Un texte signé Sophie Schweitzer

Mexique - 2023 - Amat Escalante
Titres alternatifs : Perdidos en la noche
Interprètes : Juan Daniel García Treviño, Ester Expósito, Bárbara Mori

review

Lost in the Night (2024) – Thriller

Le réalisateur mexicain Amat Escalante propose un thriller immersif et poétique sur fond politique avec Lost in the Night.

Dans une petite ville du Mexique, la population locale se trouve divisée par la mine qui offre à la fois du travail, mais pollue également la terre. La mère d’Emilio militait contre la mine avec une poignée d’homme et de femmes lorsqu’elle a disparu sans laisser de trace. Bien décidé à connaître la vérité et à lui rendre justice, le jeune homme mène son enquête qui l’amène devant la villa d’une riche famille d’artistes. Avec sa petite amie, il parvient à se faire embaucher par la famille. Celle-ci est vite fascinée par les deux adolescents. Ce qui dans un premier temps facilite l’enquête d’Emilio, mais plus il se rapproche de la vérité plus il se met en danger. Et s’il finissait comme sa mère ?

Lost in the night 1

Une mise en scène ambitieuse

Le métrage débute par une scène filmée par une caméra portée et dans laquelle des militants tiennent une conférence sous le feu des critiques. Rapidement, on comprend que leur combat pour l’écologie déplait aux personnes travaillant à la mine et craignant de perdre leur travail. Ces mêmes militants se retrouvent ensuite pourchassés sur une route poussiéreuse, de nuit. La caméra portée s’agite alors, fébrile comme les personnages. L’action nous est cachée en partie parce que la caméra n’arrive à tout voir. Cela donne une séquence immersive qui nous place directement du point de vue des protagonistes à qui la vérité est cachée. La conclusion de cette introduction est un fondu au rouge sur fond de cris d’angoisses. Cela annonce pour ainsi dire la couleur.

Par la suite, la mise en scène devient plus douce, plus proche d’un film d’indépendant. Comme en témoigne la scène où Emilio et sa petite amie sont caressés par la lumière du soleil qui les auréole et témoigne de leur innocence prête à disparaître par la suite. Cette douce lumière baignera les personnages dans de nombreuses scènes assez graphiques qui mettent en valeur autant les comédiens que le paysage. À l’inverse, certaines scènes d’action vont retrouver l’atmosphère prenante et agitée du début. Ce qui teinte le long-métrage d’une aura particulière. Il oscille entre le polar et le film d’auteur avec un propos politique.

Lost in the night 4

Du point de vue de ses héros adolescents

Celui-ci se retrouve dans la trajectoire des personnages. En adoptant le point de vue de victimes de ces conglomérats industriels et de la corruption, le film choisit de placer son point de vue à leur hauteur sans pour autant valider leurs choix qui ne sont pas toujours judicieux. La thématique d’une vengeance qui peut détruire celui qui la porte est tout aussi présente que celle des actions destructrices de ceux au pouvoir. Cette nuance est importante pour donner toute sa profondeur à l’histoire et rendre les évènements du métrage plus impactants. Un choix intéressant qui permet d’offrir une œuvre nous faisant plonger de plain-pied dans l’ambiance et touchante portée par un casting talentueux.

Dans le rôle d’Emilio, se trouve le comédien mexicain Juan Daniel García Treviño qui accroche le regard. Le jeune homme qui compte déjà 7 films à son actif transmet la passion et la rage qui anime son personnage. Face à lui, Ester Expósito, la comédienne espagnole découverte dans la série Élite dont la carrière décolle, incarne la fille aînée de la famille d’artistes. Elle est constamment accrochée à son téléphone, jouant les influenceuses et les ingénues. Pour autant, elle incarne l’autre facette de la nouvelle génération. En effet, Emilio est dans la rébellion, dans une quête de vérité pour laquelle il sacrifierait sa vie, il est aussi en colère, plein de rage. Celle-ci l’emporte sur une route dangereuse. À l’inverse, Monica est une éponge émotionnelle, qui sent la vérité la chatouiller et l’exprime par ses émotions et ses images qu’elle poste sur les réseaux. Ainsi, deux visions s’opposent, pourtant, les deux résonnent en écho avec ce que les jeunes générations montrent actuellement de par leurs actions contre le changement climatique et l’injustice sociale.

Lost in the night 5

Au casting mémorable

C’est un film assez juste qui a pris le parti de n’embaucher quasiment que des comédiens mexicains. Ce qui s’explique par la nationalité du film et de son réalisateur, eux aussi mexicains. Amat Escalante a été célébré à Cannes en 2013 pour son film Heli et à la Mostra de Venise en 2016 pour La region Salvaje. Il est à noter qu’il porte un regard critique au monde de l’art, puisque la famille qu’il choisit de montrer comme le visage de cette emprise politique sur des régions délaissées et pauvres est une famille d’artistes célèbres qui se targuent d’être anticonformistes. Un point de vue qui tranche et étonne, mais donne au film toute sa force évocatrice et surtout, sa subtilité.

Il en résulte une œuvre intéressante, immersive, qui aborde un sujet malheureusement des plus actuels.



***
TEST DU BLU-RAY/DVD :


Le blu-ray est de bonne facture permettant de profiter pleinement des couleurs et de la lumière des décors naturels. Le son est également de qualité, en version originale en 5.1 ou stéréo. Il y a un seul bonus : un entretien avec le réalisateur qui nous partage sa vision du film.

Points positifs :
– Son de qualité
– Image de qualité
– Bonus livrant la vision du réalisateur.

Points négatifs :
– Peu de bonus.
– 1 seul disque
– Seule la VO est présente sur les pistes sonores.


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Article rédigé par : Sophie Schweitzer

Ses films préférés : Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite

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