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Diantre, combien de fois avons-nous dû subir les affres d’adolescents peinant dans leur vie de tous les jours avant qu’un tueur impitoyable ne vienne briser la monotonie de leur existence, et par la même occasion celle du film ? Force est de constater que, trop souvent, les scénaristes alimentant le cinéma fantastique se satisfont de situations convenues. Des histoires construites, de surcroît, sur une structure éculée par laquelle le fantastique surgit dans le quotidien. Néanmoins, parfois des œuvres nous surprennent, comme Les Yeux de feu. En effet, une fois n’est pas coutume, c’est ici le réel qui s’insinue dans le fantastique quand une poignée d’individus vient briser la quiétude de fantômes hantant une vallée perdue dans un coin de forêt…


Une histoire d’adultère et de polygamie chamboule la respectabilité d’une petite communauté de colons installés depuis peu en Amérique. Nous sommes au 18e siècle et le continent reste à explorer. Rejetés par les membres de la paroisse choqués par la légèreté de leurs moeurs, le prédicateur Will Smythe et ses disciples n’ont pas d’autre choix que de plier bagages. Au bout d’un périple de quelques jours, les exilés trouvent refuge dans une vallée inquiétante, dominée par un démon régnant sur l’esprit des autochtones, des Indiens qui ont déserté la vallée maudite depuis belle lurette.
Qui dit Indiens, dit cow-boys, désert, sable, cactus… On ne trouve rien de tout ça dans Les Yeux de feu puisque l’histoire s’installe dans une forêt profonde. Les protagonistes n’ont rien d’un héroïque John Wayne non plus et, parmi les héros figurent des hurluberlus comme un prédicateur batifolant avec une femme adultérine, une rouquine azimutée faisant office de sorcière ou encore un braconnier aventureux. Quelques enfants apeurés apportent un brin de tension à l’histoire et permettent de rendre la menace ambiante plus palpable encore.
Quoi qu’il en soit, voilà une drôle d’équipe composée de personnages bigarrés. Tous animés par des motivations cohérentes, tous viennent du pays du thé, tous ont connu la brutalité du déracinement et de l’exil qui les a fait traverser l’océan pour échouer aux Amériques. Remplis de rêves au départ, tous sont désormais rongés par le doute.


Une défiance qui, dans cette vallée étrange, va même finir par ébranler leur foi chrétienne qui incarnait pourtant, jusqu’alors, la seule certitude des colons. En s’immisçant au sein du groupe, le doute ouvre la voie au fantastique afin qu’il puisse s’incruster dans le tableau. Dès lors, le surnaturel va s’imposer à l’occasion d’images incongrues et étranges, qu’elles soient d’origine païenne comme cet arbre à plumes, révoltantes comme ces êtres recouverts de boue tétant le lait à même les mamelles d’une vache, ou inquiétantes comme ces visages gravés dans l’écorce d’un arbre.
Les Yeux de feu titille ainsi nos peurs anciennes et en particulier celle des forêts sombres et impénétrables. Des territoires inexplorés, riches de mystères inexplicables qui ont poussé l’homme occidental à tout bétonner pour se protéger des tempêtes fracassantes, comme celles s’abattant sur la petite communauté, ou du brouillard qui a la fâcheuse tendance de s’insinuer de manière suspecte autour des habitations, fragiles abris des pionniers. Un catalogue de peurs simples auquel s’ajoutent des événements plus inquiétants encore comme l’eau qui bouillonne inexplicablement ou la naissance d’un chevreau alors que la seule femelle de l’enclos ne dispose d’aucun compagnon mâle sous le sabot…


Si Les Yeux de feu bénéficie d’un casting solide constitué d’acteurs chevronnés ou en devenir, c’est d’abord la réalisation d’Avery Crounse qui séduit. Le film bénéficie des chatoyants paysages boisés du Missouri, mais aussi des talents d’artiste du metteur en scène qui s’était alors fait un nom comme photographe. Le bonhomme met en oeuvre son savoir-faire pour composer des effets spéciaux à base de superpositions générant une atmosphère inquiétante et surnaturelle. Quant aux créatures fantasmagoriques, elles profitent de très beaux costumes constitués d’éléments naturels comme des feuilles mortes, des racines ou de petits insectes grouillants et peu ragoûtants.
Au final, le rendu se révèle franchement unique et l’on regrette amèrement qu’Avery Crounse se soit contenté d’une filmographie composée de trois films seulement. Parmi eux, citons Cries of Silence avec Karen Black, dont le sujet étrange tourne autour d’une femme essayant de découvrir les origines d’une enfant muette trouvée sur la plage de son île.
À l’origine, Avery Crounse avait prévu de sortir Les Yeux de feu dans une version bien plus longue, atteignant presque deux heures de métrage. Pour des raisons commerciales, le film est remonté en quelque chose de beaucoup plus court, en outre, additionné d’une introduction incongrue durant laquelle les survivants racontent ce qui s’est passé, ainsi que d’une conclusion tout aussi futile. Ces 85 malheureuses minutes ont probablement convenu aux spectateurs lambda qui se sont aventurés dans les salles projetant Les Yeux de feu à l’époque de la sortie. Toutefois, comme le film propose une ambiance dont l’étrangeté s’appuie sur la profusion de situations singulières et énigmatiques, les cinéphiles préféreront évidemment la version longue, titrée Crying Blue Sky.
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


