I know who killed me

Précédé d’une réputation catastrophique qui en a fait une des bêtes noires des cinéphiles sur la toile, couvert de prix au Razzies Awards (cérémonie « récompensant » les pires films), I KNOW WHO KILLED ME a en plus souffert d’un tournage chaotique en raison de l’état de santé physique et mental catastrophique de sa star. Film maudit par excellence, désastre au box-office nord-américain, il est aujourd’hui disponible en dvd et blu-ray après une sortie en salle avortée sur la plupart des continents.
Aubrey Fleming, jeune étudiante vivant chez ses parents, est enlevé par un terrible serial-killer qui mutile ses victimes avant d’abandonner leurs cadavres dans la nature. Un miracle se produit cependant : Aubrey est retrouvée vivante, mais inconsciente et surtout privée d’un avant bras et amputée de la partie inférieure d’une jambe. Malgré tout soulagés, ses parents tombent des nues lorsque Aubrey, en sortant du coma, ne les reconnaît pas, ne reconnaît rien de sa vie et affirme être une certaine Dakota Moss, strip-teaseuse de son état. Et en attendant, le tueur court toujours…
Il est incroyable, à la vision de ce film, de constater à quel point le web à le pouvoir de faire ou défaire le succès d’un long-métrage. Loin du désastre annoncé, I KNOW WHO KILLED ME est avant tout un film malade, malade de son scénario et de ses influences. Reposant sur un fait qui tient plus de la légende que d’une vérité scientifique, le nœud dramatique majeur du scénario est ainsi construit sur un terrain friable : soit le spectateur y adhère et alors le film se regarde comme un thriller original, soit il n’y croit pas une seconde et s’ennui ferme en ricanant. En ajoutant à cela une esthétique déconcertante pour le public d’ados américains visés, il ne faut pas s’étonner que tout s’écroule. Et c’est bien dommage. La direction artistique, fortement influencée par les couleurs de SUSPIRIA et la gestion visuelle sur-signifiante des indices à la DePalma époque L’ESPRIT DE CAIN peut dérouter. Mais le tout, bercé par une musique tout droit sortie d’une collaboration entre Hitchcock et Bernard Herrmann, détache le film de ses considérations terrestres pour l’engager sur la voix du rêve. Compagnon de route de Lucky McKee et déjà peintre d’une jeunesse malade dans THE LOST, Chris Sivertson engage son film dans une voie spectral et onirique, reflet de l’état mental de son héroïne, que tout le monde pense schizophrène. Tout cela serait idyllique avec un minimum de finesse et c’est malheureusement là que le film fait montre de faiblesse. Tour à tour maladroit et peu crédible (par une astuce impossible à dévoiler ici sous peine de gros spoiler), le scénario ne décolle vraiment jamais de son statu de thriller lambda aux rebondissement moins bien ménagés que dans le tout venant du polar télévisuel américain. Il n’en demeure pas moins que la mise en scène inspirée et une interprétation sans faille (Julia Ormond surtout, face à Lindsay Lohan qui, selon les séquences, est rondelette ou assez maigre) rehaussent l’intérêt de ce I KNOW WHO KILLED ME qui, s’il est loin d’être parfait, n’est pas cette immondice tant décriée sur le web.