Possessor

Holly, une jeune femme hôtesse dans des soirées huppées, assassine froidement de plusieurs coups de couteau le riche bonnet organisateur d’une de ces fêtes avant d’essayer de se donner la mort.N’y parvenant pas, elle tire sur la police, qui la tue de plusieurs balles. Tasya se réveille dans une sorte de laboratoire secret qui via un implant lui permet de se glisser dans la peau de cibles qu’elle utilise pour assassiner des personnes riches et gênantes. Ce boulot, qui lui donne d’étranges pulsions meurtrières, tiraille sa personnalité. Une nouvelle mission dans le corps d’un homme castré par sa petite amie et humilié par son beau-père va la plonger dans un dangereux phénomène de dissociation.

Suivant les traces de son père, David (LA MOUCHE, VIDEODROME, CRASH), Brandon Cronenberg s’exerce dans POSSESSOR au Body Horror. Le film joue non seulement sur des scènes particulièrement gores de meurtres, des assassinats à la cruauté exacerbée, mais de surcroît sur les scènes de dissociations particulièrement horribles et graphiques. Celles-ci donnent lieu à des images d’une beauté cruelle de ces corps s’arrachant, s’attachant, fondant, disparaissant l’un au profit de l’autre. D’une grande beauté plastique, le film repose sur des effets physiques qui sont parfois assez hypnotiques, tranchant avec des scènes à la froideur gore saisissantes.

Le problème est que le film s’attache en fin de compte davantage à sa forme qu’à son fond, reposant beaucoup sur la très belle photographie de l’excellent chef opérateur Karim Hussain et sur les effets visuels, pour certains travaillés en direct, et magnifiques par ailleurs. Il est en effet difficile de s’attacher aux personnages dépeints. Pourtant, le casting est plutôt appréciable, avec un ADN très britannique.

Andrea Riseborough incarne une Taysa à la dérive, déchirée entre ses pulsions macabres et sa famille. Christopher Abbott, acteur américain qu’on a pu voir dans THE SINNER, IT COMES AT NIGHT ou encore CATCH-22, incarne l’hôte de cette ultime mission si périlleuse qui donnera du fil à retordre à Taysa. Tuppence Middleton, actrice anglaise remarquée dans SENSE 8, incarne la femme de ce dernier, bouleversante dans le rôle de la femme déchirée entre son rôle de fille à papa et d’épouse riche. Et puis, la remarquable Jennifer Jason Leigh (LES HUITS SALOPARDS, JF PARTAGERAT APPARTEMENT) vient jouer les psychiatres intéressées.

Chacun de ces acteurs est talentueux, pourtant on parvient difficilement à s’intéresser au sort des personnages, qui semblent osciller chacun dans sa propre bulle sans jamais vraiment entrer en collision avec les autres. Le regard porté sur eux est de plus trop froid et distant pour qu’une identification puisse réellement s’opérer. Cela malheureusement pénalise le film.

Ce constat pousse à craindre que le film soit piégé dans cette catégorie qu’on voit trop hélas, de films à haut concept, avec une force visuelle, qui font brillamment le tour des festivals, mais ne parviennent pas à en sortir pour atteindre un plus large public. Espérons que sa diffusion en VOD puisse lui permettre néanmoins de rencontrer son public.

Sophie Schweitzer

Ses films phares :
Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà


FICHE TECHNIQUE :
Angleterre, Canada - 2020
Titre alternatif : Possesseur
Réalisation : Brandon Cronenberg
Interprètes : Andrea Riseborough, Jennifer Jason Leigh, Tuppence Middleton, Andrea Riseborough, Christopher Abbott...