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Le comédien Nikhil Nagesh Bhat débarque sur les écrans internationaux en tant que réalisateur avec Kill, film d’action en huis clos et à toute vitesse.
Amrit, un soldat indien, revient d’une mission pour apprendre que les parents de sa petite amie, Tulika, ont choisi pour cette dernière un fiancé. Malgré les craintes de la demoiselle qui redoute l’influence de son père, magnat des transports, Amrit décide de la rejoindre dans le train amenant sa fiancée et sa famille vers New Delhi pour l’arracher à sa famille. Seulement, ses projets vont être contrecarrés par une bande de 40 voleurs qui se sont glissés dans le train et pour qui la très riche et puissante famille de la jeune femme représente la poule aux œufs d’or.


Un film d’action sous tension
Derrière ce cocktail d’action fortement inspiré de The Raid et du cinéma hongkongais, se cache Nikhil Nagesh Bhat, un réalisateur protéiforme qui a déjà pu réaliser de l’action en huis clos musclée dans Hurdang qui retrace une rébellion, mais aussi de la comédie avec Brij Mohan Amar Rahe produit par Netflix ou encore du romantisme avec la série Rasbhari pour Prime vidéo. Sa mise en scène épouse les attentes du cinéma indien avec des ralentis musicaux sur les personnages dans une pose romantique ou épique, exacerbant ainsi les sentiments des protagonistes, mais participant également à leur « icônisation ».
Mais à l’inverse d’un S.S. Rajamuli, Nikhil Nagesh Bhat vise une action sèche et musclée, sans fioritures, sans moment de bravoure, hormis celle celui de se tenir debout face à une marée de bandits armés de lames en tous genres et déterminés à vous tuer. Ici le huis clos enferme les personnages et une recherche de réalisme pose de sérieux enjeux. Il n’y aura pas de combat sur le toit du train, ce qui pourtant semble pourtant être un passage obligé depuis Mission Impossible de Brian de Palma, pas plus qu’il n’y a de chorégraphie complexe de combat. Non, ici tout est resserré, et l’accent est mis sur la douleur, sur l’impact du coup.


La mise en scène de la douleur
Car le film fait mal et cherche à convoquer l’empathie du spectateur pour ses personnages, y compris les voleurs. Nikhil Nagesh Bhat n’hésite pas à arrêter son action pour montrer l’effet produit par un coup qui désoriente un personnage ou encore à montrer l’impact émotionnel du décès d’un personnage, même très secondaire. Les cris déchirant des autres passagers, notamment des mères, parents et enfants, ne peuvent laisser froid. En impliquant ainsi émotionnellement son spectateur, Nikhil Nagesh Bhat renforce l’adhésion à son action et peut donc se permettre de ne pas suivre la trame classique de ce genre de film.
En effet, il n’y a pas la progression linéaire à laquelle on pourrait s’attendre, celle-là même où les personnages remonteraient le train jusqu’à la locomotive, comme c’est le cas dans le Transperceneige, le Dernier Train pour Busan ou encore, en version verticale, dans The Raid. Au contraire, les personnages vont faire des aller-retours entre la première classe et la seconde qui divise littéralement les personnages. Parce que le film, dans son action, dans sa brutalité, n’oublie pas de parler de la société indienne. Les premières victimes des voleurs sont les pauvres de la seconde classe, entassés sur des couchettes, ils sont des victimes faciles. Tandis que la première classe a l’occasion d’alerter les secours, de s’enfermer et bénéficie de plus d’espace. Enfin, le long-métrage montre que, même les voleurs avec leurs moyens, n’ont pas accès physiquement aux riches de la première classe. Et au milieu de tout cela, notre héros fait figure de transfuge, ce qu’il serait s’il parvenait à enlever sa petite amie et à l’épouser.

Avec une pointe d’horreur
À cela s’ajoute une ambiance horrifique qui s’installe vers le milieu du film. Celle-ci est amenée par le personnage de Fani, un voleur charismatique, mais surtout un psychopathe qui va enchaîner les meurtres aussi gratuits que cruels et graphiques. Impossible de ne pas songer à Le sang des Innocents et sa scène d’introduction dans le train de Dario Argento lorsque Fani s’amuse à massacrer ses victimes, contraignant ainsi le héros à devoir l’imiter pour le vaincre, à devenir à son tour un croquemitaine. Durant une scène où le wagon de la seconde classe est plongé dans le noir, on peut se mettre à penser à Le Monstre du train, tant l’ambiance devient fantomatique et à la fois propice à un jeu de massacre digne d’un slasher.
L’accent mis sur des mises à mort graphique, violentes et cruelles, avec des crânes explosés, broyés, des geysers de sang et un mixage sonore soulignant les os brisés, les chairs déchirées, n’est pas sans rappeler la mise en scène des films d’horreur plus que des films d’action même s’il n’est pas le premier à user de ces outils, on pense bien sûr à The Raid 2, John Wick, Equalizer et bien d’autres.
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=> Critique de The Raid 2
=> Le sang des innocents (2001) – un giallo de Dario Argento
Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite

