Boot Camp

Un texte signé André Cote

USA - 2007 - Christian Duguay
Titres alternatifs : Suffer Island
Interprètes : Mila Kunis, Gregory Smith, Peter Stormare, Alejandro Rae, Tygh Runyan...

Sophie, à cause de son insolence, est envoyée en camp de réhabilitation. Son petit ami, Ben, l’y rejoint pour l’aider à en sortir. Mais très vite, tous deux découvrent que le centre utilise des méthodes à la limite de la torture.

Il est étonnant de retrouver le réalisateur Christian Duguay sur ce long-métrage. Inconnu du grand public, le metteur en scène canadien s’est fait un nom chez les amateurs de séries B pour avoir enchaîné dans les années 90 PLANÈTE HURLANTE (SCREAMERS) avec Peter « RoboCop » Weller, CONTRAT SUR UN TERRORISTE (THE ASSIGNMENT) nanti du trio vedette Aidan Quinn, Donald Sutherland et Ben Kingsley ; et L’ART DE LA GUERRE (THE ART OF WAR) avec un Wesley Snipes entre deux BLADE. Pour l’anecdote, on raconte même que Duguay aurait refusé d’être à la barre de TERMINATOR 3. On était donc un peu surpris de ne plus avoir de nouvelles de lui.
Ici, avec ce BOOT CAMP, on a l’impression qu’il se retrouve dans une position un peu bancale. D’un côté, nous retrouvons moult thèmes qu’il a traités auparavant, ce qui doit expliquer son accord pour la réalisation. De l’autre, nous avons un sentiment de redite non seulement en raison de ses antécédents, mais surtout de l’accumulation des stéréotypes que le scénario se contente d’aligner et non d’investir.
Ainsi, on peut reconnaître quelques effets de styles que Duguay a déjà expérimentés. Par exemple, l’utilisation des flashbacks révélateurs. Notre réalisateur a déjà usé de ce procédé dans L’ART DE LA GUERRE pour l’un de ses moments marquants : quand l’agent secret, incarné par Snipes, sur une scène de crime, visualise les événements conduisant à la mort d’une victime… pendant qu’il entend la voix de celle-ci enregistrée sur un répondeur. Dans le long-métrage avec Mila Kunis (plus connue pour la sitcom « That’s 70 Show » et la comédie SANS SARAH RIEN NE VA !), le traitement subi par les jeunes est propice à ce type de scène : le responsable, Norman Hail, interprété par Peter Stormare (un second rôle récurrent du cinéma américain, sa filmographie comptant des titres comme FARGO des frères Coen, ainsi que des blockbusters tels que ARMAGEDDON), présente les adolescents avec les faits les ayant amené ici, donnant lieu aux flashbacks.
De plus, parmi les pistes intéressantes du scénario, on note la manipulation psychologique exercée par Norman Hail sur les parents afin que ceux-ci lui confient leur progéniture,au terme de conférences publiques.Hail évoque alors un Docteur Mangele aveuglé par ses recherches et au passé trouble. Le thème de la manipulation psychologique est récurrent dans la filmographie de Duguay. En effet, nous la retrouvons dans une moindre mesure dans PLANÈTE HURLANTE, avec son unité militaire. Celle-ci doit tenir une base sur une planète extra-terrestre, par ordre d’un gouvernement… qui semble avoir été renversé à en croire les dernières nouvelles de la Terre. Ce thème est surtout l’un des moteurs de l’intrigue de CONTRAT SUR UN TERRORISTE, car nous assistons au conditionnement d’un officier de la marine US, déjà sosie d’un terroriste, afin qu’il acquière toutes les aptitudes de ce dernier et remplisse une mission de la CIA qui consiste à infiltrer l’entourage de l’homme à qui il ressemble trait pour trait. Le traitement, proche de la torture mentale, semble être une version plus dure de celui subi par les adolescents du camp de réhabilitation.
Malheureusement, Duguay ne parvient pas à transcender le scénario, qui se contente d’enchaîner les clichés : une des détenues se fait violer, un autre meurt pendant une épreuve, un des gardiens est particulièrement sadique… Or, la présence de ces personnages est trop minime dans le récit pour permettre la moindre empathie. Ils sont juste survolés, à l’exception de Kunis et de son petit copain Ben, sur lesquels la narration est focalisée.
De la sorte, BOOT CAMP manque trop de cet aspect viscéral qui est pourtant une condition sine qua non du sous-genre « film de prison » auquel il renvoie. Le long-métrage de Duguay est une curiosité pour les admirateurs de la belle Mila Kunis, mais les amateurs de cinéma éprouvant peuvent passer leur chemin.


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- Article rédigé par : André Cote

- Ses films préférés : Dark City, Le Sixième Sens, Le Crime Farpait, Spider-Man 3, Ed Wood


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