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Black Dragons (1942) avec Bela Lugosi

Un texte signé Jean-Pierre Putters

Nationalité
USA
Année de production

1942
Réalisation

William Nigh
Interprètes

Bela Lugosi, Joan Barclay, George Pembroke

Bela Lugosi l’affirmait à ceux qui voulaient bien l’entendre : « C’est l’un de mes films les plus terrifiants, oserez-vous le regarder ? » Le maître incontesté de la terreur dans les années trente exprime là un enthousiasme que nous ne saurions lui reprocher. Et, sans aller jusqu’à parler de terreur pure, telle que nous la comprenons de nos jours, ce Black Dragons réserve tout de même un joli suspense qui ne trouvera son dénouement (final !) que dans les ultimes dernières séquences, assez surréalistes, remettant toute l’histoire en question.

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L’histoire, justement : eh bien, peu après l’engagement des USA dans la Seconde Guerre Mondiale, une série de meurtres sévères intervient, visant à chaque fois des sommités américaines. On retrouve le corps de ces malheureux plaisamment jetés au seuil de l’Ambassade du Japon, provisoirement close pour des raisons de prudence assez compréhensibles en cette période agitée. L’opération vise en fait à saboter l’effort de guerre national et à remplacer des personnalités américaines par des Japonais débridés grâce aux vertus de la chirurgie esthétique. Le ton, débridé lui aussi, se veut d’un cynisme réjouissant et d’une moralité sans faille.

Le savant fou responsable de ces méfaits chirurgicaux est bien sûr Bela Lugosi, dont l’art de trop en faire à l’écran relève du pur génie. Jeté en prison par ses commanditaires nippons du Club des « Black Dragon », ceci malgré son zèle au service de l’idéologie nazie, il n’aura de cesse de s’échapper pour que vengeance s’accomplisse ! Dans ce rôle, Bela Lugosi donne la pleine mesure de sa dramaturgie théâtrale, même s’il apparaît déjà quelque peu diminué par la maladie et son addiction à des substances illicites. En quête de contrats devenus plus rares au fil des années quarante, il va tourner à la pelle (forte !) une série d’extravagances bisseuses, composer des silhouettes, devenir le faire-valoir de comiques burlesques comme Abbott et Costello, les East Side Kings (devenus plus tard les Bowery Boys), le duo Wally Brown et Alan Carney, Old Mother Riley (une grand-mère horripilante jouée par le travesti Arthur Lucan) ou encore Duke Mitchell et Sammy Petrillo, deux fondus qui imitaient impunément leurs prédécesseurs Dean Martin/Jerry Lewis.

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Bela Lugosi tourne ainsi pour la RKO, qui, déjà loin du succès de King Kong, avait plutôt l’air KO, ou encore avec la Monogram pour ce Black Dragons et pas moins de huit autres productions, lui offrant à chaque fois des rôles de savant fou, de monstre, de nazi (comme ici !) ou naturellement de vampire, sa grande spécialité.

À travers cette délirante histoire ouvertement propagandiste, Sam Katzman, l’un des producteurs les plus grippe-sous d’Hollywood, profite du choc encore douloureux de l’attaque surprise sur Pearl Harbour déclenchée le 7 décembre 1941 pour titiller la fibre nationaliste et dénoncer le péril jaune dans ce Black Dragons initialement titré The Yellow Menace, comme s’il s’agissait de prendre une revanche, au moins cinématographique, sur le cours des événements.

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Pour les amateurs, la scène la plus surréaliste de ce titre assez fou intervient lorsque le chirurgien, mal récompensé de ses efforts, se retrouve emprisonné par les Nippons et découvre son compagnon de cellule sous l’apparence d’un autre Bela Lugosi parfaitement glabre, alors que lui porte barbe et moustache. Ses talents chirurgicaux et une petite trousse médicale conservée par miracle lui permettent ainsi de prendre la place de son sosie et de s’échapper impunément (en clair, il retire barbe et moustache postiche). Dans la série, une autre séquence vaut aussi le déplacement. Lorsque le même Bela Lugosi s’en vient saluer une assemblée de sommités japonaises d’un énergique « Heil Hitler » et qu’il s’entend répondre un non moins vigoureux « banzai » ! Seule la vibrante image finale du drapeau américain flottant au vent d’une liberté démocratique un instant perturbée permettra de reprendre ses esprits !


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Article rédigé par Jean-Pierre Putters