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En 1932, dans Le Meilleur des mondes, Aldous Huxley décrit un monde dystopique dans lequel le contrôle des populations s’obtient grâce à la profusion. Sans cesse occupés, les citoyens se voient ainsi détournés des affaires importantes. En 1949, George Orwell dépeint, pour sa part, une société qui contrôle l’individu par la surveillance et la punition. Ainsi, les héros du roman 1984 se voient soumis à la censure, à l’interdiction des livres et à la modification de la vérité… En somme, une dictature nettement moins tranquille que celle de Huxley.

Winston Smith n’est pas d’accord avec la ligne du gouvernement. Toutefois, il s’adapte tant bien que mal. Ainsi, son opposition se limite à une résistance spirituelle et silencieuse, principalement en montrant de l’affection aux valeurs d’une époque révolue. Un jour, il fait la connaissance de Guilia qui, comme lui, ne souhaite pas s’aligner. Ensemble, ils commencent à avoir des relations sexuelles, pratique interdite par l’administration. En effet, le régime considère l’être humain comme une machine. Or, celle-ci ne doit fonctionner que pour le bien du système et certainement pas être soumise au plaisir individuel…
1984 est une œuvre de science-fiction entrée dans la culture populaire. Même si l’on n’a jamais ouvert le roman, tout le monde sait à quoi fait référence le personnage de Big Brother. Dans l’imaginaire collectif, le chef du parti de l’État Océania incarne même désormais toute institution ou pratique portant atteinte aux libertés fondamentales et à la vie privée des populations ou des individus. De manière amusante, si l’on veut, en 1999 les Néerlandais ont même attribué le célèbre terme inventé par Orwell à une émission de télé-réalité. Pas sûr que la veuve de George Orwell, décédée en 1980, aurait apprécié ce clin d’oeil malicieux


Après le décès de son époux, Madame Orwell veille consciencieusement sur l’oeuvre de son mari qu’elle ne souhaite pas voir dénaturée. Déjà échaudée par le 1984 mettant en scène Edmond O’Brien et Jan Sterling en 1956, consternée par le projet initié par David Bowie de transformer le livre en comédie musicale rock au milieu des années 1970, Sonia Orwell se montre désormais méfiante.
En conséquence, le producteur Marvin J. Rosenblum devra faire preuve de persuasion pour que Mme Orwell accepte de produire le film de Michael Radford. Elle exigera, par exemple, qu’aucun effet spécial et futuriste ne soit utilisé pour raconter l’histoire. Des contraintes qui, au final, permettront au film de rendre honneur au regard analytique du livre. La photographie, en particulier, parvient à retranscrire le quotidien d’une dystopie en optant pour un procédé technique qui permet de créer un aspect délavé particulièrement dépressif.
Obnubilé par le réalisme, Michael Radford décide même de tourner en avril, mai et juin de l’année 1984, soit exactement à l’époque où se déroule l’histoire imaginée par George Orwell. Une rigueur qui, toutefois, peine à livrer des émotions et donc à impliquer le spectateur. En conséquence, l’ambiance de paranoïa ne transparaît que difficilement à l’écran, tout comme la menace de chaque instant qu’incarne Big Brother. Rien n’y fait, malgré la présence de deux monstres du cinéma dans les rôles principaux : John Hurt qui composait un bouleversant Elephant Man (1980) et Richard Burton un mari tourmenté dans Qui a peur de Virginia Woolf? (1966).


Toutefois, il est vivement recommandé de se fondre dans ce cauchemar. Surtout que ce chaînon manquant entre les peurs résurgentes d’un passé fasciste et celles toujours palpables au début des années 80 n’a rien d’obsolète aujourd’hui…
La police porte toujours le noir comme celle de Mussolini ou de Big Brother et le manichéisme remplace systématiquement la nuance des opinions. Les campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux ressemblent à s’y méprendre aux vociférations en groupe auxquelles se livrent les citoyens de 1984. Quant à l’envahissement de la surveillance vidéo, elle a bien eu lieu. Enfin, force est de constater que la novlangue, inventée par Orwell et consistant à juxtaposer des termes contraires pour rendre impossible la formulation de critiques, s’avère parfaitement reproductible dans le réel. Des formules employées à tort et à travers comme « le bien-être au travail » ou « le développement durable » le démontrent bien.
Dès lors, le 1984 de Michael Radford n’est pas seulement l’adaptation qu’il faut voir de l’oeuvre de George Orwell, mais aussi une mise en garde à ne pas prendre à la légère. Même s’il doit d’abord sa renommée au film Le facteur (1994), plusieurs fois nominé aux Oscars, 1984 est pour le réalisateur britannique l’une des œuvres primordiales de sa filmographie.
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


