|
|
Nationalité |
À la fin des années 70 et au début des années 80, la série B australienne connaît une popularité notoire… Que ce soit dans le domaine de l’horreur avec Patrick (1978), de l’anticipation avec Mad Max (1979), du film de monstre avec Razorback (1984), de l’étrange avec Long Weekend (1978) ou du subversif avec Les Traqués de l’an 2000 (1982), les films provenant du pays des kangourous rencontrent un succès critique, public, voire les deux. Au point que naît le terme de Ozploitation pour qualifier ces films issus du 6e continent, souvent innovants, à l’instar de Soif de Sang qui a pour ambition d’impulser du sang neuf au mythe du vampire…


Kate Davis est brusquement arrachée à son train-train par une société secrète composée de vampires qui compte faire de la jeune femme l’un de ses membres les plus en vue. Au début, Kate peine à prendre au sérieux la marmelade servie par ses ravisseurs qui affirment qu’elle serait l’unique descendante de la célèbre comtesse Élisabeth Báthory. Toutefois, la découverte de la ferme, où des êtres humains sont élevés afin de fournir son sang quotidien à la communauté de vampires, va rapidement lui faire comprendre que ses ravisseurs ne plaisantent pas.
Même si les vampires ont fait leur dent, le cinéma fantastique ne compte pas pour autant reléguer au cercueil ce monstre sacré qui lui a valu, dans le passé, tant de succès. Il faudra toutefois attendre encore quelques années avant que des décennies de vampires romantiques fassent place nette à ceux, plus modernes, de Aux frontières de l’aube (1987) ou de Génération perdue (1987).

Soif de sang reste d’ailleurs encore tributaire de ces stéréotypes surannés, comme en témoigne le réveil de Kate dans une sorte de tombeau où trône l’habituel cercueil assigné à la mythologie du vampire. La volonté de moderniser le mythe s’affiche toutefois, ne serait-ce qu’à travers la vision de ce désert baigné d’un soleil cuisant qui entoure le domaine de la colonie secrète. Peut-être un effet courant à l’époque pour moderniser l’image du vampire… Rappelons-nous Draculax, réalisé l’année précédente, et son château niché sur un paysage grillé par le soleil.
Sans fard, Soif de sang transpose également le folklore vampirique dans des thématiques plus contemporaines et en particulier l’exploitation de la population par une poignée d’élus. Ici, il n’y a même plus de lutte des classes puisque le peuple se voit relégué au statut de bétail nourrissant les privilégiés. Le concept d’une ferme parquant des êtres humains dociles rappelle celui du film Le Drive in de l’enfer (1986), autre excellent produit australien, où la jeunesse ne se plaint pas le moins du monde de se voir cantonnée dans un drive-in, du moment qu’elle est nourrie, logée et divertie. Les malheureux de la ferme de Soif de sang n’ont pas l’illusion du bonheur et de la liberté, eux, mais ils acceptent sans contester leur condition d’animaux d’élevage.

Quel que soit le contexte, tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes puisque chacun accepte son rôle et sa position. Pourtant, Kate va refuser de spolier ses semblables, et ce malgré ses origines nobles… Le personnage se pose ainsi comme la caution morale de l’entreprise, refusant l’exploitation de ses contemporains, d’en tirer profit. Ses valeurs morales parviendront-elles à la protéger des scientifiques et des bourgeois sans foi ni loi ? Jolie, talentueuse, Kate est une personne droite à laquelle on croit et que l’on soutient jusqu’au final livrant une conclusion intéressante et originale.
La comédienne réussit un bel exploit en incarnant cette descendante de la comtesse Báthory reniant ses origines. Elle donne corps à tout un panel d’émotions, de la stupéfaction à la détermination. Manipulée psychologiquement de manière sournoise, elle subit différents affronts et traverse des scènes cauchemardesques comme la séquence durant laquelle la pièce où elle se trouve s’effondre littéralement sur elle. Comme Bruce Campbell dans Evil Dead qui voyait la cabane se rebeller contre lui, le monde de Kate prend un malin plaisir à l’agresser, ce qui nous permet de bénéficier d’effets spéciaux séduisants. L’identification avec la ravissante Kate fonctionne et, plus les salauds s’en prennent à elle, plus on soutient notre héroïne.

En parlant de soutien, on trouve aux côtés de la novice Chantal Contouri quelques ténors comme David Hemmings (Blow-Up – 1966) qui se présente comme un allié trop gentil pour être honnête, mais aussi Henry Silva (La Rançon de la peur – 1974) et sa trogne qui en fait un méchant pas comme les autres.
Malgré cette belle réussite qu’est Soif de sang, Rod Hardy, qui signe ici son premier long métrage, devra, par la suite, se réduire à faire carrière dans la petite lucarne, se contentant de signer, cahin-caha, la réalisation d’épisodes de séries diverses et variées telles que La vengeance aux deux visages (1986), X-Files : Aux frontières du réel (2000-2001) ou Battlestar Galactica (2004-2008).
![]() |
Le film bénéficie d'une sortie sur support physique : => Commandez chez notre partenaire Metaluna et une partie du montant de votre achat sera reversée à Sueurs Froides. CLIQUEZ ICI POUR COMMANDER. Merci. => Spécificités du DVD/Bluray sur le site de SIN'ART
|
|
Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix : |
|
Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci ! |
Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :
=> Élisabeth Báthory au cinéma
=> Du sang pour lady Bathory
=> Aux sources du Retour des Damnés : La comtesse sanglante
Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


