|
|
Nationalité |
En 1961, Kōichirō Uno publie un roman racontant l’histoire d’un village de chasseurs de baleines terrorisés par l’une d’entre elles. Nommé le dieu baleine, le mammifère est responsable de la mort de beaucoup de pêcheurs. Suite au succès rencontré par cette histoire, le studio DAIEI achète rapidement et pour une grosse somme, les droits de ce Moby-Dick version japonaise.
Drame social
L’adaptation de The Whale God est confiée au célèbre scénariste et auteur Kaneto Shindo. Son travail met une nouvelle fois l’accent sur des thématiques sociales, sa marque de fabrique. En effet, le long métrage raconte l’histoire d’un village de pêcheurs renfermé sur lui-même. Celui-ci survit difficilement face à la modernité et l’arrivée des étrangers, incarnés ici par un prêtre assez pessimiste qui apparaît le plus souvent pour parler de la mort.
Exploités dans son usine par le chef du village, les habitants sont à bout de souffle et dépressifs. Ils n’ont plus d’espoir. Cette gigantesque baleine qui les terrorise apparaît sous la forme d’un geyser ou bien encore d’une grosse masse dans la brume. Ce désir de garder la créature mystérieuse grâce à un montage rapide de courtes séquences comporte plusieurs intérêts. En effet, les effets visuels paraissent ainsi plus impressionnants, leurs défauts étant dissimulés pour susciter la peur. Ce mystère permet, tout comme dans Moby-Dick, de transformer la baleine en symbole de leur charge mentale.
Les personnes âgées sont traumatisées par une vie passée à être les témoins du massacre de leurs camarades et les plus jeunes sont envahis par la rage et passent leurs soirées à se battre.
Pour illustrer ce chaos, Tanaka agite sa caméra dans tous les sens, jusqu’à ce que son sujet n’ait plus de forme et ne représente qu’une vague de chair informe et violente rappelant les déplacements de la baleine.
Également, toujours dans le but de faire ressentir tout le mal-être de ses personnages, le réalisateur filme en gros plan les visages et plus particulièrement les regards. Ceux-ci représentent l’âme des personnages et permettent de faire comprendre, sans dialogue, leur peur ainsi que leur déterminisme.


Folie et obsession
Le village sombre au fur et à mesure que le métrage se déroule. Les hommes deviennent de plus en plus violents. Ils ne pensent plus qu’à la baleine plutôt que d’essayer de trouver d’autres solutions pour sauver leurs maisons. Certains ouvrent les yeux et quittent tout pour s’ouvrir au modernisme plutôt que de gâcher leur vie. Pourtant, ce sont ces personnages que le village juge faibles.
Tout ce qu’il y a de plus négatif dans cette société se concentre dans le personnage de Kishu, un mendiant attiré par la récompense promise par le chef de village. Kishu passe son temps à provoquer les autres pour se battre avec violence. C’est un animal qui n’écoute que ses instincts. Il agresse sexuellement la prétendante de Shaki, le personnage principal. Il veut affronter le dieu baleine pour montrer sa puissance, le reste n’a pas d’importance. Le metteur en scène ne cesse d’ailleurs de le filmer comme un animal. Lors des combats, Kishu adopte une attitude très animale rappelant celle d’un fauve prêt à bondir au cou de sa victime. Jusqu’au bout, le personnage ne montrera aucun regret pour ses actes, se contentant d’attaquer la baleine encore et encore dans une frénésie meurtrière. Kishu représente la vision négative des étrangers qui voient le Japon comme une terre archaïque peuplée d’être sauvage sans principe et violent.
Au travers de ces portraits négatifs, le réalisateur cherche à parler du moment charnière dans l’histoire du Japon. En effet, le film se situe au début de l’ère Meiji, un moment de transition entre conservatisme et ouverture sur l’extérieur.

Un lourd héritage.
Il est temps de parler du personnage principal de cette histoire, Shaki. Sa famille traque les baleines depuis deux générations. Lorsque son père et son grand-père ont été tués par le dieu, le jeune homme hérite de leur destinée. Il est celui qui doit sauver le village en tuant l’imposant mammifère. Honorer son héritage ou le fuir, tel est le dilemme qu’affronte le personnage. Shaki se compare au dieu baleine en disant qu’ils se ressemblent, il n’a pas tort. La baleine représente un devoir qu’il n’a pas demandé et qui lui a été imposé. Sa famille chasse, il doit être chasseur, il n’y a pas d’autres possibilités. Le dieu baleine représente aussi la peur que lui évoquent le changement et la folie ambiante. Il se moque de l’argent ou de faire un beau mariage. Il sait que son destin est déjà tracé, mais il souhaite faire les choses le plus justement possible.
D’ailleurs, c’est dans ce but qu’il épouse Ei, la femme qu’il aime et accepte comme le sien l’enfant qu’elle a eu suite à son viol. Il plante ainsi la graine d’un avenir plus radieux. Il pourrait laisser la baleine et rester avec sa famille, mais il refuse. Contrairement aux autres personnages, Shaki n’est jamais dans le déni, il est celui qui regarde toujours au loin.
Tanaka aime mettre en scène le personnage regard tourné vers le large. Il ne regarde pas en arrière, il affronte son futur pour en créer un plus lumineux.

Nature et industrie
Mais qu’en est-il du côté de la baleine ? Celle-ci est inspirée des légendes japonaises. On peut en trouver un exemple chez les yokai ou bien encore parmi les dieux. Bien qu’elle représente beaucoup d’éléments négatifs, la baleine incarne aussi une force de la nature. Le spectateur tient ici un nouvel exemple de récit animiste, récurrent dans la culture japonaise. Les hommes sont représentés comme cupides. Le chef du village veut la baleine pour la fortune rapportée grâce à sa chair et sa graisse. Il pourrait abandonner et protéger son village mais non, la convoitise est plus forte.
Les attaques de la baleine sont une punition et un rappel qu’il est important de respecter la nature. Un thème qui revient souvent dans le folklore japonais.
Le fait que Shaki se compare à la baleine représente la compréhension du cycle de la vie et que l’homme et la nature doivent fonctionner ensemble et ne pas s’affronter au risque de se perdre.
TEST DU BLU-RAY/DVD
![]() |
Les éditions Roboto films vous proposent de découvrir cette nouvelle pépite dans une excellente copie en haute définition et en VOST. Les images et les différentes nuances de noir et blanc sont superbes. Le film est accompagné par un entretien passionnant avec Fabien Mauro. Il vous donne plus d'infos sur le tournage et vous présente les différents artisans qui ont donné vie au film. Les points + Une très belle copie Les points - Le film n'est disponible qu'en Vostfr. => Achetez chez notre partenaire Metaluna |
|
Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix : |
|
Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci ! |
Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :
=> Snow Woman – amour fantomatique (1968)
Article rédigé par Faye Fanel
Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.


