Retreat

Royaume-Uni - 2011 - Carl Tibbetts
Interprètes : : Cillian Murphy, Thandie Newton, Jamie Bell, Jimmy Yuill

Le pari du premier film n’est jamais évident à relever, que ce soit en termes narratifs, esthétiques ou économiques. Pour sa première réalisation, Carl Tibbetts choisi l’économie de moyens en s’attaquant à un huis-clos confrontant trois personnages. Si un tel choix paraît raisonnable question budget, il en va autrement quant à la narration : comment ne pas se répéter de manière formelle ? Comment éviter l’ennui ? Bref, comment éviter d’être pris à son propre piège ?
Kate et Martin, couple de pré-quadras, s’isole dans un cottage, seule habitation d’une île vide de tout habitants, perdue au large des côtes anglaises. Entre eux, la tension est palpable. Ils ont vécu un drame et ont du mal à le surmonter. Les non-dits et les rancœurs menacent à tout moment de faire voler leur couple en éclat..mais ils n’en auront pas le temps. Jack Coleman, jeune soldat blessé à la tête, fait irruption devant le cottage, porteur d’une terrible nouvelle : un nouveau virus, une grippe venue d’Amérique du sud est en train de se répandre sur la Terre. La pandémie est terrible, toute personne contractant la maladie en meurt aussitôt et il n’y a aucun espoir de trouver un remède. Si Coleman débarque sur ce caillou oublié, ce n’est pas par hasard : le bateau qui était censé amener son régiment au port le plus proche a fait naufrage et lui seul a pu nager jusque-là. D’abord abasourdis par son histoire, Kate et Martin doutent : faut-il le croire…ou est-il en plein délire ? Toujours est-il que Coleman peut se montrer très persuasif, qu’il est particulièrement fort…et armé. Dès lors, une seule question se pose : que faire, qui croire quand on est seul au monde ?
Si la curiosité du spectateur ne peut être que titillée face à un tel pitch, la peur de s’ennuyer face à une mécanique rouillé peut également s’éveiller. Dans ce RETREAT, aucun signe d’ennui à l’horizon. En limitant son film à une durée ultra-raisonnable d’une heure et vingt minutes, le réalisateur va droit au but et n’essaye pas de gagner du temps en usant et abusant d’artifices scénaristiques ou de mise en scène. Quelques dialogues et le jeu tout en nuance des comédiens plantent immédiatement la situation et la sensation de malaise. L’impuissance totale de Martin, dépassé par les évènements et la douleur porté par Kate sont immédiatement crédibilisés par Cillian Murphy et Thandie Newton dont la subtilité fait mouche. Dans un rôle toujours sur le fil, Jamie Bell livre également une belle prestation jusque dans les ultimes minutes où l’ambivalence de son personnage continue de nous questionner. Servi par un très bon scénario, malin et ludique jusque dans ses toutes dernières secondes, RETREAT est un film parfaitement rythmé, qui ménage ses twists et autres révélations avec un grand sens du suspens, ne livrant jamais la clé du mystère avant la fin. Même si, à force de réfléchir à toutes les issues possibles, le spectateur a pu trouver les tenants et aboutissants de l’histoire, l’exercice est si brillamment exécuté qu’il n’y a pas de place pour la déception. Evidemment, un tel projet, par les choix drastiques qu’il s’impose, ne fera jamais consensus, mais livrer un aussi bon huis-clos sans jamais sombrer dans le racolage ni l’invraisemblance a quelque chose de rafraichissant qui fait plaisir à voir.


- Article rédigé par : Nassim Ben Allal