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Après avoir affronté des menaces internes et externes, Gamera et l’humanité doivent désormais faire face aux conséquences de leurs actes. Gamera 3 : La Revanche d’Iris revient aux origines de la saga en explorant, à travers le lien entre une adolescente et son gardien, des émotions si puissantes qu’elles menacent d’anéantir le monde.

Dommage collatéral
Les films de Kaiju abordent rarement les dommages collatéraux. Le spectateur oublie fréquemment, lorsqu’il suit les violents affrontements de ses monstres préférés, que derrière la destruction d’une ville, des vies sont brisées. Le film rappelle ce fait dès son introduction. Dans un flash-back se déroulant durant le premier épisode, Ayana, une adolescente, assiste impuissante à la mort de ses parents et de son chat, Iris, lors d’une attaque de Gamera. Traumatisée, elle développe une haine profonde envers la créature. Sa colère et son refus du deuil résonnent avec une partie de la population, lasse de subir des attaques monstrueuses.
Les autorités, une fois de plus, s’interrogent sur la position à adopter face à Gamera. Son existence oblige le Japon à faire des sacrifices constants pour ne pas disparaitre. Un cercle vicieux s’installe : le dérèglement climatique attire les Kaiju, Gamera puise dans les ressources de la Terre pour les repousser, aggravant encore les dérèglements. L’humanité refuse de voir sa propre responsabilité. Elle laisse la planète se dégrader sans chercher à briser ce cycle, alourdissant encore le fardeau porté par Gamera et par la population. C’est dans ce contexte qu’apparaît Iris, reflet sombre de Gamera. Si la tortue incarne l’espoir et la rédemption, Iris représente la colère et la douleur. Elle personnifie le refus d’Ayana d’accepter la perte de ses proches. Iris représente, en réalité, la dépression. Un mal grandissant qui a accompagné toute la trilogie.
Les trois films suivent une évolution cohérente. Le spectateur commence par observer des personnages dans le déni. Puis, peu à peu, l’espoir cède la place à la peur et à la mélancolie. La Revanche d’Iris marque le point culminant de ce processus. À travers Ayana, la colère longtemps contenue éclate, révélant le vrai thème de la trilogie : la dépression et la résilience. Il faut reconnaître le mal que l’on subit ou que l’on inflige, apprendre à pardonner et à se pardonner pour avancer. Mais avant cela, la dépression pousse souvent à la destruction de soi comme des autres.

La destruction de l’humanité
La Revanche d’Iris est le film le plus sombre et le plus complexe de la trilogie. La douleur d’Ayana est telle qu’elle préfère anéantir l’humanité plutôt que d’affronter ses souffrances. Sans espoir, rejetée et agressée par ceux qui l’entourent, elle s’enfonce dans une spirale destructrice. Sa rencontre avec Iris devient le catalyseur de cette rage contenue. Le duo Ayana-Iris évoque le travail de Hideaki Anno et Shinji Higuchi sur Evangelion, déjà évoqué dans Le Gardien de l’univers. Le ton, les thématiques et même le design d’Iris, mêlant chair et technologie, rappellent l’esthétique du manga culte. Comme dans Evangelion, on retrouve une jeunesse perdue, accablée par la pression sociale, traumatisée et abandonnée.
La Revanche d’Iris est un miroir du Gardien de l’univers. Ayana et Asagi, les deux adolescentes, représentent le Yin Yang. L’ombre et la lumière, la dualité humaine à la recherche d’un équilibre.
Comment l’obtenir ? Comment se reconstruire ? Faut-il faire table rase du passé ? Beaucoup de personnages se posent ces questions et certains, comme l’assistant de la chargée des affaires occultes, estiment que seule la mort de l’humanité permettra un renouveau.

Le chemin de la résilience
En opposition au premier film, La Revanche d’Iris propose une réponse claire dans son dernier acte : l’aide ne viendra pas de l’extérieur. Seule l’acceptation de son passé permettra d’avancer. Plutôt que fuir ses blessures, il faut les affronter et en faire une force.
Cette prise de conscience se produit quand Ayana est absorbée par Iris. Elle plonge alors dans son subconscient. Le réalisateur emploie des images superposées, des formes abstraites et des jeux de couleurs pour créer une ambiance onirique et dérangeante. Le travail sonore accentue ce malaise. Comme Ayana, le spectateur est désorienté. Elle revit ses douleurs. Et au moment où elle risque de se perdre en Iris, elle comprend : elle veut vivre. Malgré la souffrance, malgré la colère, elle choisit de se battre. En parallèle, les autorités prennent une décision capitale : faire confiance à Gamera. En collaborant sur plusieurs fronts, elles allègent sa tâche et ouvrent la voie à une possible coexistence pacifique.
Le pardon, envers soi-même et envers les autres, marque le début de la guérison. Quand Ayana accepte cette vérité, elle est libérée d’Iris et peut enfin faire face à Gamera. Le lien entre l’humanité et le Kaiju se reforme. Le Kaiju a réussi sa mission. Il a ravivé l’espoir et le désir combatif de l’humanité. Celle-ci a le pouvoir d’être meilleure que ses ancêtres.

Une puissante conclusion
La trilogie Heisei se termine dans le feu et les cendres, mais laisse entrevoir un renouveau. Ces trois films forment un tout, intelligent, psychologique et émouvant. Ils prouvent que le genre Kaiju peut porter de grandes histoires, riches de sens, traitées de façon sérieuse. Cette approche psychologique et sociétale se prolonge en 2016 avec Shin Godzilla, et en 2023 avec Godzilla Minus One, tous deux réalisés en partie par la même équipe. Même si Gamera n’est plus apparu au cinéma depuis 2005, l’ami des enfants reste vivant dans les mémoires.
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La trilogie se conclut sur un dernier film, une fois de plus mis en valeur par le travail d'édition de Roboto. On retrouve sur ce dernier volet les points forts des précédents. L'image est d'une grande beauté. Les plus : Un beau travail d'édition Les moins : On en demande encore => Achetez chez notre partenaire Metaluna=> Spécificités du DVD/Bluray sur le site de Sin'Art |
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=> Gamera 2 – L’Attaque de la légion (1996)
=> Gamera – Gardien de l’univers (1996) – Le retour du héros
=> Gamera le monstre géant
Article rédigé par Faye Fanel
Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.


