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Ipcress – Danger immédiat (1965) – Espionnage

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
Royaume-Unis
Année de production

1965
Réalisation

Sidney J. Furie
Titres alternatifs

The Ipcress File
Interprètes

Michael Caine, Nigel Green, Guy Doleman

En 1965, Michael Caine propose avec Ipcress un espion dandy et rebelle en complète opposition avec James Bond.

Un savant travaillant sur la fission nucléaire est enlevé à Londres. Harry Palmer, un agent secret nonchalant et séducteur, est envoyé pour rejoindre l’équipe enquêtant sur cet enlèvement. Rapidement, il se retrouve dans un nid de vipères. Espionné par son ancien chef mais aussi par les Américains, il comprend alors que sa découverte d’un microfilm portant le nom d’Ipcress l’a mis sous les projecteurs. Ce qui n’est jamais bon pour un espion.

Derrière Ipcress : danger immédiat se cache un auteur à l’opposé de Ian Flemming. Len Deighton propose des romans d’espionnage cherchant à être au plus proche de la réalité. Passionné par l’histoire militaire, il a lui aussi été espion pour les renseignements britanniques durant la Seconde Guerre mondiale. Certains rapprochent ses écrits de ceux de John Le Carré, puisqu’ils s’attachent plus à l’intrigue qu’au personnage : le héros d’Ipcress n’étant même pas nommé dans le roman.

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A l’opposé de 007

Harry Saltzman et Michael Caine doivent ainsi à façonner le personnage de Harry Palmer. Saltzman, en choisissant Ipcress, veut alors s’éloigner de James Bond, l’espion flamboyant dont il a produit les 9 premiers films avec Albert R. Broccoli. Là où Bond boit un cocktail raffiné, Palmer préfère du whisky. Il est aussi myope comme une taupe, tout comme Michael Caine qui l’interpète, qui avouera avoir apprécié de pouvoir porter ses lunettes et voir quelque chose sur le plateau. Autre différence notable, Harry vit dans un petit appartement et ne fréquentera aucun lieu luxueux durant le film. En fait, Ipcress se place comme un James Bond réaliste.

L’action se déroule essentiellement à Londres, mais l’Europe de l’Est est évoqué. L’antagoniste est invisible pendant une bonne partie du long métrage mais on devine à travers différents éléments comme les disparitions des scientifiques travaillant sur le nucléaire, le niveau de paranoïa, les décors bleutés et sombres qu’il s’agit d’un ennemi venant de l’Est, en plein contexte de Guerre Froide même si, comme dans tout bon film d’espionnage, il sera aussi question de trahison. À la manière d’un thriller, le scénario et la mise en scène s’amusent à laisser planer le mystère sur l’identité du traître, rendant même son héros suspect aux yeux du spectateur.

À aucun moment, si ce n’est dans les rares scènes d’action, Sidney J. Furie (réalisateur de l’Emprise) ne cherche à iconiser son protagoniste, contrairement à James Bond. Ses entrées en scène sont nonchalantes mais pas flamboyantes. Harry longe les murs, parle et agit peu, préférant scruter son environnement à travers ses lunettes. Pourtant, le charisme de Michael Caine en impose, et pousse le spectateur à le chercher dans un cadre confus, rempli d’obstacles qui nous donne l’impression d’être nous-mêmes en train d’espionner.

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Ipcress Danger immédiat

Une mise en scène originale

En effet, de nombreux objets encombrent l’avant-plan, perturbant la visibilité, forçant le spectateur à scruter comme le protagoniste. Et quand la célèbre cabine rouge téléphonique londonienne devient l’avant-plan d’un combat dans la rue, le contraste entre le gris-bleu de la ville et le rouge pétant de la cabine marque l’œil tout en nous racontant quelque chose de la ville, de ses personnages. À l’inverse, quand c’est l’abat-jour d’une lampe qui masque les visages des personnages, le réalisateur nous dit quelque chose de l’intrigue qui se joue et des vérités qu’on nous cache.

Mais cette mise en scène presque empêchée dérange Harry Saltzman. Une fois le tournage achevé, il vire Sidney J. Furie et demande au monteur de rendre l’action plus lisible. Ce qui ne se voit pas vraiment. Le film reste sombre, son image complexe, difficile à lire, et nous plonge dans la psyché des personnages. Le public apprécie puisque Ipcress est un succès en salle.

Cette réussite est due en grande partie à la mise en scène léchée de Sidney J. Furie qui, hélas, ne connaitra pas une grande carrière, mais aussi au jeu de Michael Caine qui a beaucoup participé à la création de cet anti-héros, nonchalant et égoïste, qui, quand on lui parle de sauver la partie, demande s’il aura une augmentation. Indéniablement, la musique de John Barry, compositeur historique de James Bond, joue aussi beaucoup en donnant tantôt des accents bondesques au film tantôt une profondeur inquiétante.

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Une équipe très bondesque

Il faut aussi parler de la direction artistique de Ken Adam, lui aussi ayant travaillé sur James Bond ainsi que sur les décors de Docteur Folamour et de Barry Lyndon pour lequel il aura un Oscar. Pour la lumière, Otto Heller, un chef opérateur tchèque qui s’est exilé dans les années 40 en Angleterre où il travaillera entre autres sur Le Voyeur de Michael Powell. opère et recevra un BAFA. pour son travail sur le film.

Par bien des aspects, Ipcress : danger immédiat a quelque chose d’unique et d’iconique. Truffé de références, il lance sans cesse des clins d’œil à James Bond tout en s’en détachant, fait porter les accessoires de Chapeau Melon et Bottes de Cuir aux chefs de Harry, nous montre un Swinging London sombre et dangereux qui pourrait presque nous faire penser au cinéma de Jean-Pierre Melville et à son Armée des ombres ou à son Solitaire. C’est précisément ce que redoutait Harry Saltzman qui rend le film inoubliable.

Ce ne sera pas forcément le cas pour les suites. À l’origine, Saltzman souhaitait faire 6 autres films pour surfer sur le succès d’Ipcress : danger immédiat. Il fera appel à Guy Hamilton, réalisateur de Goldfinger et de Les diamants sont éternels, entre autres, pour réaliser Mes funérailles à Berlin en (1966). Pour Un cerveau d’un milliard de dollars qui sortira en1967, c’est à Ken Russell qu’il propose la réalisation. Ce dernier tournera ensuite Les Diables ou encore Au-delà du réel. Michael Caine, ayant peur d’être enfermé dans le rôle, décide de l’abandonner, mais il y reviendra dans les années 90 pour deux téléfilms, Bullet to Beijing en 1995 et Midnight in Saint Petersburg en 1996, qui seront diffusés sur la chaîne américaine Showtime. Et en 2022, une mini série reprend l’intrigue du premier film.


TEST DU BLU-RAY/DVD


Ipcress : Danger Immédiat est sorti chez Elephant Films en Blu-ray. Vous pouvez le retrouver à la fois dans un combo Blu-ray et DVD avec un fourreau et un livret qui vous permettra de bénéficier ainsi aussi de 24 pages dans lesquelles Stéphane Du Mesnildot détaille la carrière de Michael Caine. Si vous avez opté pour le coffret Michael Caine, vous n'aurez que les bonus présents sur le DVD, ce qui est déjà pas mal. Ils comprennent une analyse du film par Jean Baptiste Thoret, une interview de Michael Caine, un commentaire audio de Sidney J. Furie et Peter Hunt en VOSTFR et, enfin, une bande-annonce d'époque ainsi qu'une galerie d'images.

L'image est très belle, tout en respectant le grain d'origine et l'esthétique recherchée par le réalisateur. Il faut pour cela remercier la restauration en haute définition. Côté son, vous retrouverez deux pistes : la version originale anglaise en 5.1 & 2.0 - DTS HD avec bien sûr des sous-titres, et la version française en 2.0. Là aussi les sonorités sont respectées, aucun souffle ou saturation n'est à noter.

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IMAGES QUI BOUGENT :

Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite


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