Un texte signé Vincent Trajan

USA - 1980 - Lewis Teague
Titres alternatifs : Alligator
Interprètes : Robert Forster, Robin Riker, Henry Silva, Michael V. Gazzo, Dean Jagger

retrospective

L’incroyable Alligator (1980) : la vie à pleines dents !

Après l’énorme succès des Dents De La Mer dans les années 1970, de nombreux films basés sur les attaques animales en milieu aquatique essaiment ici et là sur grands écrans à l’orée de l’année 1980. Ainsi, à l’instar de Piranhas, Orca ou La Mort Au Large, L’Incroyable Alligator de Lewis Teague se hisse au premier plan en se basant sur une légende urbaine toujours vivace : des alligators vivraient dans les égouts de New York. Il n’en fallait pas moins pour qu’un réel engouement se mette en place autour de ce long métrage…

Après avoir fait ses premières gammes en travaillant notamment sous la houlette de Roger Corman ou de Johnatan Demme, Lewis Teague décide de se lancer dans la réalisation dans les années 1970 avec Dirty O’Neil (1974) et Du Rouge Pour Un Truand (1979). Fort du succès d’estime de son dernier film et suite au refus de Joe Dante de travailler sur le projet L’Incroyable Alligator, c’est donc à lui que revient la charge de passer derrière la caméra.

Pour ce faire, le metteur en scène se base sur le scénario de John Sayles (Piranha, Hurlements) qui a réécrit totalement un script développé initialement par Frank Ray Perilli. Épaulé par le producteur Brandon Chase qui a bien su vendre le film, Lewis Teague s’est adjoint les services d’acteurs renommés à l’instar de Robert Forster, Henry Silva, Michael V. Gazzo et même Sue Lyon (Lolita) qui signe ici son dernier rôle au cinéma.

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Se faire les dents…

Voici le pitch de L’incroyable Alligator : dans les années 1960, une petite famille part pour un séjour en Floride et s’arrête en plein bayou pour y un voir spectacle avec des alligators. Malgré qu’un accident se soit produit au cours du show aquatique (un homme a eu sa jambé salement blessée par une morsure), la toute jeune Marisa est fascinée par le reptile. Ainsi, elle insiste auprès de ses parents pour acheter un bébé alligator. Après quelques minutes de palabres, elle réussit enfin à obtenir l’objet de sa convoitise. En route pour le retour de Chicago, la petite famille compte bel et bien s’occuper de ce bébé alligator afin de le voir grandir.

Enfin arrivée chez elle, Marisa utilise un vivarium pour y mettre l’alligator. Peu à peu, le reptile devient une véritable passion pour la petite fille qui passe son temps à l’étudier et à jouer avec, au grand dam de ses parents. En effet, de plus en plus échaudé par la présence de l’animal et le peu d’entrain de sa fille à mettre le nez dehors, le père supporte mal la présence du bébé alligator chez lui.

Il profite alors que sa fille soit à l’école pour le jeter dans les toilettes et tirer la chasse. L’animal se retrouve alors dans les égouts. 12 ans plus tard, l’alligator est devenu énorme, notamment en mangeant des cadavres de chiens jetés dans les égouts après avoir fait l’objet de tests scientifiques illégaux. Très vite, l’alligator a besoin de plus de nourriture et la police découvre de plus en plus de corps déchiquetés dans le réseau des eaux usées de la ville…

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Dents acérées…

Avec ce scénario cousu de fil blanc qui ne laisse pas trop de place à la réflexion ou l’introspection, le spectateur est directement happé dans les bas-fonds de Chicago pour y découvrir un monstre à la mâchoire carnassière. En effet, dès les premières minutes du métrage tout est mis en place pour que l’action soit mise en avant, quitte à passer assez rapidement sur la psychologie de l’officier de police David Madison, encore traumatisé par la perte de son coéquipier à la suite d’une opération qui a mal tournée. De fait, on va s’attarder sur le régime alimentaire du monstre des égouts via le sinistre dessein d’une entreprise pharmaceutique qui fait des tests sur des chiens après les avoir volés.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que le film ne perd pas de temps à faire monter la pression avec un bon nombre d’attaques dans les égouts et des corps démembrés ici et là. On sent que le scénario suit parfois celui des Dents De La Mer à ceci près que la communauté de Chicago apprend très vite qu’un alligator rôde dans le coin. Il n’en fallait pas moins pour que David Madison fasse appel à une spécialiste des reptiles, une certaine Marisa Kendall… Le récit développe donc par la même une constante relation attrait/rejet entre les deux protagonistes plutôt bien amenée.

Du côté de la réalisation, Lewis Teague reste assez classique et ne cherche pas trop à faire de plans alambiqués, mis à part au début du film lorsque le bébé alligator se retrouve dans le réseau des eaux usées, après avoir été jeté dans les toilettes. L’homme se contente d’une mise en scène efficace et doit parfois s’adapter à cause d’un budget serré, notamment en ce qui concerne les effets spéciaux de l’alligator.

De fait, il y a pas mal de plans serrés autour de la bête (les crocs, la queue, les yeux, …) ou de plans subjectifs de façon à ne pas mettre trop en évidence le côté latex du monstre. Malheureusement, certaines scènes d’attaques dévoile les nombreux défauts de l’alligator, notamment lorsque celui-ci sort des égouts ou s’attaque au colonel Brock (Henry Silva). Cependant, l’utilisation de vrais alligators pour certaines scènes permettent de rattraper les effets spéciaux encore balbutiants en ce début 1980 et les nombreuses scènes dans les égouts apportent des ambiances de suspense bien maîtrisées.

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Sanglant et fun…

Malgré le manque de moyens flagrant, L’Incroyable Alligator n’en reste pas moins une bonne petite série B horrifique pétrie de bonnes intentions qui surfe allègrement sur sa légende urbaine avec son lot de scènes sanglantes. De plus, le casting réussit aussi à tirer son épingle du jeu, notamment grâce à Robert Forster qui campe avec aplomb le flic David Madison dans son enquête dans les égouts de la ville. L’homme n’hésite pas à apporter des touches d’humour ici et là (sur sa vraie calvitie naissante, par exemple) et son duo avec Robin Riker fonctionne plutôt bien. De son côté, l’excellent Henry Silva joue un rôle à contre-emploi en incarne un colonel expéditif et un peu crétin avec beaucoup d’autodérision.

Qui plus est, le métrage met en avant de nombreuses références plus ou moins subtiles plutôt sympathiques qu’on prend plaisir à découvrir. Ainsi, certains passages de membres coupés rappellent Les Dents De La Mer, un graffiti « Harry Lime Lives » dans les égouts fait référence au Troisième Homme (1949) de Carol Reed, une victime du nom d’Edward Norton renvoie à un égoutier du de la série The Honeymooners (1955). On notera aussi une petite référence subversive dans la scène des enquêtes de voisinage de la police lorsque des officiers se rendent sur le perron d’une maison sise au numéro 1312 (1312 est l’acronyme d’ « ACAB » soit « All Cops Are Bastard » – tous les flics sont des salauds)…

En définitive, même si le film de Lewis Teague n’est pas exempt de tout reproche autant dans une réalisation un peu trop plate et des effets spéciaux datés, L’Incroyable Alligator s’avère être un long métrage plutôt sympathique. À la fois sanglant et drôle, ce film reprend à son compte une légende urbaine tenace et développe en sous-texte les dérives de l’industrie pharmaceutique et la surconsommation. Grâce à son succès au box-office (plus de 6 millions de dollars pour un budget de 1,5 millions), ce film permettra à Lewis Teague de lancer sa carrière les années suivantes avec des longs métrages comme Cujo (19893), Cat’s Eye (1985), Le Diamant du Nil (1985) ou bien Navy Seals (1990)…



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Article rédigé par : Vincent Trajan

Ses films préférés : Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé

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