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Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Reality killers (2005) – snuff movies

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
Italie
Année de production

2005
Réalisation

Alessandro Capone
Interprètes

Pablo Dammicco, Volfango De Biasi, Francesco Maria

Reality killers réalisé par Alessandro Capone en 2005 n’a jamais pu atteindre les écrans britanniques puisqu’il en a été interdit. Sa première diffusion a lieu, 20 ans plus tard, à Paris, au Sadique Master Festival.

Collectionneur de snuff movie, le tueur en série se faisant appeler « Le Sculpteur » cherche à montrer au spectateur sa vision du monde en même temps que ses meilleures trouvailles, mais son exposé ne pourrait être complet sans l’exposition de sa propre perversion et de ses intimes obsessions.

Reality killers 04

Collection macabre

Choisissant une forme proche du film d’anthologie, Reality killers se veut comme une exploration des productions de snuff movies récupérés auprès d’une police corrompue. C’est tout le principe du Snuff, des meurtres mis en scène pour être revendus. Il y a toujours eu une interrogation sur le fait qu’ils puissent réellement exister ou soient simplement de la mise en scène. Ici, le métrage prend le parti de feindre la réalité. Le hic étant que cette quête de réalisme se heurte au manque de moyens.

En effet, à la fois pour pallier à un petit budget, mais aussi feindre le réalisme, beaucoup des segments sont basés sur un plan fixe, d’une caméra fixée sur un trépied dans une cave ou un garage. L’ennui des plans fixes c’est que l’on voit très vite les coupures bien pratiques pour l’installation des effets spéciaux. Ce qui revient à plusieurs reprises. L’autre problématique est que cela donne un sentiment de répétition, sans autre originalité que la manière dont la torture et le meurtre seront commis, ce qui par conséquent fait reposer la réussite sur le jeu des comédiens. Par chance, ceux-ci ne sont pas mauvais du tout. Mais ces bourreaux auraient-ils justement tous choisi un trépied pour tourner dans une cave ou un garage ?

Reality killers 01

Les limites du found foutage

Quelques segments adoptent une autre forme et de facto se démarquent. On retiendra celui du massacre d’une famille à Noël qui va jouer avec les caméras de surveillance. Mais cela pose toutefois deux soucis. Primo, un snuff se définit par le fait qu’il s’agit d’un meurtre pour la vidéo, or ici, on a affaire à un drame familial. Le second est l’apparition d’une arme dans les mains du suspect alors qu’il est en garde à vue. Il est alors normalement fouillé avant d’être placé en salle d’interrogatoire. S’ajoute à cela la réaction peu crédible de l’inspecteur l’interrogeant qui vient briser l’illusion.

On saluera l’effort d’inverser les genres et les clichés. Un clip de métal donne l’occasion à trois musiciennes de venger toutes les femmes précédemment torturées en s’attaquant brutalement à deux hommes dans un décor gothique digne des méchants dans Buffy contre les vampires. À la toute fin, c’est le film fait maison d’une apprentie tueuse en série, touchante par sa maladresse, magnifiée par ses tatouages, qui malheureusement, finira entre les griffes de notre tueur en série.

Reality killers 03

Des choix esthétiques affirmés

Il y a un choix esthétique affirmé de mise en scène du tueur, dans des tonalités marron, avec un masque facial qui couvre ses traits, une voix grave déformée, un corps exposé, à moitié dénudé, couvert de sueur, caressé langoureusement par ses propres mains. Ce qui donne un caractère dérangeant dans cet aspect lascif soulignant les propos tout aussi dérangeants du tueur. S’il n’a rien de si original, comparé aux très nombreux tueurs en série, il sait néanmoins captiver l’attention par son attention à l’esthétique, mais qui parfois vient briser l’illusion de « vrai snuff » si délicate et difficile à obtenir.

Difficile de savoir s’il atteindra un statut de culte dans le futur, son interdiction peut lui valoir l’attention, malgré tout, il peine à réussir son pari de d’offrir un aperçu du monde des snuff movies. En effet, les red rooms coréennes ont plongé plus encore dans l’horreur, c’est un peu la difficulté dans le monde actuel où les faits divers sont si rapidement partagés, montrés dans toute leur horreur, que la réalité finit ainsi par rattraper la fiction. Il reste donc l’esthétique et celle-ci est assez poussée.


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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite