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Au vu du résultat, personne ne se montrera surpris que L’Été de la peur, d’abord diffusé sur NBC en 1978, ait finalement bénéficié d’une campagne en salle sur le continent européen. Si la patte du futur réalisateur de Les Griffes de la nuit (1985) n’est pas réellement visible, la qualité du produit livré par Wes Craven pour le petit écran justifie d’avoir revu à la hausse les ambitions pour la promotion du film. D’ailleurs, dans sa deuxième partie, L’Été de la peur semble même emprunter des chemins quelque peu malaisants eu égard aux critères télévisuels de l’époque, en particulier lorsque le tonton commence à vouloir fricoter avec sa nièce qui met tout en œuvre pour le séduire…


Avant de tourner L’Été de la peur, les problèmes familiaux ainsi que les relations parents/adolescents, étaient souvent été au coeur des films du papa de Freddy Krueger. Par exemple, dans La Dernière Maison sur la gauche (1972), un père incite son fils à se mettre une balle dans la tête. Quant à son porno, The Fireworks Woman (1975), il raconte les aventures d’Angela et de Peter, une sœur et un frère qui s’aiment depuis leur enfance, au point d’être attirés physiquement l’un par l’autre. Enfin, dans La Colline a des yeux (1977), le film expose un modèle familial un peu particulier… Pour Wes Craven, L’Été de la peur restera son film le plus sage du moment et annonce une période artistique plutôt faible, peut-être même la moins intéressante de sa carrière.
Si le film s’avère si mesuré, ce n’est probablement pas seulement parce qu’il est destiné au départ à figurer sur la grille de programme d’une chaîne de télévision. À l’origine du roman, on trouve un auteur, une femme qui a souvent écrit pour les adolescents, Lois Duncan, surtout connue pour Comme en un mauvais rêve, adapté au cinéma par Jim Gillespie en 1997 sous le titre Souviens-toi… l’été dernier. Ainsi, à tort ou à raison, L’Été de la peur s’apparente quelque peu à ces romans de la collection Haute Tension qui, dans les années 80, visaient d’abord les jeunes filles.


Le principal ressort dramatique des intrigues de la collection s’avérait un profond sentiment d’injustice, la plupart du temps totalement infondé. Dans L’Été de la peur, c’est Rachel qui se retrouve sur la touche, maintenant que ses parents ont recueilli Julia, désormais orpheline. Bien sûr, les choses étranges qui se produisent depuis l’arrivée de la pupille sont bien réelles, mais Rachel est la seule à comprendre que c’est Julia qui œuvre subtilement grâce à ses pouvoirs surnaturels. Personne ne croit Rachel qui voit alors avec effroi les événements la frapper personnellement, comme l’apparition sur son visage de vilains boutons d’acné…
Avec ces enfantillages, les schémas empruntés par l’intrigue s’avèrent plutôt prévisibles. Toutefois, l’action rythmée par les événements qui surgissent régulièrement évitent les temps morts. D’autant plus que les malheurs de Rachel montent crescendo, portant alors le téléfilm au-delà d’une histoire purement et simplement formatée pour les adolescents grâce au personnage de Julia. D’abord discrète et timide au moment d’emménager sous le toit des Bryant, la jeune fille joue très vite de ses charmes pour séduire les hommes autour d’elle… Quels que soient leur âge et leur lien de parenté.


Élément le plus intéressant du métrage, Julia reste cependant mal exploitée. Incarnée par Lee Purcell qui avait débuté aux côtés de Michael Douglas dans Adam at Six A.M. (1970) avant de rejoindre Charles Bronson dans Monsieur Majestyk (1974), on ne saura rien de cette sorcière des temps modernes, ni de son adaptation à notre siècle. Les rites qu’elle met en œuvre pour arriver à ses fins sont même dissimulés à nos yeux. Plus dommage encore, son passé proche ne s’avère pas du tout exploité pour générer une quelconque inquiétude chez le spectateur. Ainsi, les méfaits qu’elle a pu commettre au sein des précédentes familles dans lesquelles elle s’est incrustée nous sont cachés. À la place, le film préfère s’attarder sur les inquiétudes de Rachel qui apparaissent comme de puérils caprices.
Rachel est ici incarnée par Linda Blair, qui se trouve, au moment de tourner L’Été de la peur, à un moment charnière de sa carrière. En, effet, après avoir choqué les spectateurs à l’occasion de L’Exorciste (1973), et les avoir bouleversés dans un rôle de fugueuse avec Born innocent (1974), elle voit son avenir s’assombrir en raison du bide L’Exorciste II : L’Hérétique (1977). Mais, ses mauvaises fréquentations lui valurent également des problèmes avec la justice. Alors indésirable à Hollywood la pudibonde, Linda Blair devra se contenter de rôles discutables dans des films de seconde zone comme Hell Night (1981). Mais, c’est surtout Les Anges du mal (1983) qui va précipiter la chute de la star en la contraignant à dévoiler ses formes. Encore épargnée à la fin des années 70, au moment de tourner dans L’Été de la peur, Linda Blair transpire toujours l’innocence et la pureté. Gentille, joyeuse, attachante, Linda Blair et son visage poupin offrent en tout cas un contraste intéressant avec la méchante sorcière incarnée par Lee Purcell.
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=> Les Rues de l’enfer ou les chasses de la comtesse Blair
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma

