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Après la Seconde Guerre mondiale, le Japon se remet doucement du traumatisme subi. Les studios de cinéma cherchent à faire revenir les spectateurs tout en respectant l’ingérence américaine. La Daiei décide de se tourner vers le genre fantastique et plus particulièrement de s’inspirer des films de monstres produits par Universal. Le studio pense ainsi que ce style de divertissement populaire devrait leur permettre de survivre.
Le réalisateur Nobuo Adachi propose une adaptation de L’homme invisible d’après le roman de H.G.Wells. Le studio, séduit, donne son accord pour qu’il mette en scène le film. Il s’agit de la première apparition du personnage au cinéma et le début de l’âge d’or du cinéma de science-fiction au Japon.
Hommage aux Universal’s monsters


Un homme invisible sème la peur et le chaos à Kobe. Il vole des bijoux et cherche à s’emparer des Larmes de l’amour, un collier de diamant. Toutefois, ces attaques cachent quelque chose de plus tragique…
Sous cette dernière, Adachi propose une œuvre puisant son inspiration dans le film de James Whale sorti en 1933. L’homme invisible apparaît comme un démon dont le rire glace le sang de ses victimes. Tout comme l’œuvre de Whale, le spectateur assiste à la déchéance d’un homme qui perd tout. L’Homme invisible apparaît reprend également les mêmes méthodes de trucage. Eiji Tsuburaya, responsable des effets spéciaux, propose un magnifique travail mélangeant plans composites, utilisation de câble, miniatures et surimpression.
Pourtant l’œuvre n’est absolument pas un plagiat. Adachi ajoute d’excellentes idées comme la surimpression et l’utilisation de caméra subjective. Ces idées permettent ainsi de comprendre le point de vue du monstre ainsi que sa folie. De plus, le metteur en scène réussit à proposer une œuvre angoissante en jouant avec les plans larges pour rendre le public aussi paranoïaque que les personnages. La menace est perpétuellement présente.


Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités
Bien que le studio et le réalisateur ne cherchaient pas à proposer une production politique, le métrage débute par un carton expliquant que la science n’est ni bonne ni mauvaise, c’est la façon dont on l’utilise qui compte.
Durant tout le récit, deux idéologies s’affrontent : d’un côté les scientifiques passionnés par les mystères de la science et de l’autre, un voleur de bijoux qui ne voit que le pouvoir et l’argent. Le créateur de la formule d’invisibilité, le docteur Nakazato tente d’inculquer à ses élèves la responsabilité et la prudence à observer envers la science.
Malheureusement, lorsque Kurokawa, son élève prometteur, devient invisible, celui-ci perd de vue cet enseignement. Il comprend rapidement que l’invisibilité lui donne le pouvoir et la liberté de tout faire. Il peut prendre ce qu’il veut et utiliser la violence et la peur pour obtenir ce qu’il désire. La science prend autant de valeur que le fameux collier de diamants que souhaitent acquérir l’homme invisible et le voleur.
Ce combat idéologique poussant à la réflexion n’est pas sans rappeler le fantôme de la bombe atomique. Une invention devenue pour le peuple japonais, un véritable symbole de mort.


La disparition de l’âme
L’invisibilité apporte la liberté mais elle emporte l’âme de celui qui la possède. Kurokawa disparaît au fur et à mesure qu’il abandonne la raison pour l’instinct animal. Ne plus être vu c’est se déposséder tout d’abord de sa vie. Il perd son travail et celle qu’il aime. Ce pouvoir brise également sa naïveté. Kurokawa découvre qu’il est manipulé par Kawabe, un homme d’affaires et un voleur de bijoux qui ne pense qu’au fameux collier de diamants. Il se sert de la bonne âme de Kurokawa pour l’utiliser comme cobaye. Enfin le professeur Nakazato, pour survivre, sacrifie son élève. Celle qu’il aime l’abandonne pour un autre. Le pauvre homme invisible perd la raison et même sa sœur qui essaye de le ramener ne peut rien faire. Il est devenu une bête qui tue par colère et pour survivre. Il n’éprouve plus d’envie. Cette mélancolie est illustrée par le regard sombre du protagoniste sous les bandages contrastant avec les yeux de Kawabe dévorés par ses envies toujours présentes en superposition à son regard.
La société et ses croyances ont abandonné Kurokawa qui succombe pour endosser les habits du monstre qui se déchaîne car il ne lui reste que la colère. Le film prend alors un ton désespéré. Ce n’est pas la science la coupable des malheurs des personnages, mais l’humanité et ses plus bas instincts.
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Article rédigé par Faye Fanel
Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.











