Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Un Zoo la nuit (1987) – Monde de mâles

Un texte signé André Quintaine

Nationalité
Canada
Année de production

1987
Réalisation

Jean-Claude Lauzon
Interprètes

Gilles Maheu, Roger Lebel, Corrado Mastropasqua, Lorne Brass, Germain Houde, Jerry Snell, Lynne Adams, Anna-Maria Giannotti...

Avant de mourir dans un accident d’hélicoptère, Jean-Claude Lauzon n’aura eu le temps de réaliser que deux longs-métrages, mais pas des moindres. L’un d’entre eux, Léolo, est unanimement considéré comme une œuvre majeure du cinéma québécois. Un film pas facile, dans lequel le petit Leolo trouve refuge dans ses rêves pour échapper à une famille dont les membres font régulièrement des séjours en hôpital psychiatrique. Un zoo la nuit sort en salle cinq années auparavant et dénote déjà d’un réalisateur exigeant avec son public. Cette fois, si le premier long-métrage de Lauzon dérange, c’est parce qu’il exhibe quelque chose qu’on n’aime pas voir : la vulnérabilité masculine.

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D’autant plus dans un milieu où prime la loi du plus fort…. Le film s’ouvre sur la cellule de Marcel alors que le détenu subit un viol orchestré par un maton et perpétré par un codétenu. L’outrage est commandité par deux flics qui espèrent ainsi faire comprendre à Marcel qu’il a tout intérêt à leur restituer un butin à sa sortie de prison.

Une fois Marcel libre, le film installe son action dans les milieux underground, celui des gangsters, des flics, des prostituées et de la drogue. Là, dans une atmosphère viciée qui rappelle celle de Cruising – La Chasse (1980) de William Friedkin, le cadre de vie de Marcel n’a rien de franchement plaisant.

La seule connaissance issue de la gent féminine dont dispose Marcel s’avère une prostituée à laquelle il est attaché. Une relation qui n’a rien de stable. En réalité, Marcel est surtout entouré d’hommes. Avec les flics, il ne fait pas le poids et pousse même un petit cri de fausset lorsque son visage est écorché. Son seul ami est homosexuel. Une relation que le réalisateur choisit de dépeindre comme un flirt platonique. Finalement, la relation la plus intense reste celle qui le lie à son père, Albert, avec lequel il est pourtant fâché.

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À ce moment-là, l’intrigue policière passe au second plan pour laisser la place à une analyse touchante des relations père/fils… Si Marcel s’est délibérément éloigné de ce père patient qui couvrait les bêtises de son fils, ce n’est pas uniquement parce qu’il lui renvoie comme un miroir ses erreurs de jeunesse. L’amour qu’un père et un fils se portent mutuellement est aussi une démonstration de fragilité à laquelle les hommes ne doivent surtout pas se laisser aller.

Une vulnérabilité que Marcel fuit comme une maison en feu pour se conformer au stéréotype de l’homme dur, froid, sûr de lui. Cette virilité doit passer par un symbole. Pour Albert, il s’agit d’un trophée de chasse que son fils va lui livrer presque sur un plateau, le plus gros des animaux, captif dans un zoo. Pour Marcel, son symbole de virilité s’avère plus basique puisqu’il s’agit de la grosse moto qu’il enfourche comme un animal sauvage.

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À ce moment de sa carrière, Gilles Maheu, qui incarne ici Marcel, ne s’était pas encore compromis en mettant en scène des comédies musicales avec Garou. Pour le film de Jean-Claude Lauzon, il livre une composition mémorable, incarnant un homme qui a bien du mal à exister dans un monde où règnent les types violents, vulgaires et laids.

À maints égards, on peut penser qu’un film comme Un zoo la nuit, produit dans les années 80, a activement participé à la réflexion sur la masculinité… Une introspection qui enfantera une génération de papas qui assistera à l’accouchement de leur épouse et poussera les landaus de leurs rejetons afin de les emmener à la crèche.

Reste que le final de Un zoo la nuit offre des images étranges, inédites, difficiles à décrire. Elles sont pourtant magnifiques. Pour autant, elles dérangent, bien plus que les démonstrations de violence auxquelles nous habituent habituellement les garçons.


TEST DU BLU-RAY/DVD


Artus Films avait déjà sorti en DVD Léolo de Jean-Claude Lozon. Logiquement, l’éditeur nous gratifie du premier film du réalisateur québécois, complétant ainsi sa filmographie hélas trop faible.

Le film est touchant, tout comme les mots que livre dans les bonus son acolyte, critique et historien du cinéma, Gaston Lepage, qui se remémore avec nostalgie son ami.

Toujours au rayon des bonus vidéo, on trouve également La Théorie Lauzon, essai un peu brumeux conçu par Marie-Josée Saint-Pierre.

L’édition, somptueuse avec son joli packaging, comprend surtout un livret de 64 pages passionnantes, dans lequel Sylvain Garel retrace la carrière du réalisateur.

Enfin, le plus important, le film est présenté dans une copie superbe dont les couleurs évoquent fidèlement les années 80, en particulier l’atmosphère urbaine de Montréal.

La piste son est irréprochable. En revanche, et au risque de faire de la peine à nos cousins de la belle province, avouons que ça n’aurait pas été du luxe si le Blu-ray avait proposé des sous-titres sur certains passages en québécois...

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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par André Quintaine

Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma