Précis de Bile Noire suivi de Saturne

- 2014 - Lartas Christophe

” Les dents de l’homme éclatent en mille morceaux : il a trop parlé, exaspérant Saturne. »
(P. 125)

De Christophe Lartas, nous avions déjà eu l’occasion d’apprécier, à la Clef d’Argent, les recueils HPL BLOC D’ETERNITE, aux poésies cthulhiennes, et SATANACHIAS, 4 nouvelles proches ce que l’on peut imaginer de pire en matière de fin du monde. Les points communs de ces textes intensément poétiques, d’une noirceur absolue, sautaient aux yeux du lecteur qui ne pouvait manquer d’y reconnaître, au-delà de ses inévitables influences, la patte d’un véritable auteur.
Les Editions de l’Abat-Jour rééditent aujourd’hui SATURNE, que nous avions raté lors de sa parution à la Clef d’Argent, dans une version « revue et corrigée ». S’y ajoute l’étonnant PRECIS DE BILE NOIRE ; un récit inracontable aussi sombre mais plus difficile à saisir, à comprendre, tant et si bien que nombre de lecteurs décrocheront sans doute à sa lecture. La plume est toujours belle, mais encore plus originale peut-être.
Nous avouons pour notre part avoir largement préféré SATURNE avec son monstre, sa créature misanthrope qui massacre et viole l’humanité toute entière. Porteur d’apocalypse, d’une violence inouïe, Saturne est un être comme on en voit peu, sans pitié, haïssant et sans doute haïssable. Un véritable condensé d’une haine de l’humanité qui fait froid dans le dos.
Il y a du Lautréamont et du Lovecraft chez Christophe Lartas, du surréalisme aussi. On a rarement lu ça en tout cas, car l’auteur a su se trouver par-delà la formidable source d’inspiration fournie par ses maîtres. La quatrième de couverture parle aussi de Poe et de Kafka. Pourquoi pas ?
SATURNE est d’une violence gore assez incroyable. Un gore évidemment différent de celui, plus populaire sans doute, que l’on pratiquait généralement au Fleuve Noir, à la grande époque. On a réellement l’impression, et c’est peu fréquent, que les ténèbres se sont abattues sur l’auteur lorsqu’il écrivait ces pages (apparemment sur plusieurs années). On pense à du Black Metal littéraire, même si on ne sait pas si la comparaison serait du goût de Lartas. C’est beau et sombre à la fois, et l’on ne doute pas qu’il s’agit là d’une expérience très personnelle et très intime pour l’auteur.
L’écriture de Christophe Lartas est totalement anti-commerciale. Il faut réellement faire un effort pour lire sa prose hallucinée et délirante ; un effort récompensé par la qualité écrasante de l’œuvre. Nous avons en tout cas adoré SATURNE. Si l’on veut bien le considérer comme de l’horreur, c’est un récit d’horreur unique. Nous l’avouons volontiers, nous sommes en revanche passés à côté de PRECIS DE BILE NOIRE, la première partie du recueil, peut-être trop « autre » pour nous. Peu importe, l’expérience en vaut la chandelle, si l’on peut dire.

« La bouche de Saturne s’ouvre, et des yeux se ferment à jamais lorsqu’ils n’éclatent pas. Il mâche et avale, croque des moelles épinières, des joues rebondies, des colonnes vertébrales, des vagins mignons et des seins opulents… La bouche de Saturne est l’archange de l’azur, la gloire des astres…
Ses dents sont les diamants du néant. » (P. 112)


- Article rédigé par : Patryck Ficini
- Ses films préférés : Django, Keoma, Goldfinger, Frayeurs, L’Au-delà

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