Miami Blues (1990) – Tous au paradis

Un texte signé André Quintaine

USA - 1990 - George Armitage
Titres alternatifs : Le Flic de Miami
Interprètes : Alec Baldwin, Fred Ward, Jennifer Jason Leigh, Nora Dunn, Charles Napier, Buddy Joe Hooker, José Pérez...

Alors que les noms de Fred Ward, Alec Badwin et Jennifer Jason Leigh s’affichent sur l’écran, les paroles du tube de Norman Greenbaum, Spirit in the Sky résonnent et donnent une idée de ce qui nous attend avec Miami Blues.

Quand je mourrais et qu’ils m’enterreront ;
J’irai là où c’est le mieux
Quand je m’étendrais pour mourir
Je m’élèverai vers l’esprit dans le ciel
Je n’ai jamais été un pécheur, je n’ai jamais péché
En Jésus, j’avais un ami
Ainsi tu sais que quand je mourrais
Il me recommandera à
L’esprit dans le ciel

Norman Greenbaum - Spirit in the Sky (Official Visualizer)

Un scénario pas comme les autres

Junior débarque à l’aéroport de Miami. Sa première action est de casser le doigt à un Hare Krishna qui l’invitait à lire La Connaissance de Dieu. L’opportun ne survivra pas à la petite blessure et ira retrouver son créateur plus tôt que prévu. Le flic édenté Hoke Moseley enquête sur l’accident et suit la piste qui l’emmène directement vers Junior. Celui-ci vient d’épouser Susie, une prostituée à laquelle il a promis d’adopter une existence honnête.

Sans doute doit-il y avoir un malentendu quelque part car voilà Junior qui prend d’assaut l’appartement de Moseley. Après lui avoir infligé une sacrée correction, Junior quitte les lieux en emportant avec lui l’insigne du flic, ainsi que son dentier. Junior trouve qu’il fait parfaitement illusion en policier et se met en tête d’appliquer sa propre justice. Dès lors, Moseley prend à cœur d’arrêter les agissements de Junior qui applique des méthodes qui feraient pâlir d’effroi l’inspecteur Harry lui-même. Par la même occasion, il compte bien remettre la main sur son insigne, ainsi que sur son dentier…

Des dialogues cool, des gars décontractés, mais un sujet sérieux… Ce sont les ingrédients de Miami Blues (Le Flic de Miami) qui, en cette fin des années 80, s’inscrit dans le renouveau du film noir. Ainsi, le film de George Armitage se pose en digne successeur de Blood Simple (1984) ou de Kill Me Again (1989) et anticipe Pulp Fiction (1994) de Quentin Tarantino.

Mais Miami Blues, c’est d’abord un trio de personnages improbables et touchants.

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Trois personnages que tout oppose

À tort qualifiée de « Princesse Pas-si-brillante » par une fliquette « Pas-si-maligne », Susie sait, en réalité, exactement ce qu’est le beau Junior. Certes, il ne suit aucune des règles de bonne conduite communément admises. Mais la jeune femme un peu idéaliste lui laisse cependant sa chance, démontrant dans le même temps sa grandeur d’âme. Jennifer Jason Leigh s’était fortement fait remarquer grâce à La Chair et le Sang (1985) et Hitcher (1986). Dans Miami Blues, elle livre une prestation époustouflante en défendant admirablement son personnage de nunuche au grand cœur.

Fred Ward, l’acolyte de Kevin Bacon dans Tremors (1990), incarne ici un flic déroutant, sympathique mais tragique. Difficile de ranger le personnage du côté des bons ou des méchants. Édenté, il n’a décidément rien d’un enquêteur héroïque. D’ailleurs, lorsqu’il n’est pas maltraité par un scénario qui l’oblige à courir après son dentier, Moseley passe la plupart du film dans un lit d’hôpital. En outre, s’il est si peu séduisant, c’est peut-être aussi parce qu’il est le mauvais coucheur, le garant de la loi et du maintien de l’ordre, le tout face à l’enthousiasmant Junior.

Prétendre que Junior est un psychopathe, comme le fait l’affiche française, est une erreur. Beau, charismatique, sexy, Alec Baldwin compose effectivement un personnage ambigu, à la fois héros attachant et antihéros détestable. Pourquoi ? Peut-être est-ce parce qu’il agit sincèrement et de manière cohérente. S’il est effectivement prisonnier d’une existence de truand, il considère, dans le même temps, que le reste de la population se dévoue à une existence grotesque en espérant que le bonheur lui tombe dans les bras, plutôt qu’en allant le chercher là où il se trouve. il suffit de jeter un œil à l’existence du flic Moseley pour se rendre compte qu’il n’a pas tout à fait tort.

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Un film d’acteurs pour des protagonistes atypiques

Parmi les frères Baldwin, que l’on adorait retrouver de film en film dans les années 80 et 90, Alec est celui qui a le moins bien réussi. Mais, Tandis que Stephen accumulait les seconds rôles dans des films majeurs comme La Bête de guerre (1988), que William jouait les beaux gosses dans Backdraft (1991) ou Sliver (1993), c’est peut-être Alec dont on se rappellera le plus. En effet, l’aîné des garçons a participé à des thrillers sympathiques et typiques de l’époque comme Malice (1993) ou des œuvres intemporelles comme Beetlejuice (1988).

Les trois protagonistes de Miami Blues livrent en tout cas une interprétation enthousiasmante, chacun enrichissant son personnage de détails croustillants. Là, c’est Junior qui, par sa façon de se tenir à table, révèle qu’il a passé quelques années en prison. Plus loin, alors que Susie débite des sornettes à Moseley, ses yeux révèlent sa tristesse parce qu’elle se rend compte que Junior ne pourra jamais lui donner la vie dont elle rêve. Enfin, c’est Moseley, personnage tragique, qui détourne son regard de Susie, refusant un éventuel happy end. Peu connu, le réalisateur George Armitage démontre ici un talent indéniable pour la direction d’acteurs.

D’autres gueules cassées figurent au casting de Miami Blues comme Gary Howard Klar, l’une des belles crapules du Jour des Morts-vivants (1985). Ou encore Charles Napier, le shérif de Body Count (1988) mais aussi l’un des policiers qui laissera s’enfuir de sa cage Hannibal Lecter dans Le Silence des Agneaux (1991).

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Miami Blues à redécouvrir

Comme son titre l’indique, Miami Blues est un film triste, mélancolique. Peut-être est-ce la raison pour laquelle le film est passé sous les radars lors de sa sortie, comme en témoigne le piètre doublage français, dont héritaient à l’époque les films qui n’avaient pas la chance de bénéficier d’une sortie cinéma. Ils se retrouvaient alors sur les étagères des vidéothèques.

Mais le film de George Armitage n’est pas dépressif pour autant. Car, au final, tel que le suggère d’emblée la chanson de Norman Greenbaum : nous n’avons pas péché et nous irons tous au paradis. Au final, Miami Blues est un produit de son époque qui, après l’espoir des années 70, voyait les années 80 sonner la fin de la récré. Fleurissaient alors des héros de plus en plus désabusés, bousculant la morale instaurée.


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- Article rédigé par : André Quintaine

- Ses films préférés : Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma

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