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Guerre des gangs à Okinawa (1971) – Un monde violent

Un texte signé Faye Fanel

Nationalité
Japon
Année de production

1971
Réalisation

Kinji Fukasaku
Titres alternatifs

Bakuto gaijin butai
Interprètes

Kôji Tsuruta,Tomisaburō Wakayama, Tsunehiko Watase

Le grand public connait principalement Kinji Fukasaku pour son adaptation du roman Battle Royale en 2000 ou bien encore pour son film Virus en 1980. Pourtant, à la sortie de Battle Royale, beaucoup de réalisateurs américains tels William Friedkin ou Quentin Tarantino parlent de l’influence du cinéaste sur leurs films. Ils citent notamment dans la filmographie de Fukasaku ses œuvres de yakuzas, citées également par Takeshi Kitano. Guerre des gangs à Okinawa constitue un excellent représentant de cette partie méconnue de la filmographie de Fukasaku.

Guerre des gangs à Okinawa
Guerre des gangs à Okinawa 05

Qui sera le roi des gangs?

Le long métrage est coupé en trois chapitres qui narrent le parcours de Gunji et de son gang. Sortis de prison, ils fuient Yokohama pour tenter leur chance à Okinawa. Fukasaku plonge le spectateur dans un monde de violence et de guerre d’égo.

Gunji et son gang luttent tout au long du film pour retrouver la gloire de leur ancien gang sans en trahir les règles et l’esprit des yakuzas classiques. Cette idée est illustrée lors de la première partie par une mise en scène très théâtrale inspirée du Kabuki. Les personnages agissent comme des acteurs perpétuellement en représentation. Ils sont très dramatiques et chaque geste s’exécute selon un critère précis.

Les choses changent lorsque le gang débarque à Okinawa. Encore sous l’influence des Etats-Unis, l’ambiance y est plus débridée et marquée par la présence d’occidentaux. Le monde du crime est plus sauvage et toxique, les gangs ne sont pas unis et chacun tente de grignoter le territoire de l’autre. Gunji et sa bande ont beaucoup de mal à s’imposer et même si les pertes sont importantes ils refusent de s’arrêter. Le metteur en scène utilise un lexique visuel propre au documentaire de guerre avec notamment l’utilisation d’une caméra à l’épaule pour se trouver au plus près de l’action, illustrant en même temps l’état d’esprit de ces représentants d’un ancien temps où le crime est régi par un respect des codes précis. Les zooms violents et le fait que le personnage cache toujours ses yeux permettent au spectateur de saisir sa détermination. Malgré la peur et la souffrance, il refuse d’abandonner ce qui fonde son identité.

Guerre des gangs à Okinawa 03
Guerre des gangs à Okinawa 04

Une société en évolution

Au travers de cette histoire criminelle, Fukasaku parle de la société japonaise. En effet le long métrage se situe à une époque charnière de l’histoire du Japon, la restitution d’Okinawa qui se termine en 1972. Celle-ci occasionne une division entre les japonais traumatisés par la seconde guerre mondiale et la population, notamment plus jeune, qui a grandi sous l’influence américaine. Cette guerre des gangs illustre cet affrontement de génération et de pensée. Gunji et sa bande, attachés à la société d’avant la guerre, tentent de survivre dans ce contexte plus débridé et ouvert. L’utilisation de musique jazz et funk avec leur rythme rapide, dissonant et très intense, permet de montrer la violence permanente à laquelle les personnages sont confrontés : à la fois physique et mentale.

Un autre thème au cœur de Guerre des gangs à Okinawa tient dans le combat de David contre Goliath : des grands groupes contre les petits gens. Le grand groupe mafieux venu de Tokyo mange petit à petit les plus petits tout comme la modernité mange les campagnes. Lui résister semble impossible. Le metteur en scène choisit même d’appuyer ce pouvoir en faisant déplacer les yakuzas de Tokyo dans des voitures rappelant celle du gouvernement. Par ces thèmes, Fukasaku se montre très sceptique et sans espoir sur la possibilité pour la société japonaise de s’unir à nouveau.


TEST DU BLU-RAY/DVD


Roboto film présente Guerre des gangs à Okinawa dans un coffret proposant une très belle copie avec un master HD, ainsi qu'un livret rédigé par Amazigh Houha, des cartes postales et un poster. Le film est accompagné d'un entretien entre les critiques de cinéma Stéphane du Mesnildot et Fausto Fasulo et d'un commentaire audio de Nathan Stuart.

Les + :

La copie
L'entretien entre Stéphane du Mesnildot et Fausto Fasulo qui permet d'approfondir le film

Les - :

un peu plus d'informations sur le réalisateur ou le contexte historique auraient apporté un plus.

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Article rédigé par Faye Fanel

Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.


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