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Dans les histoires de fantômes japonaises les plus populaires, on trouve celle de Yotsuya Kaidan. Elle met en scène une figure féminine au visage déformé, revenue hanter les vivants pour réclamer vengeance. On désigne ce type d’esprit vengeur sous le nom de Onryo. Yotsuya Kaidan est une figure marquante qui a influencé toute l’histoire de la J-Horror. Ju-on (The grudge) est un parfait exemple de cet héritage. Roboto propose de découvrir cette figure au travers de Ghost of Yotsuya réalisé par Kenji Misumi en 1959, dans son coffret Daiei Kaidan.

Yotsuya Kaidan
L’origine de ce fantôme remonte à une pièce de théâtre kabuki présentée pour la première fois en 1825 dans le cadre d’un double programme. Ce récit violent explore des thèmes tels que la jalousie, la convoitise et la vengeance. La version originale raconte l’histoire d’un rônin corrompu qui assassine un seigneur, et d’un homme amoureux d’une prostituée. Ensemble, ils trompent les filles du seigneur pour les épouser. Oiwa, l’épouse du samouraï, devient victime de la jalousie de son mari. Empoisonnée, son visage se déforme horriblement, ce qui pousse son mari à la rejeter. Dévastée, elle sombre dans la folie avant de mourir. Revenant sous forme de fantôme, Oiwa réclame vengeance.
La pièce connaît un immense succès populaire, car elle reflète les tensions sociales de l’époque. L’ère Bunsei, marquée par de nombreux problèmes sociétaux et une forte répression des femmes, sert de toile de fond à cette histoire. Bien que le récit ait évolué au fil du temps, la figure de cette femme bafouée, devenue un esprit puissant réclamant justice, reste au cœur du récit.
Le succès de la pièce tient également à sa mise en scène, qui utilise de nombreux effets spéciaux et du maquillage. Les feux follets indiquent la présence de l’esprit, tandis que le maquillage, déformant les traits des acteurs (les rôles féminins étant interprétés par des hommes dans le théâtre kabuki), contribue à créer un spectacle effrayant. Au cinéma, la première adaptation date de 1912, mais c’est celle de 1959 qui est considérée comme l’une des meilleures.

La folie des hommes
Le film dépeint un univers profondément masculin et toxique. Dès l’introduction, le spectateur découvre le quotidien d’un samouraï sans maître, qui traite sa femme comme une esclave, la rendant responsable de tous ses malheurs. La pauvre Oiwa, démunie, doit compter sur la générosité des autres pour se vêtir. Elle a les dents noires et semble fragile, tandis que son mari passe ses journées à boire et à se battre. Parallèlement, Lemon, le rônin, se fait vivement critiquer par l’oncle et chef de famille de son épouse, qui lui reproche de ne pas trouver un travail respectable et de ne pas se comporter en membre exemplaire de la lignée.
Cette scène de vie est représentée de façon théâtrale. La caméra, placée à l’extérieur de la maison et surélevée, donne l’impression d’une scène de théâtre. À l’intérieur, le mari et la femme sont seuls, et à l’extérieur, la confrontation avec l’oncle se joue comme une représentation. Cela illustre le double visage de Lemon : d’un côté, il apparaît respectable à la lumière, mais dans l’ombre, il se révèle être une brute violente qui refuse tout travail honorable.
Suite à l’attaque sur sa masculinité, Lemon décide de s’enrichir par la violence, cherchant à accumuler pouvoir et richesse pour échapper à sa condition.
Il n’est pas le seul à agir ainsi. D’autres personnages se croient au-dessus des règles, particulièrement lorsqu’il s’agit des femmes. Le spectateur assiste à plusieurs agressions brutales, comme un homme cherchant à coucher avec une dame de compagnie ou le serviteur de Lemon qui agrippe Oiwa malade sans son consentement. Les protagonistes agissent comme des animaux, guidés par leurs pulsions.
Cependant, le film ne glorifie jamais ces comportements et invite le public à adopter le point de vue des victimes. En montrant dès la première partie de Ghost of Yotsuya la violence subie principalement par Oiwa, le réalisateur choisit de soutenir la victime, créant ainsi une empathie avec elle, à l’instar de la pièce originale.

La revanche de Oiwa
Jusqu’à sa mort, Oiwa est souvent filmée assise ou allongée pour souligner sa soumission à son mari. Même lorsqu’elle est debout, sa tête est courbée, suggérant la crainte qu’elle éprouve envers Lemon. Elle passe son temps à attendre un homme qui la méprise, tandis qu’il aspire à rejoindre une famille plus riche. Lorsqu’elle tombe malade, elle est laissée seule face à sa souffrance. Finalement, elle doit se séparer d’un peigne, dernier cadeau de son époux, en échange d’un remède supposé miraculeux. Le poison, puis le dernier coup de son mari, la plongent dans la folie, et elle se transforme en une ombre emportée par la rage.
Quand Oiwa devient un onryō, le réalisateur fait d’elle l’incarnation de la souffrance et de la vengeance. Elle devient une ombre dont les traits horribles ne se révèlent qu’à ses ennemis, pour les détruire. Capable de changer d’apparence pour tromper ses victimes, elle peut également les posséder pour les forcer à suivre ses ordres. Elle se déchaîne contre ceux qui l’ont rejetée, moquée et fait souffrir. Elle rend Lemon fou pour en faire son bras vengeur. La mise en scène utilise les fameux feux follets, signature du personnage, qui tournent autour de Lemon pour le désorienter.
L’eau joue un rôle crucial dans cette vengeance d’outre-tombe. La première fois que le spectateur voit Oiwa, c’est à travers son reflet dans une flaque. Avant de sombrer dans la folie et de mourir, elle voit son image dans un miroir, puis utilise l’eau pour contrôler son mari. En présentant les conditions de vie de Oiwa avant sa transformation, l’histoire permet au spectateur de ressentir de l’empathie pour elle, ce qui la distingue d’autres récits. Il se retrouve de son côté. Le fantôme incarne ici un appel à lutter et à remettre en question un système jugé injuste.
Ghost of Yotsuya montre toute la puissance de ce type de récit et l’effet dévastateur des sentiments négatifs sur les vivants. Tout en étant bouleversant, il invite à la réflexion.
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Article rédigé par Faye Fanel
Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.












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