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Card Player de Dario Argento (2004)

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
Italie
Année de production

2024
Réalisation

Dario Argento
Titres alternatifs

Il cartaio
Interprètes

Stefania Rocca, Liam Cunningham, Silvio Muccino

Sorti en 2004, Card Player permet à Dario Argento de porter un regard acéré sur les outils numériques et la société moderne.

À Rome, un tueur en série lance un défi à la police. Si elle parvient à le battre dans un jeu de poker en ligne, il laissera sa victime s’en sortir vivante, mais à chaque coup perdu, il amputera sa victime et si la police perd ou refuse de jouer, la victime perdra la vie. Comprenant immédiatement les enjeux, Anna Mari, inspectrice romaine, décide de tout faire pour dénicher l’assassin. Pour cela, elle va se faire aider d’un inspecteur irlandais alcoolique et d’un jeune joueur talentueux.

Des choix de mise en scène étonnant

Dès les premières images de Card Player résonne la musique électronique composée par Claudio Simonetti, le claviériste du groupe Goblin qui a composé une majeure partie des bandes originales des films de Dario Argento. Malgré tout, cette musique très froide s’accompagne de couleurs bleutées pour le moins étonnante. En effet, le réalisateur des Frissons de l’angoisse et de Suspiria nous a habitué aux couleurs chaudes et à une image baroque. Ici, l’image paraît presque télévisuelle. Tout aussi surprenant, sa scène d’introduction ne s’appuie pas sur une scène de meurtre graphique mais plutôt par l’introduction du personnage de l’enquêtrice qu’on sera amené à suivre.

Ainsi nous découvrons Anna, une femme séduisante, installée à un bureau, derrière un écran d’ordinateur. On comprend immédiatement qu’il s’agit de son anniversaire puisqu’elle reçoit des fleurs de la part d’un collègue insistant. La mise en scène et le montage de Dario Argento étant toujours soignés, on s’étonnera que la caméra s’attarde sur Anna et jamais sur son collègue. Plus encore qu’elle s’intéresse plus à l’écran de l’ordinateur qu’aux policiers peuplant ce commissariat. Cela se comprend néanmoins, car le tueur ne va communiquer avec elle qu’à travers cet écran d’ordinateur.

Card Player 2
Card Player 1

En guerre contre la technologie ?

Avec Card Player Dario Argento avait déjà dépeint un ancien inspecteur en difficulté avec les technologies dans Le Sang des innocents, ici, il laisse entendre qu’internet permet à un tueur d’agir en toute impunité alors que la police se retrouve larguée. Ce point de vue se trouve appuyé par le choix des couleurs, très froides, bleutées et par une composition des cadres très rapprochés des visages où les personnages se retrouvent enfermés, écrasés. Le choix également d’un format 16/9 semble assez déterminant, en s’éloignant du scope et en s’approchant du format des écrans d’ordinateur, Dario Argento montre que c’est justement ce média qu’il juge dans son film.

La mise en scène peut sembler assez vidéo. En particulier sur les images des victimes qui sont diffusées à travers une webcam et dont la qualité est si dégradée qu’on perçoit difficilement ce qu’il leur arrive. Cela aussi étonne, car d’ordinaire, Dario Argento aime filmer de manière graphique les mises à mort. Ici, c’est tout l’inverse. Il est impossible d’envisager que ce soit un choix par défaut, par manque de budget, c’est donc un choix volontaire d’enlaidir l’image, de la rendre difficile à percevoir. D’ailleurs, quand un nouvel inspecteur arrive et offre à Anna la possibilité de mener l’enquête d’une autre manière, le cadre s’ouvre, les couleurs changent. Anna porte alors la couleur rouge qui est si chère au cœur du réalisateur italien.

Card Player 5

Et le baroque, alors ?

Ce n’est qu’à la scène à la morgue qu’on retrouve le goût pour le macabre du réalisateur du Chat à neuf queues. La lumière bleutée et froide souligne le réseau de veines de la victime, l’état de décomposition du cadavre, la laideur de la mort. Quand l’inspecteur irlandais campé par l’excellent Liam Cunningham cherche des indices sur le corps, on songe d’ailleurs au film de Jonathan Demme Le Silence des agneaux. La scène précédente, dans la nature, évoque Le Syndrome de Stendhal, si bien qu’en cherchant bien, on retrouve la patte du réalisateur.

Suivant l’angle de l’enquête, Dario Argento utilise plusieurs techniques pour induire le suspense, entre les parties de poker où le tueur joue avec la police, ses attaques erratiques envers des personnes qui aident la police puis la police elle-même, cependant, il manque peut-être d’un fil rouge : celui de l’enquête. En effet, les inspecteurs réagissent plus qu’autre chose et ne semblent pas vraiment avoir de piste ni d’idée de comment piéger le tueur. Ils sont plutôt passifs, voire mis dans la place de victime. Ce qui n’est pas si éloigné de la posture du Syndrome de Stendhal.

Card Player 4

La période moderne

On sent bien dans Card Player qu’on est dans la période moderne du cinéma de Dario Argento. Ainsi on y retrouve la musique électronique de Lunettes noires, ou encore les couleurs criardes et bleutées du Sang des innocents. S’il y a encore et toujours cette cruauté et l’empreinte des contes de fées, Anna paraissant être un véritable petit chaperon rouge, il y a néanmoins bien des thématiques liées à la modernité. Internet est un outil permettant au tueur d’agir en toute impunité, le numérique est alors un outil de perversion échappant à la police impuissante.

Et surtout, Anna semble subir de toute part le regard masculin qui ne la considère ni ne l’écoute, sentiment qu’on éprouvait déjà dans les précédents films du maître du giallo. Dès les premiers plans, on découvre Anna toujours inférieure physiquement, elle est assise alors que les hommes qui la harcèlent ou la dominent sont debout. Son supérieur ne l’écoute pas, voire l’humilie en lui demandant de jouer au poker alors même qu’il doit savoir que ce jeu de cartes a tué son père, et l’un de ses collègues la harcèle sexuellement. La seule personne en qui elle peut avoir confiance est celle avec qui elle apparaît d’égal à égal, c’est à dire physiquement, elle est à sa hauteur et n’est plus dominée, il s’agit d’un autre inspecteur, étranger, qui subit lui aussi un dénigrement de ses collègues.

Ainsi on retrouve l’attachement de Dario Argento aux minorités et aux marginaux, tout comme aux femmes. Le code couleur choisi l’affirme : Anna est la seule à porter le rouge, comme les victimes du fait du sang qui a coulé. Couleur qui semble confirmer son rôle aussi de petit chaperon rouge, victime désignée qui pour autant, finit par se dévoiler pas totalement désarmée, comme souvent chez les personnages féminins dans les films d’horreur.


TEST DU BLU-RAY/DVD


Sorti chez Extra Lucid dans leur collection Extra Cult, Card Player bénéficie d'un beau coffret comprenant le film, dans un disque en bluray, de plusieurs bonus permettant de découvrir le travail effectué par les artisans du film, notamment de Dario Argento, du compositeur Claudio Simonetti (membre des Goblins) et du chef opérateur Benoît Debie (qui a beaucoup travaillé avec Gaspard Noé), ainsi qu'une analyse de Jean-Baptiste Thoret et le making of du film. Enfin, à ceci s'ajoute un livret de 48 pages ainsi qu'une belle carte avec l'affiche du film. C'est un très bel objet pour les collectionneurs, ceux qui veulent uniquement le film peuvent choisir la version simple du coffret.

Points Positifs :
- Image et son de grande qualité
- Présence de nombreux bonus permettant de compléter le visionnage
- Livret accompagnant le disque dans la version collector.
- Présence de plusieurs versions (français, anglais, italien) et de sous-titres.

Points négatifs :
- La version française est en 2.0 seulement.

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Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :

=> Le sang des innocents (2001) – un giallo de Dario Argento

=> Le Syndrome de Stendhal (1996)


BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite