Under the shadow

Téhéran pendant la guerre Iran-Irak. Shideh reste seule avec sa fille Dorsa depuis que son mari a été enrôlé au front. Pas facile pour cette jeune femme indépendante, dont les rêves d’études médicales ont été brisées par la révolution de 1979. Son passé gauchisant lui interdit dorénavant l’accès à l’université. Mais ce ne serait rien si cette foutue guerre ne s’intensifiait pas. Voilà maintenant que l’Irak bombarde Téhéran à coup de missiles. Petit à petit, l’immeuble à appartement se vide, chaque famille trouvant refuge loin de cette capitale transformée désormais en cible. Shideh est vite esseulée. Surtout depuis qu’un de ces missiles est tombé sur le toit de l’immeuble sans cependant exploser. Avant de partir, les derniers voisins, quelque peu bigots, ont invoqué l’arrivée de Djinns, amenés par l’ogive. La très rationnelle Shideh n’entend pas s’apeurer de telles fariboles, mais Dorsa commence à avoir de drôles de visions… Et des objets disparaissent de la maison.

UNDER THE SHADOW, qui a été présenté à l’Etrange festival 2016, à Gérardmer et à Offscreen 2017, nous ouvre à un fantastique inconnu dans nos contrées puisque venu d’un Iran, jusqu’ici plus connu pour le cinéma de Abbas Kiarostami, de Samira Makhmalbaf ou de Jafar Panahi. On n’affirmera pas qu’il nous ouvre à des perspectives formelles inédites, mais UNDER THE SHADOW trouvera grâce à nos yeux blasés par trop de fantastique lambda par la contextualisation thématique des peurs qu’il met en scène.

Le Djinn est présenté comme une force maléfique apportée par un vent mauvais. Il s’attaque aux plus faibles. Ici, il s’insinue par le trou et les fissures créées par le missile dans le bâtiment. Le Djinn est la métaphore de la peur de la guerre.

Mais il réfère aussi à l’oppression qui pèse sur la société iranienne post révolutionnaire, laquelle brime la femme. C’est très clair à la fois par ces séquences qui montrent Shideh humiliée par la police des mœurs et confinée à la maison par les autorités académiques, mais aussi par la figuration des Djinns sous une forme voilée, laquelle de surcroit ne contient que du vide. Qu’une métaphore aussi frontalement directe et transparente ait passé les rets de la censure ne laisse de nous étonner. On est tout aussi admiratif devant l’audace scénaristique qui englue notre héroïne dans un sol visqueux dans lequel elle s’enfonce. C’est évidemment le manque de liberté de mouvement qui est ici stigmatisé. Visiblement, la censure iranienne s’est relâchée, on ne s’en plaindra pas.

Dès lors, UNDER THE SHADOW, même s’il use de classique jump scare ou s’étiole un peu dans son climax, reste un film intéressant par le discours qu’il laisse transparaitre et par quelques jolies idées visuelles.

UNDER THE SHADOW a obtenu le Prix du Jury (ex aequo avec ON M’APPELLE JEEG ROBOT) et le Prix du Jury SYFY.

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