Un texte signé Sophie Schweitzer

Allemagne, Italie - 1972 - Aldo Lado
Titres alternatifs : Chi l'ha vista morire ?
Interprètes : George Lazenby, Anita Strindberg, Nicoletta Elmi, Adolfo Celi

retrospective

Qui l’a vue mourir ? – Aldo Lado (1972) – Giallo

Second long métrage de Aldo Lado, Qui l’a vue mourir ? est un giallo devenu iconique, en grande partie à cause de son décor d’un Venise brumeux.

À Megève, une petite fille rousse est assassinée. Quatre ans plus tard, le sculpteur Franco Serpieri accueille sa fille Roberta à Venise. Malheureusement, alors qu’il est avec l’une de ses amantes, sa fille est enlevée. Quelques jours plus tard, on la retrouve flottant dans le canal. Franco décide alors de mener seul l’enquête, obsédé par l’idée de venger sa fille. Il ne tarde pas à réaliser qu’une autre enfant a été tuée dans des circonstances similaires.

Qui l’a vue mourir ? nous plonge dans une Venise embrumée et en partie inondée, ce qui arrive fréquemment en hiver. La lumière pâle hivernale donne au film une touche particulière, une atmosphère gothique à laquelle contribuent également les éléments de décor comme l’église, les appartements tapissés de lourds motifs et de tableaux assombris ou encore l’atelier de l’artiste où les statues creusent le décor. À cela s’ajoute la musique de Ennio Morricone dont le motif enfantin se répète tout au long du film, précédant les apparitions de l’assassin.

Qui l’a vue mourir 05

L’enquête du père endeuillé nous plonge dans le milieu artistique bourgeois dépravé où plusieurs personnages hauts en couleur font figure de suspects idéaux, de l’avocat organisant des parties fines au mécène qui prétend être parti en voyage, mais organise de mystérieux rendez-vous, sans évoquer l’ami du héros dont les manières envers la fillette sont d’autant plus troubles. Chacun semble avoir une sexualité dévoyée, empreinte d’une perversité qui est vue comme une menace à l’innocence que représente Roberta. Le film joue sur la peur des sexualités sortant des normes, en particulier dans une Italie très religieuse.

En regardant Qui l’a vue mourir ? il est difficile de ne pas songer à Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg tant il y a des thématiques semblables : la mort d’enfant ou encore le décor de Venise et bien sûr le père qui ne parvient pas à faire le deuil. D’autant qu’il sort deux ans après. Pour autant, les deux films se distinguent par leur choix de casting, l’histoire qu’ils racontent et enfin la fin. Les Frissons de l’angoisse partage également quelques points communs avec le film, entre autres la jeune comédienne Nicoletta Elmi aux taches de rousseur reconnaissables.

À la réalisation, on retrouve Aldo Lado qui a fait sa carrière dans le giallo et l’érotisme. Dans ses premiers films on sent une ambition graphique, malheureusement il n’a pas vraiment rencontré le succès et la critique ne l’a jamais adoubé contrairement à d’autres de ses confrères. Il a commencé sa carrière dans les années 60, durant la nouvelle vague italienne. Il a été assistant de Marcel Carné, puis de Bertolucci sur Le Conformiste. Son tout premier film est un giallo, Je suis vivant !, dont la bande son est composée par Ennio Morricone. Il le retrouve pour Qui l’a vue mourir ?, son second film qui lui est proposé par le producteur de Je suis vivant !

Qui l’a vue mourir 01

Au casting on retrouve George Lazenby qui commence sa carrière comme James Bond, un remplaçant malheureux à Sean Connery. En effet, il ne fera qu’un seul film de la saga, Au service secret de Sa Majesté, avant que les producteurs ne reprennent Sean Connery. George Lazenby tourne ensuite dans Universal Soldier, il joue dans Qui l’a vue mourir ? Il se lie d’amitié en 1973 avec Bruce Lee avec qui il devait tourner, malheureusement Bruce meurt avant que le projet ne se concrétise. Lazenby tourne néanmoins dans L’Homme de Hong Kong en 1975. Par la suite il joue dans Hamburger Film Sandwich de John Landis ou encore Jack le magnifique de Bogdanovich. En parallèle, il tourne pour la télévision notamment dans des téléfilms Emmanuelle puis dans Alerte à Malibu ou encore Le Caméléon.

À ses côtés, on retrouve la magnifique Anita Strindberg, une comédienne suédoise au visage caractéristique habituée au giallo. Elle a notamment joué dans Le Venin de la peur de Lucio Fulci, mais aussi pour Sergio Martino dans La Queue du scorpion et Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé. Elle a également joué dans des films d’exploitation, pour Umberto Lenzi dans La Rançon de la peur et achève sa carrière dans Angoisse de Ricardo Freda.

Autre visage connu, celui de Adolfo Celi, comédien italien, qui a joué dans un James Bond : Opération Tonnerre de Terence Young où il incarne le méchant. Il a joué aux côtés de Jean-Paul Belmondo dans L’Homme de Rio. On l’a également vu dans Danger : Diabolik de Mario Bava. Sa très longue carrière l’amène à tourner pour Luis Buñuel, Sergio Sollima, Yves Boisset, Philippe de Broca. Il tourne aussi bien dans des polars, des giallo, des adaptations d’Agatha Christie que des comédies italiennes.

Qui l’a vue mourir 03

Enfin, Nicoletta Elmi qui incarne la jeune Roberta est un visage connu des amateurs de giallos. Remarquée après avoir tourné pour Mario Bava dans La Baie sanglante, elle va ensuite apparaitre dans Les Frissons de l’angoisse de Dario Argento, enchaine avec Émilie, L’Enfant des ténèbres de Massimo Dallamano et achève sa carrière dans le rôle de l’ouvreuse dans Démon de Lamberto Bava. Elle joue également dans Mort à Venise de Lucchiano Visconti.

Qui l’a vue mourir ? est plutôt bien accueilli autant par le public que la critique en Allemagne, où il sort du fait qu’il s’agit d’une co-production allemande. Cependant, en Italie, le succès n’est pas au rendez-vous. Ce qui explique sans doute qu’il ne bénéficiera d’une sortie en France. Néanmoins, remarqué par les amateurs de giallos et bénéficiant de la comparaison avec d’autres films comme Ne vous retournez pas, il va devenir progressivement culte.



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Spécifications du DVD/Bluray sur le site de Sin'Art

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TEST DU BLU-RAY/DVD :



Le film bénéficie d’une première restauration effectuée par les éditions anglaises Arrow avant d’être retouchée par Frenezy qui a réutilisé les bonus de la première édition DVD réalisée par The Ecstasy of films. On y retrouve l’interview du réalisateur ainsi que de la comédienne Nicoletta Elmi et enfin du scénariste Francesco Barilli ainsi qu’une présentation du film par Olivier Père.

– L’image est restaurée sans pour autant que le grain soit enlevé.
– Le son n’a pas de souffle, mais peut parfois saturer.
– Les bonus sont assez généreux même s’ils datent un peu pour certains (cela se remarque dans l’image même si elle a été restaurée).
– L’objet est beau, c’est un petit coffret qui s’accompagne d’une carte postale.



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Article rédigé par : Sophie Schweitzer

Ses films préférés : Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite

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