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El Lute II – Demain je serai libre (1988) : la liberté en cavale

Un texte signé Vincent Trajan

Nationalité
Espagne
Année de production

1988
Réalisation

Vicente Aranda
Titres alternatifs

El Lute II: mañana seré libre
Interprètes

Imanol Arias, Jorge Sanz, Ángel Pardo, Pastora Vega, Blanca Apilánez, Terele Pávez

Avec EL LUTE II : DEMAIN JE SERAI LIBRE, Vicente Aranda opère un déplacement inattendu. Là où EL LUTE : MARCHE OU CREVE racontait la naissance d’un fugitif broyé par la misère et la violence franquiste, ce second volet s’intéresse davantage à l’après. Non plus seulement survivre, mais vivre. Non plus fuir uniquement, mais tenter d’exister autrement. Et c’est ce changement de perspective qui donne au diptyque une ampleur singulière.

Le film reprend après l’évasion spectaculaire d’Eleuterio Sánchez du pénitencier du Puerto de Santa María. Désormais traqué dans toute l’Espagne, El Lute vit dans une cavale permanente, aidé par ses frères et sa famille. Mais cette fuite n’est plus seulement physique. Elle devient sociale, identitaire, presque existentielle. Car Eleuterio ne cherche plus uniquement à échapper à la Guardia Civil. Il veut aussi rompre avec la condition de merchero, cette identité imposée qui l’a condamné dès l’enfance à la marginalité.

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C’est là que le film trouve sa vraie matière. Vicente Aranda s’éloigne progressivement du polar carcéral ou du film de cavale pour glisser vers quelque chose de plus ample : une réflexion sur l’identité, l’intégration et le poids du déterminisme social. El Lute rêve désormais d’une vie respectable, d’une maison, d’une famille stable, d’un avenir où les siens sauraient lire, écrire, travailler et exister autrement. Il veut devenir un « payo », ou du moins s’approcher de cette normalité bourgeoise dont il a toujours été exclu.

Cette aspiration irrigue tout le récit. Pourtant, Aranda ne filme jamais cette quête de manière naïve. Chaque tentative d’ascension sociale semble immédiatement rattrapée par le passé. La cavale continue, les contrôles policiers se multiplient, les dénonciations pleuvent. Le personnage reste prisonnier d’une boucle infernale où chaque pas vers la liberté semble ramener vers l’enfermement.

Là où le premier film reposait largement sur la brutalité physique, celui-ci déplace la tension vers quelque chose de plus diffus. L’usure psychologique prend le relais. El Lute agit moins, réfléchit davantage. Il porte désormais le poids de ses choix, de sa famille et de ses responsabilités. Cette évolution donne au personnage une densité nouvelle.

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Imanol Arias accompagne remarquablement cette transformation. Son interprétation gagne en maturité et en intériorité. Son El Lute n’est plus seulement ce jeune homme acculé par la fatalité. Il devient un homme plus dur, plus lucide, plus fatigué aussi. Un homme qui comprend peu à peu que la liberté ne se résume pas à une simple évasion.

Aranda enrichit également son récit par une dimension presque ethnographique. À travers la famille Sánchez, il filme tout un monde pris entre tradition et modernité. Les rituels familiaux, les rapports de clan, les tensions entre culture gitane, culture merchera et modèle bourgeois dessinent une Espagne populaire rarement montrée avec autant de frontalité. Certaines séquences, notamment autour du mariage, prennent presque une dimension documentaire.

Visuellement, le film conserve la rigueur du premier volet. La photographie de José Luis Alcaine reste superbe, avec ses textures terreuses et son réalisme rugueux. Le montage de Teresa Font maintient une tension constante malgré un rythme plus irrégulier que celui du premier film.

EL LUTE II : DEMAIN JE SERAI LIBRE est sans doute moins tendu, moins frontal, parfois plus inégal que son prédécesseur mais il apporte une profondeur supplémentaire à l’ensemble. Vicente Aranda ne filme plus seulement la fabrication d’un ennemi public. Il s’intéresse à l’homme derrière le mythe, à ses contradictions, à ses aspirations, à ses limites.

En refermant ce diptyque, le cinéaste livre finalement bien plus qu’une simple chronique criminelle. Il signe le portrait d’un homme façonné par l’exclusion, devenu malgré lui symbole d’une Espagne en transition. Une œuvre plus introspective, plus mélancolique, où la liberté semble toujours proche… sans jamais cesser de se dérober.



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IMAGES QUI BOUGENT :

Article rédigé par Vincent Trajan

Ses films préférés - Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé


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