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Les Yeux bleus de la poupée cassée (1974) – Giallo à l’espagnole

Un texte signé Frédéric Pizzoferrato

Nationalité
Espagne
Année de production

1974
Réalisation

Carlos Aured
Titres alternatifs

Los ojos azules de la muñeca rota, Le mystère des yeux bleus, Blue Eyes of the Broken Doll, House of Psychotic Women
Interprètes

Paul Naschy, Diana Lorys, Eva León, Inés Morales, Eduardo Calvo, Pilar Bardem

Au début des années ’70, la popularité du giallo dépasse les frontières de la Péninsule pour inspirer les cinéastes en Espagne, en Grande-Bretagne et même en France ou en Turquie. LES YEUX BLEUS DE LA POUPEE CASSEE, par exemple, constitue un bel exemple de giallo ibérique. Le métrage donne la vedette à la plus grande star de l’épouvante espagnole, Paul Naschy, surtout célèbre pour avoir incarné une douzaine de fois le lycanthrope Waldemar Daninsky. Cependant, l’acteur joua également dans une poignée de giallos plus ou moins réussis comme LES CRIMES DE PETIOT, UNA LIBELULA PARA CADA MUERTO, EL ASESINO ESTA ENTRE LOS TRECE.
LES YEUX BLEUS DE LA POUPEE CASSEE s’avère donc de bonne facture quoique l’intrigue ne déborde pas d’originalité.

Les Yeux bleus de la poupée cassée 03

Alain Dupreil (Naschy) sort de prison après dix ans d’emprisonnement pour viol et tentative de meurtre. Il change d’identité et cherche du travail sous le pseudonyme de Gilles, parcourant les routes en souffrant de cauchemars récurrents. Ses pérégrinations le conduisent dans le Nord de la France où il rencontre une jeune femme, Claude. Celle-ci se propose de l’employer à l’entretien de la maison qu’elle occupe en compagnie de ses deux sœurs. Gilles fait ainsi connaissance de la cadette, la nymphomane Nicole, et de Ivette, paralysée après avoir été rejetée par son fiancé. L’ancien taulard tombe amoureux de Claude, malgré son handicap, un bras mutilé à la suite d’un accident qui la contraint à porter une disgracieuse prothèse. Peu après, une infirmière, Michelle, se joint aux trois jeunes femmes pour les aider dans leur vie quotidienne en dépit des soupçons nourris par Ivette à l’égard de la nouvelle venue.

Se soumettant de bonnes grâces aux désirs trop longtemps refoulés des sœurs, Gilles voit pourtant son passé le rattraper lorsque de jolies blondes aux yeux bleues sont assassinées et retrouvées énuclées. La police enquête et ne tarde pas, bien sûr, à soupçonner Gilles…mais est-il vraiment l’assassin ?

A la mise en scène de LES YEUX BLEUS DE LA POUPEE CASSEE nous retrouvons un familier de l’horreur, Carlos Aured, complice de Naschy sur plusieurs titres (LA VENGANZA DE LA MOMIA, HORROR RISES FROM THE TOMB, L’EMPREINTE DE DRACULA) avant sa reconversion dans l’érotisme plus ou moins hardcore (LE TRIO PERVERS, JE SUIS UNE PETITE COCHONNE). Une filmographie restreinte (quatorze titres en autant d’années) et peu marquante pour un cinéaste décédé en 2008, à l’âge de 71 ans. Ce LES YEUX BLEUS DE LA POUPEE CASSEE reste peut-être sa meilleure livraison et comporte quelques scènes intéressantes aptes à satisfaire les amateurs.
Souvent confiné dans une vaste maison à l’atmosphère étouffante, le film prend son temps et installe son climat angoissant. Le cinéaste s’intéresse à la psychologie des sœurs, toutes les trois troublées par la présence de Paul Naschy qui, bien sûr, joue les séducteurs machos comme dans toute sa filmographie. Les interprètes féminines se révèlent d’ailleurs excellentes, que ce soit Maria Perschy, Ines Morales, Diana Lorys ou Eva Leon, des familières du cinéma de genre espagnol. Le grand Paul Naschy, de son côté, porte le métrage sur ses larges épaules entre machisme satisfait et romantisme viril. Comme toujours, il tombe à peu près toutes les filles passant à sa portée tout en essayant de se disculper des crimes. Si on nous annonce que l’intrigue se situe dans le nord de la France, les paysages ne ressemblent pas du tout à ceux trouvé dans cette région. Mais passons…

Les Yeux bleus de la poupée cassée

Au niveau de l’énigme policière proprement dite, LES YEUX BLEUS DE LA POUPEE CASSEE attend trois quart d’heures avant de proposer un premier meurtre mais, dans sa seconde moitié, accélère le rythme. Les crimes se succèdent, relativement graphiques et sanglants, et se concluent par des énucléations brutales.
Inspiré par le giallio italien de l’époque, qui utilisait souvent une comptine pour accompagner les meurtres, Carlos Aured reprend à son compte, et de manière saugrenue, « Frère Jacques » (!), complètement déstructuré, pour créer un climat d’étrangeté et d’innocence pervertie. Curieux et mémorable.

Notons encore une scène cruelle et gratuite, inspirée du mondo, montrant l’égorgement d’un cochon de manière bien saignante afin, sans doute, d’augmenter le quota « choc » du métrage. L’érotisme, pour sa part, reste allusif mais LES YEUX BLEUS DE LA POUPEE CASSEE possède, dans ses meilleurs moments, une honnête force suggestive. Parfois languissant, le film ne traine cependant pas trop en longueurs une fois l’intrigue lancée et sa durée restreinte (une heure et demie, pile poil) évite de s’y ennuyer.

Les twists des quinze dernières minutes sont, quant à eux, intéressants. Nous n’en dirons pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue mais Carlos Aured se permet certaines audaces surprenantes. La révélation du coupable, pour sa part, est attendue, tout comme ses motivations, mais les fausses-pistes permettent de douter jusqu’au bout des indices proposés. Le final reste, lui, empreint d’une véritable tristesse, assez surprenante et audacieuse. LES YEUX BLEUS DE LA POUPEE CASSEE demeure, en outre, cohérent et globalement vraisemblable jusqu’à sa conclusion, un petit « plus » toujours appréciable dans le domaine du thriller européen souvent peu soucieux de crédibilité.

Un bel exemple, très classique mais plaisant, de giallo comprenant tous les éléments nécessaires au genre. Par ses qualités d’interprétation, son climat morbide, son érotisme déviant et ses meurtres gore, le film s’impose comme une belle (petite) surprise fort agréable à suivre.


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Encore un bel objet pour cette édition Artus qui propose le film en combo dvd / bluray sous un digipack très agréable à l'oeil. L'image joliment restaurée est impeccable et la bande son parfaitement claire. Le film s'accompagne en outre d'un long entretien bonus entre Emmanuel Le Gagne et Alain Petit qui dissertent cinéma bis espagnol durant une heure.

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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Frédéric Pizzoferrato

Ses films préférés - Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer - Ses auteurs préférés - Graham Masterton, Christophe Lambert, Thomas Day, Stephen King, Clive Cussler, Paul Halter, David Gemmell


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