One Body too many

Américain - 1944 - Frank McDonald
Interprètes : Jack Haley, Jean Parker, Bela Lugosi

Après sa mort, un milliardaire stipule dans son testament que tous ses héritiers devront séjourner dans sa demeure afin de veiller sa dépouille et respecter ses dernières volontés. Celles-ci sont extravagantes, puisque sa sépulture sera composée d’un toit de verre afin qu’il puisse contempler encore les étoiles par delà la mort. Si ces instructions ne sont pas respectées, les dotations accordées à chacun seront inversées. C’est dans cette atmosphère de scepticisme et de soupçon qu’un assureur et passe, aux yeux des convives, pour le détective privé supposé veiller sur la dépouille durant la nuit. Pour les beaux yeux de Carol, il accepte d’endosser le rôle, mais regrette son choix dès la première tentative de meurtre à son encontre.

ONE BODY TOO MANY est réalisé en 1944 par Frank McDonald. Produit comme une série B, sous le label Pine-Thomas Productions, département B de la Paramount, il est tourné en quelques jours avec un budget restraint. La réalisation est confiée à un cador du genre, Frank McDonald abonné aux westerns, aux comédies et aux romances. Pour ce film, le réalisateur sort de son style habituel. Frank McDonald propose une intrigue d’un whodunit (qui a fait le crime) dans une immense maison effrayante. Le concept du whodunit est simple, c’est un huis clos où tous les personnages sont suspects, un genre où s’est notamment illustrée Agatha Christie.

Et le moins qu’on puisse dire c’est que Frank McDonald ne se débrouille pas mal avec son petit budget, choisissant un décor impressionnant avec son observatoire qui est également un parfait pour jeter d’énormes pierres sur les gens se baladant dans l’immense parc en contre-bas. Le manoir est d’ailleurs truffé de passages secrets donnant lieu à de nombreuses apparitions inquiétantes et des disparitions tout aussi effrayantes. Cette atmosphère de train fantôme n’est pas sans rappeler les réalisations de William Castle.

ONE BODY TOO MANY repose sur un quiproquo que subit le héros campé par Jack Haley un acteur de vaudeville et de cinéma qui s’illustrera dans le rôle de Tin Man dans le Magicien d’Oz de 1939. Avec son visage mobile et ses grands yeux exorbités, Jack Haley campe un « héros malgré lui » qui doit se démener afin de survivre à une nuit dans ce manoir de tous les dangers. Face à lui, Bela Lugosi est grimmé en domestique pour le moins étrange qui s’obstine à vouloir faire boire du café à ses hôtes, à toutes les heures de la nuit. Cela finit d’ailleurs par devenir un gimmick (de l’humour de répétition en somme).

Le film oscille ainsi toujours entre l’humour et l’angoisse par le jeu des acteurs, mais aussi la mise en scène qui s’amuse à travestir son héros, à l’attirer dans des pièges ou encore à le jeter dans les bras d’une belle jeune femme. Cette dernière est une héroïne se partageant entre le rôle de la jeune femme en détresse à protéger et celui de la femme de caractère à même de sauver le héros est incarnée par Jean Parker abonnée elle aussi aux séries B.

Ce n’est pas un chef d’œuvre, le film manquant tant de subtilité qu’on en voit les ficelles, les chausses trappes et les jeux mortels lancés par des personnages stéréotypés qui ne seront jamais réellement approfondis. Malgré tout cela, il est cependant réussi car il parvient à être une bonne petite série B divertissante. Son but est avant tout de donner au spectateur un spectacle divertissant, et il l’est. Difficile de ne pas sourire devant les grimaces de Jack Haley, ni de rester de marbre face aux intrigues à tiroir donnant lieu à un embroglio assez jubilatoire. Pas à un seul moment on ne s’ennuie, le film étant conçu comme une sorte de train fantôme suivant la forme d’un thriller à suspense. Les amateurs de série B et de comédie horrifiques se régaleront devant ONE BODY TOO MANY.


- Article rédigé par : Sophie Schweitzer
- Ses films préférés : Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà