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Comment tuer un juge (1974) – La justice se fait sans merci

Un texte signé Vincent Trajan

Nationalité
Italie
Année de production

1974
Réalisation

Damiano Damiani
Titres alternatifs

Perché si uccide un magistrato
Interprètes

Franco Nero, Françoise Fabian, Marco Guglielmi

En 1974, en pleine vague de paranoïa politique et de désillusion civique, Damiano Damiani réalise COMMENT TUER UN JUGE, faux polar mais vrai film de colère, où l’Italie s’observe dans un miroir brisé, celui du cinéma lui-même. Derrière ce titre de série B se cache un thriller vénéneux, tendu entre fiction et réalité, où Franco Nero incarne un réalisateur pris dans les filets d’un pays gangrené par le non-dit.

Ici, pas de cascades spectaculaires ni de vengeances à la sulfateuse. Le film prend un autre chemin : celui du doute, de l’ambiguïté, du soupçon généralisé. COMMENT TUER UN JUGE, c’est d’abord un film sur le cinéma et son pouvoir à déranger, à soulever des vérités qu’on préfèrerait laisser sous la moquette. Franco Nero, charismatique en diable, y campe Giacomo Solaris, cinéaste engagé dont le dernier film met en scène un juge corrompu assassiné par ceux qu’il voulait protéger. Problème : à peine le film projeté, le véritable juge auquel il semble faire référence est retrouvé mort… assassiné selon les mêmes modalités. Le jeu de miroir devient vertigineux.

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On entre alors dans un labyrinthe, où chaque personnage a ses secrets, chaque information un double fond. Solaris devient malgré lui un enquêteur, mais sans badge, sans arme, avec pour seules munitions son instinct. L’enquête avance, mais chaque réponse soulève plus de questions. La vérité n’est jamais là où on l’attend, et surtout, elle ne sauve personne. Damiani filme une Italie désenchantée, où les institutions, gangrénées par les compromis et les intérêts croisés, ne sont plus que des façades lézardées.

Nero, magnétique et fébrile, porte le film sur ses épaules. Ni héros classique, ni victime totale, il avance en terrain miné, poursuivi par la culpabilité d’avoir peut-être déclenché l’irréparable. À ses côtés, une galerie de personnages troubles : magistrats ambigus, politiciens glissants, journalistes aux dents longues… Le tout baigne dans une ambiance lourde, moite, où la lumière naturelle semble toujours filtrée par des rideaux de mensonges.

La mise en scène de Damiani est tout sauf démonstrative. Loin du clinquant, il privilégie les cadrages serrés, les silences éloquents, les regards en coin. Pas besoin de fusillades : ici, une coupure de presse suffit à faire trembler tout un système. Le suspense ne naît pas du danger immédiat, mais de l’érosion progressive de la confiance. Le spectateur, comme le héros, ne sait plus qui croire, ni même s’il faut encore croire à quelque chose.

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Et c’est là toute la force du film : au-delà du thriller, COMMENT TUER UN JUGE est un diagnostic glaçant de l’Italie des années de plomb, de ses compromissions entre pouvoir politique, justice et crime organisé. Ce n’est pas un hasard si le film sort à un moment où la démocratie italienne tangue, où les juges commencent à tomber, où le cinéma devient parfois la seule manière de dire l’indicible.

Avec COMMENT TUER UN JUGE, Damiano Damiani ne signe pas un film de genre classique, mais un polar d’auteur, lucide et désabusé, à la croisée de la critique sociale et du thriller politique. C’est un film qui ne crie pas, mais qui gronde. Qui ne cherche pas à faire plaisir, mais à faire réfléchir. Un cinéma en colère, à la fois arme de dénonciation et autopsie d’un pays malade.

Et dans ce cri feutré, Franco Nero s’impose comme un messager tragique, figure du créateur qui dérange, du témoin qui gêne, de l’artiste que le réel finit par rattraper. Peut-on filmer l’injustice sans en devenir le complice ou la prochaine victime ? C’est la question obsédante que pose ce film, et qui, cinquante ans plus tard, résonne encore avec une inquiétante acuité…



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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Vincent Trajan

Ses films préférés - Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé