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Lorsque l’on pense aux vampires, le nom de la Hammer vient forcément à l’esprit. Durant toute l’existence du studio, les suceurs de sang s’invitent régulièrement dans leurs productions. Incarnée avec beaucoup de charisme par Christopher Lee, la figure du vampire est synonyme d’érotisme quand on pense aux productions de la Hammer. Certes, ce côté sulfureux attire beaucoup de curieux, mais il représente bien plus qu’une vitrine lubrique. Les Sévices de Dracula possèdent des atouts plus intéressants qu’une simple exposition de chairs.


Le pouvoir des riches
Le métrage prend place dans un petit village d’Europe centrale sous le joug d’un comte. Celui-ci est le sujet de nombreuses rumeurs. Il se livre à toutes sortes de cérémonies sataniques et autres orgies. Pourtant, il n’est jamais condamné. Les villageois le répètent, le conte est le protégé de l’empereur et dans ce monde les puissants sont intouchables.
Le vampire, présenté dans le métrage, incarne la terreur inspirée par les riches. D’un mot ou d’un geste, il peut décider de l’avenir des petites gens. Il voit, il veut, il prend et personne ne peut se plaindre. Pour écraser toute volonté de désobéissance, le noble désigne un bouc émissaire. Les individus à abattre ne sont pas les personnages féminins, jugés comme tentateurs, mais le pasteur interprété par Peter Cushing.
En effet, sa ferveur religieuse et son charisme fédèrent la foule et la font agir. Le réalisateur illustre ce propos lors d’une séquence de chasse. Il commence par présenter le clerc comme une figure impitoyable qui ne perd jamais sa proie. Il surgit de n’importe où pour traquer le mal. Il punit ensuite les pauvres victimes par le bûcher avec violence. Le bûcher est filmé en gros plan et les cris de douleur de la victime résonnent alors que le visage du pasteur reste fermé. Le public comprend qu’il n’a pas de cœur, il chasse la sorcière et le diable.
Cette menace s’effondre lorsque l’homme de foi frappe à la porte d’une cabane dans laquelle le comte Karnstein goûte aux plaisirs de la chair. Le noble ivre de rage humilie le pasteur Veil, brisant ainsi son autorité. Le protagoniste enfonce le clou en agressant physiquement sa maîtresse pour montrer aux yeux de tous la folie de Veil qui voit le démon dans chaque femme. En la maltraitant, le comte indique ainsi que la plus grande menace, c’est lui.
La peur est un outil de manipulation qui peut rapidement conduire à la folie. Les personnalités masculines des Sévices de Dracula ne fonctionnent qu’au travers de rapports de force, les forts dévorant les faibles. Anton, un jeune garçon érudit, tente de briser ce cycle et de renverser l’ordre établi, mais c’est une cause perdue, les hommes sont des animaux qui cherchent un dominant. Cet état est accentué par leurs rapports aux femmes.

Le charme de la lutte
Les Sévices de Dracula appartient à une trilogie de films inspirée par le roman Carmilla, composée de : Les Passions des vampires et La Soif du vampire. Cette trilogie présente des figures féminines puissantes. Dans cette histoire, le spectateur suit les jumelles Maria et Freida. Elles sont les nièces du pasteur Veil qui les recueille après la mort de leurs parents. Maria est une demoiselle modèle qui, même si elle n’est pas d’accord avec la sévérité de son oncle, se plie à sa volonté. Freida, en revanche, est rebelle. Elle souhaite gagner sa liberté par tous les moyens pour devenir maîtresse de son destin.
Dès leur arrivée, les deux jeunes filles sont sexualisées par les hommes. Ils chuchotent sur leur passage, les regardent de façon lubrique et se lèchent les babines en espérant voir un sein. Une réaction qui rappelle certains fans de la Hammer séduits par les scènes érotiques utilisées par le studio spécialement pour attirer en salle le public masculin. Il serait très simpliste de réduire ces héroïnes au rang de hors-d’œuvre. Le spectateur peut trouver dans Freida une image de la femme des années 70. Durant cette période, les femmes militent pour gagner plus de liberté et notamment le contrôle de leur sexualité et en choisissant de devenir la compagne du comte, Frieda veut le pouvoir. Une fois qu’elle l’obtient, elle ne se laisse plus dominer et agit selon son envie.
Maria en suivant les règles du patriarcat, apparaît insipide aux yeux des autres. Anton, le fait remarquer au détour d’un dialogue, la jeune femme est intelligente et gentille, mais rien ne se dégage d’elle. Frieda est alors comparée à une étincelle insaisissable.

Derrière le reflet
Le long-métrage joue souvent avec les apparences.: Nous découvrons la vérité au travers de jumelles et de miroirs. S’exposer à son reflet c’est accepter de se confronter à soi-même. Le fait que le comte éprouve de la joie à devenir un vampire explose au moment où son reflet disparaît. Il illustre ainsi ce que le spectateur a pu observer. Ce personnage est trompeur. Son attitude charmeuse et désinvolte en public cache en fait une âme noire et violente.
Le miroir existe également de façon métaphorique, lorsque Veil voit sa folie au travers des propos d’Anton et de son épouse. Pour Maria, sa prise de conscience arrive lorsqu’elle est confondue avec sa jumelle. Elle devient le reflet qui la terrifie, celui qui est rejeté. En échappant à la mort, la jeune femme comprend que parfois il faut désobéir pour vivre.
Les Sévices de Dracula restent un divertissement plutôt efficace qui montre que l’on peut utiliser les codes et les charmes de la Hammer pour parler de thèmes plus profonds.
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Article rédigé par Faye Fanel
Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.











