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Dans les années 70, le cinéma fantastique britannique oscille entre le classicisme et un style plus provocateur initié par la Hammer. Alors que le studio est en perte de succès, un autre genre gagne en popularité, le Folk Horror. Le succès en 68 du Grand Inquisiteur pousse les studios à produire d’autres longs-métrages sur le même principe. La Nuit des maléfices est l’un de ces films. Bien qu’incompris à sa sortie, le métrage de Piers Haggard réussit avec le temps à toucher le cœur des cinéphiles.

Un cadre naturaliste
Issu de la télévision, Piers Haggard n’est pas un amateur de films d’horreur. Il a très peu d’expérience en ce qui concerne la réalisation pour le grand écran. La Nuit des maléfices est son deuxième long métrage. Il choisit de s’ancrer dans le Folk Horror, un genre qui puise dans les légendes anciennes, les rituels païens et la peur du monde rural. Haggard privilégie une mise en scène quasi-documentaire : caméra portée, grands angles et longue focale ainsi que lumière naturelle. Cette approche renforce le sentiment d’étrangeté et d’angoisse de l’œuvre.
À l’origine, le film devait regrouper trois histoires distinctes autour de la sorcellerie. Finalement, le scénario fusionne ces récits pour ne former qu’un seul fil narratif, bien que l’assemblage reste perceptible à travers des transitions abruptes. L’intrigue suit un petit village anglais confronté à des événements inquiétants après la découverte d’un corps monstrueux dans un champ.

Ange et démon
Sorti en pleine mutation sociale, le film met en lumière le fossé entre une jeunesse en quête de liberté et une autorité figée en utilisant le genre fantastique. Dans La Nuit des maléfices, les jeunes défient les normes sociales en rejoignant un culte inspiré des rites celtiques et de la sorcellerie. Face aux figures rigides du juge et du vicaire, ils prônent en opposition la liberté sexuelle, la désobéissance, et inventent leur propre système de croyances. Ces scènes de cultes païens sont filmées caméra à l’épaule, avec un montage cut et en longue focale. Les protagonistes apparaissent déformés et inquiétants. Cette mise en scène permet au public de comprendre le point de vue conservateur et la peur inspirée par les différents mouvements sociaux et notamment le mouvement hippie accusé de pervertir et de manipuler la jeunesse.
Maléfice ou folie collective
Dans ce village isolé, la frontière entre folie collective et surnaturel se brouille. Chaque phénomène étrange peut s’expliquer par une crise de nerfs, une hallucination, un traumatisme ou la présence du malin. Le récit multiplie les exemples : une femme internée après une nuit d’horreur, un homme se mutilant en croyant lutter contre une créature, une jeune accusée de sorcellerie noyée sans procès.
Les habitants se soupçonnent entre eux et croient voir le diable à chaque coin de rue. Le fantastique est toujours questionné. Au début du récit, son apparition est toujours du point de vue d’un personnage et ne semble pas vu par d’autres, il n’est qu’illusion. Le malin est-il vraiment à l’œuvre ou bien n’est-il qu’un mal qui rend fou ceux qu’il contamine ? Le diable, omniprésent dans les esprits, devient un symbole malléable, servant autant à alimenter la peur qu’à justifier les violences.

La manipulation politique
Les gens ont peur et ne réfléchissent plus, ils ont besoin de trouver un ou des coupables. C’est à ce moment-là qu’ils se tournent vers le pouvoir qui jusqu’à présent ne se souciait pas de la vie rurale. Le juge abandonne rapidement la bourgade après la tragique histoire du couple en sous-entendant qu’il ne peut rien faire. Il parle de laisser le mal agir. Le public peut voir dans cette réplique un acte politique. Le riche juge, figure de pouvoir et manipulateur, attend que les pauvres soient aux abois pour faire preuve de force. Il veut passer pour un héros et que les gens lui vouent une reconnaissance éternelle. Le fait de laisser les choses empirer permet ainsi à l’homme de justice de justifier la violence qu’il utilise. Il appelle « grand nettoyage », une opération d’oppression policière sur des opposants. La toute fin du film le montre avec une expression inquiétante derrière les flammes du bûcher. Le spectateur peut ainsi supposer que le mal prend une autre forme.
Tuer la sorcière
Comme souvent, lorsque le démon envahit une ville, on rend responsable la sorcière et plus particulièrement la femme. Dans la nuit des maléfices, elle représente la tentation et la manipulation. La sorcière incarne surtout le désir d’indépendance et de liberté. Angélique représente cette figure. Elle est introduite comme séduisante et rebelle. Suite à la découverte d’une griffe, l’attitude de la jeune fille se fait plus extrême. Elle défie toute forme d’autorité et plus particulièrement celle du vicaire. Son aversion envers ce représentant religieux est forte. Il favorise les garçons et réprimande les filles. Angélique teste plusieurs fois ce personnage, notamment par la séduction, pour le mettre face à ses contradictions. Haggard filme en gros plan le regard de l’actrice pour ainsi mettre en scène ses pouvoirs et sa colère. Mais ce personnage n’est- il pas aussi une victime ? Elle aperçoit la silhouette d’une bête que le spectateur voit apparaître très rapidement. Cette entité peut être un démon, mais aussi l’incarnation de son mal-être.

La nuit des maléfices présente un monde dans lequel la femme est continuellement jugée et oppressée. La féminité est associée à la procréation et rien d’autre, toute ambition ne peut être que l’œuvre du démon. Angélique, souhaitant la liberté et inspirant la jeunesse, représente une menace pour l’ordre établi. Plusieurs fois, les protagonistes rappellent qu’une femme possédée par le malin ne peut être sauvée. Margaret incarne cet argument. Lorsqu’elle refuse l’aide non sollicitée de Ralph, celui-ci la déclare irrécupérable et l’abandonne aux mains du juge.
Un petit film qui a tout d’un grand
La nuit des maléfices est un long-métrage envoûtant qui parle de la société de son époque au travers des codes du fantastique. Il se dégage de cette œuvre un sentiment d’injustice et de folie. Le spectateur peut y trouver un écho à la société actuelle. Ce film mérite d’être redécouvert pour son visuel, mais aussi pour son écriture.
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Article rédigé par Faye Fanel
Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.


