Un texte signé Faye Fanel

France - 2003 - Alexandre Aja
Titres alternatifs : High Tension, Switchblade Romance
Interprètes : Cécile de France, Maïwenn, Philippe Nahon

review

Haute Tension (2003) – Horreur à la française

Haute Tension est un film d’Alexandre Aja et de Grégory Levasseur, deux passionnés de cinéma d’horreur, désirant rendre hommage aux œuvres des années 80. Sorti en 2003, le film a connu un succès limité lors de sa sortie en France, mais a été plus remarqué outre-Atlantique grâce à sa diffusion au festival de Toronto. C’est lors de sa sortie en DVD que Haute Tension rencontre un plus grand succès et gagne une petite aura culte. Selon Rafik Djoumi dans l’introduction du Blu-ray, Aja est vu aux États-Unis comme l’ambassadeur de la nouvelle vague française de l’horreur. Qu’à donc d’aussi fascinant Haute Tension ?

Haute tension

Hommage à un genre

Bien qu’ayant passé son enfance sur les plateaux, ce n’est pas le cinéma de son père, Alexandre Arcady, qui a influencé Aja. Son inspiration se trouve davantage dans ses lectures de Mad Movies et les visionnages de films d’horreur en compagnie de son ami de lycée, Grégory Levasseur. Leurs premiers courts métrages sont déjà tournés vers l’horreur.

Après l’échec de son premier long métrage, Furia, les deux hommes décident de revenir aux origines. À travers un scénario mettant en scène deux femmes seules dans une maison tentant d’échapper à un tueur, l’équipe souhaite rendre hommage aux films d’horreur bien gore des années 70 et 80.

Cette approche commence dès la structure du film, qui s’inspire fortement de celle de Massacre à la tronçonneuse. On retrouve deux amies en road trip se rendant dans une maison isolée en milieu rural. Le spectateur assiste même au dénigrement de ce milieu par les citadines. Pour finir, la tronçonneuse fait même une apparition lors du climax final, faisant écho à la fin du film de Hooper. En plus de cette référence, le duo ajoute d’autres citations, telles que la scène du placard d’Halloween ou encore l’apparence du tueur et la scène de la station-service de Maniac.

Ces citations peuvent parfois sembler maladroites et lourdes pour les spectateurs, cependant Aja réussit à les utiliser pour jouer avec les codes et surprendre. Une partie de la tension du film provient de cette tromperie. La menace ne vient pas des jump scares ou des mouvements de caméra suggérant une poursuite. La violence est intérieure et soudaine, elle frappe littéralement à la porte comme une invitée non désirée. Aja joue également avec le personnage de la final Girl. Alex (Maïwenn) représente plutôt le stéréotype classique de la jeune femme qui a peur et pleure. En revanche, Marie (Cécile de France) est plus intéressante, car elle est immédiatement en mode survie et consciente des codes du genre. Elle cache sa présence, retient son souffle. Dans chaque confrontation, Marie a toujours une longueur d’avance sur son agresseur. Aja la dépeint comme une femme d’action, mais aussi comme une personne qui pense directement à sa survie et à celle d’Alex. Elle ne tente rien pour sauver la famille de son amie. Cécile de France donne beaucoup d’elle-même, elle réalise plusieurs de ses cascades, ce qui apporte beaucoup de réalisme.

Haute tension

French Touch

Alexandre Aja est souvent cité comme le représentant de l’horreur à la française. Un style que l’on retrouve ensuite dans d’autres œuvres comme Frontières de Xavier Gens ou bien encore Sheitan de Kim Chapiron. Cette petite touche tient dans le dérangeant et le malsain. Haute Tension met mal à l’aise le spectateur, avec des personnages qui apparaissent généralement malsains. Le père d’Alex, par exemple, regarde Marie de façon perverse, ce qui crée une atmosphère menaçante.

Lors d’une scène se déroulant dans la camionnette du tueur, Marie et Alex essayent de s’échapper. On entend une chanson passe à la radio, À toutes les filles… de Didier Barbelivien et Félix Gray. Le titre parle de deux hommes qui discutent de leurs histoires d’amour passées. Il n’y a pas de dialogue. D’un côté, le spectateur assiste à la tentative d’évasion des filles. De l’autre, le tueur écoute la musique en caressant une bouteille d’alcool ainsi que des photos de jeune femme sur son pare-soleil. Les paroles assez sexistes et limites de la chanson et les gestes du tueur laissent une impression malsaine sur le spectateur. Il ressent une menace insidieuse et cela crée de l’empathie pour les deux prisonnières, ainsi que la peur de ce qui pourrait leur arriver.

Le film propose ainsi de la violence physique, mais également psychologique, plongeant ainsi les personnages et le spectateur dans une tension permanente. Cet élément permet non seulement de tester les limites du public, mais aussi d’aller beaucoup plus loin dans l’hommage. On ressent grandement l’influence du film de Franck Khalfoun, Maniac, dont Aja et Levasseur produiront un remake en 2012.

Haute tension

Répression des sentiments

En dehors de la lettre d’amour à un genre, Haute Tension parle aussi de désir refoulé et de ses conséquences psychiques. Rapidement, le spectateur comprend que Marie cache son amour pour Alex et semble assez jalouse. Le métrage débute par le cauchemar de Marie au cours duquel elle affirme être poursuivie par un tueur qui se révèle être elle-même. Son amie lui répond qu’elle est bizarre. Aja capture un regard fugace de Marie envers Alex. Plus tard, le doute n’est plus permis lorsque Marie regarde la jeune femme prendre sa douche. Elle cache ses sentiments et refuse de les avouer, préférant rester prise au piège d’une relation d’amitié toxique. Les deux femmes passent leur temps à se taquiner. Alex ne paraît d’ailleurs pas intéressée par la vie de Marie.

Aja a choisi de représenter le tueur tout au long du film comme une manifestation de ce désir refoulé et de la rage qu’il inspire. Les deux personnages s’intéressent au même type de femme et sont sexualisés. Souvent, lorsque les deux se retrouvent dans la même scène, le réalisateur les filme en opposition. Marie est spectatrice de la rage du tueur, tout comme elle est spectatrice de sa propre vie, n’osant tout simplement pas sortir du placard dans lequel elle se cache.

Haute Tension peut être interprété comme une métaphore du passage à l’âge adulte et de la découverte de la sexualité. Le film aborde également la réflexion sur les pièges des relations toxiques, qui font plus de mal que de bien. La mise en scène fonctionne bien dans cet aspect, avec de nombreuses suggestions visuelles plutôt symboliques de la part de la caméra d’Aja, qui se combinent parfaitement avec l’hommage rendu. Cependant, là où le film échoue, c’est dans sa représentation maladroite du saphisme qui s’appuie sur des clichés et une vision plutôt négative. On peut ici parler de male gaze, un point de vue masculin qui reste enfermé dans un certain stéréotype de la figure lesbienne. Ce sentiment est surtout multiplié par le twist final, attendu mais mal géré. Son exécution crée des zones de contradiction dans l’histoire et envoie un message négatif qui peut ne pas refléter les intentions d’Aja et Levasseur.

En bref

Haute Tension est une œuvre maladroite, mais qui montre l’admiration d’Alexandre Aja et Gregory Levasseur pour le cinéma d’horreur. Le long métrage reste malgré tout efficace et propose des mises à mort gores et inventives. Il propose d’aller plus loin que la simple violence physique et son aspect train fantôme. Il joue avec les limites du spectateur pour faire naître en lui une réelle tension. On comprend l’influence du film dans les productions américaines qui ont essayé de proposer par la suite des œuvres sombres plus tournées vers le malsain.



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Spécifications du DVD/Bluray sur le site de Sin'Art

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TEST DU BLU-RAY/DVD :



Haute Tension est à retrouver chez ESC en Blu-ray et 4K dans un coffret accompagné de nombreux bonus.

Points positifs :

Documentaire et présentation de Rafik Djoumi
Entretiens avec l'équipe du film

Points négatifs :

L'image et le son pas toujours optimisés.


BANDE ANNONCE :


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Article rédigé par : Faye Fanel

Ses films préférés : Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.

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