Stay Alive

Le cinéma fantastique peut être contestataire mais il peut aussi s’avérer particulièrement réactionnaire, en particulier lorsqu’il est produit par les majors. Les adolescents font d’ailleurs souvent les frais de positions moralisatrices ; les victimes aux mœurs légères et consommatrices de marijuana qui ont croisé le chemin de Jason Voorheese l’affirmeront.
Aujourd’hui, la violence et le réalisme des situations mises en scène dans les jeux vidéo posent problème. Peut-on encore faire la différence entre la réalité et la fiction lorsque l’on consomme de manière abusive les jeux vidéo ?
STAY ALIVE n’exploite par cette crainte, ce qui est logique puisque le public visé est justement le consommateur de jeux vidéo. Et STAY ALIVE brosse allègrement son public dans le sens du poil. Outre les références à la culture vidéo ludique (on cite des jeux à succès comme Silent Hill), le film met en scène des héros jeunes, beaux et cools, évoluant dans une société acquise à leur cause (ils ont visiblement de bonnes situations dans des entreprises à la moyenne d’âge tournant autour des 25 ans maximum). Les seuls adultes qu’ils rencontrent sont des flics obtus qui cherchent à leur mettre les homicides sur le dos et qui ne croient pas une seule seconde à cette histoire de comtesse Bathory qui, à travers un jeu vidéo dénommé Stay Alive, recrute des vierges afin de se baigner dans leur sang pour rester à jamais… jeune.
Même si cela semble invraisemblable, c’est bien ce qui arrive à une bande de jeunes copains amateurs de jeux vidéo. Alors qu’ils sont en train de tester la version béta d’un jeu vidéo, ils se rendent compte que la mort du personnage dans le jeu annonce la mort du joueur dans la vraie vie ! La solution semble donc se trouver du côté de la Comtesse Bathory.
Les puristes de l’Histoire en seront pour leur frais dans STAY ALIVE. Les Américains qui s’octroient tout ont effectivement encore frappé ici un grand coup. Comme nous l’explique le métrage, la comtesse Bathory aurait en réalité officié aux Etats-Unis il y a deux cents ans… Ce raccourci historique sert en fait à simplifier les choses aux protagonistes qui n’auront pas à se rendre en Europe pour sauver leur peau. Quoi qu’il en soit, cette subtilité permet également au film de revêtir une ambiance gothique lors des passages se déroulant dans le jeu, ce qui ne devrait pas déplaire aux amoureux d’un fantastique désuet.
Ces fameux passages où nous suivons les acteurs dans le jeu seront sans doute dépassés visuellement et techniquement dans 2 ou 3 ans. Ils représentent néanmoins les meilleurs moments du film et on aurait apprécié qu’ils aient été plus nombreux. Lorsque les 5 ou 6 protagonistes s’installent pour enfin jouer et que l’on pénètre au cœur du jeu avec eux, le film prend une tournure originale et plutôt ludique. Le fait que l’un des joueurs soit isolé un pâté de maisons plus loin grâce à Internet est également une originalité qui aurait pu amener des situations intéressantes. Malheureusement, cette partie est très courte. La suite du film se focalise sur l’enquête menée par les jeunes et le film retrouve donc un rythme classique, proche d’un Slasher à la DESTINATION FINALE par exemple.
Bien que le film soit totalement dépourvu d’originalité et de surprises, on ne peut pas dire qu’il soit complètement mauvais pour autant. Certes, le découpage est parfois approximatif et les jeunes trouvent trop facilement et trop vite les réponses à leurs questions. Néanmoins, les scènes se déroulant dans le jeu versent souvent dans l’horreur et sont efficaces (enfants zombis tués par les joueurs, fantômes inquiétants rampant sur les murs très influencés par le style japonais…). Quant à l’intérêt, il est constamment relancé par un scénario fort bien rythmé. STAY ALIVE n’est pas un bon film, mais il n’est pas déplaisant et s’avère même tout à fait divertissant.