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Pas facile d’appréhender Les Nuits brûlantes de Linda. Une seconde vision ne serait d’ailleurs pas de trop pour démêler les tenants et les aboutissants, capter les enjeux… Probable que les singulières conditions de tournage ne soient pas étrangères à l’aspect brouillon du métrage… Jess Franco a en effet réussi le tour de force de tourner non pas deux films en même temps mais trois. Outre Les Nuits brûlantes de Linda, le cinéaste ibérique met effectivement en boîte simultanément Tendre et perverse Emanuelle et Kiss me Killer, entre novembre 1973 et janvier 1974. Cet exploit n’empêche pas l’enfant terrible du cinéma espagnol de livrer, avec Les Nuits brûlantes de Linda, un film puissant sur le plan émotionnel, un drame érotique sombre à la sexualité torturée… Genre qu’il affectionne tout particulièrement.
Marie-France (Alice Arno) est engagée comme domestique par Paul Radek (Paul Muller). Son employeur vit sur une île grecque avec sa fille Olivia (Lina Romay), sa nièce Linda (Verónica Llimerá) et son serviteur Abdul (Pierre Taylou). Tandis que Linda est paralysée et souffre de troubles cognitifs, Olivia, quant à elle, est nymphomane.


« Linda est obsédée par quelque chose d’abject : le sexe ! »
Le film ne raconte pas vraiment une histoire. En fin de compte, Les Nuits brûlantes de Linda ressemble plutôt à une succession de scènes qui n’ont pas forcément de cohérence. Ce patchwork génère une atmosphère inquiétante et pesante. Le film se déroule dans une grande maison, isolée au milieu des eaux, décorée dans un style gothique avec des lumières rouges qui rappellent les œuvres de Mario Bava. La demeure, immense, est habitée par cinq personnes et pourtant, Radek semble terriblement seul et abandonné. Par ailleurs, les protagonistes qui partagent les lieux avec lui s’avèrent obnubilés par le sexe alors que la chose l’horrifie, lui. Toujours seul, il se montre dès lors à la fois accablé et diabolique, ressassant son passé morbide, subissant impassible les murmures et gémissements de plaisir des autres protagonistes. Inlassablement tourmenté, il s’enfonce dans une sorte de décadence obscène, lui qui pourtant abhorre les plaisirs de la chair.
C’est troublant, tout comme les descriptions des deux jeunes femmes que livre Radek à Marie-France. Des descriptions dans lesquelles elles se confondent.
Jess Franco développe ainsi des psychoses sexuelles fascinantes et la scène durant laquelle Olivia tente de guérir sa sœur (sa cousine dans la version française) en lui faisant l’amour n’est pas la plus perturbante… Par ailleurs, dans cette atmosphère délirante, aucun personnage n’échappe à la frustration sexuelle… pas même Marie-France. Pour s’en rendre compte, il faudra visionner la version hardcore… En effet, si le personnage interprété par Alice Arno paraît plutôt épargné par la version Eurociné, la version hardcore comprend, quant à elle, une séquence durant laquelle Olivia lui propose de réaliser une fellation à Abdul. Proposition qu’elle rejette vigoureusement, révélant que la haine que Marie-France éprouve envers les hommes résulte d’un sentiment d’aversion.

« Ce qui manque ici, c’est une présence sympathique, comme la vôtre. »
Visuellement, Jess Franco se fait plaisir. Le film est de toute beauté. Le réalisateur espagnol s’appuie sur son égérie du moment, Lina Romay, pour générer des images qui flattent l’œil. Certaines séquences se démarquent des autres comme ce dialogue sensuel entre Alice Arno et Lina Romay éclairée par une lumière rouge magnétique. Lina Romay reste néanmoins l’attraction du film, car elle donne véritablement corps à son personnage à la fois trouble et canaille. L’actrice livre une belle performance ; forte et érotique, soutenue par son impertinente jeunesse, la beauté de son corps, son regard déstabilisant et sa moue boudeuse. Elle n’hésite pas à user de vulgarité pour troubler Marie-France. L’érotisme est pourtant délicat, à l’instar du jeu de séduction qui s’installe entre les deux jeunes femmes.
Une très belle musique signée Daniel White (fidèle compère de Jess Franco dès 1962 grâce au Sadique Baron Von Klaus) tantôt mélancolique, tantôt entêtante, colle parfaitement à l’ambiance indiscernable qui règne dans la maison des Radek.
Les seules fautes de goût s’avèrent des ajouts de scènes, exigés semble t-il par Eurociné qui trouvait le film trop sombre. Difficile de justifier autrement la présence incongrue des séquences comiques entre une journaliste et un policier, ainsi que la pirouette finale qui clôt le film.
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


