, le film d’aventure, par instant puéril et sur d’autres aspects s’adressant clairement à un public adulte. Sur ce point, Robin des Bois – Prince des Voleurs risque de souffrir de son temps. Comment un spectateur d’aujourd’hui va-t-il recevoir cette scène de tentative de viol de Nottingham sur Marianne filmée comme un moment comique à cause d’un montage alterné et du jeu de Rickman ?

Certains films gagnent à être conservés parmi les souvenirs de jeunesse, Robin des Bois est de ceux-là.



Le film bénéficie d'une sortie sur support physique :

=> Commandez chez notre partenaire Metaluna et une partie du montant de votre achat sera reversée à Sueurs Froides. CLIQUEZ ICI POUR COMMANDER. Merci.


Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix :
=> Pour rester en contact, abonnez-vous à la newsletter.
=> Pour soutenir financièrement notre éditeur Sin'Art, faites un don de 5 ou 10 euros.
=> Vous pouvez aquérir aussi pour 8,80 € le n°37 de Sueurs Froides au format papier

Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci !


Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :

=> Robin des bois versions Hammer


BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Charlotte Dawance-Conort

Ses films préférés - Tree of Life, Brazil, La Nuit du Chasseur, Take Shelter, Nostalgie de la Lumière.


Jetez un oeil à ce que font nos partenaires :