The tenants downstairs

Le propriétaire d’un immeuble à appartement est intrigué par une de ses locataires dont le comportement bizarre révèle bien vite qu’elle commet des meurtres. Un peu effrayé mais bien plus encore curieux, notre homme noue le contact. Il en ressort avec l’idée – tordue, reconnaissons-le – de secouer la vie trop tranquille de ses locataires, pour que ceux-ci se sentent vivre. Notre propriétaire est d’ailleurs bien au courant des petites manies des uns et des autres puisqu’il avait installé un discret réseau de caméras qui lui permet à tout instant d’épier le moindre des faits et gestes des habitants. Il va donc commencer à mettre le souk dans ces vies tranquilles qui n’en demandaient pas tant.

Vous vous souvenez dans doute de MALVEILLANCE (Jaume Balagueró, 2011), eh bien en voici le pendant comique. On peut en trouver un équivalent dans les comédies du Alex la Iglesia de LA COMMUNIDAD ou du CRIME FARPAIT.

Car THE TENANTS DOWNSTAIRS est une comédie. Aussi noire que drôle. Mais d’un noir d’ébène, hein. Les tours joués par le propriétaire sont inouïs de méchanceté, ce qui nous fait d’autant plus rire.
Présenté à l’Etrange festival 2016, en présence de son réalisateur, THE TENANTS DOWNSTAIRS a plié en deux la salle de rire.
Il alterne action, comédie et scènes de sexe et d’horreur avec un égal bonheur.

Il réinvente le marivaudage (la femme, le mari, l’amant, le placard) avec bonheur et le théâtre à la Feydeau, où s’insinue le grain de sable dans la mécanique habituellement bien huilée d’une petite communauté. Les chambres et couloirs comme univers, peuplé d’un monde en réduction, représenté par des habitants-type : le couple homo, le divorcé avec sa fille, la célibataire aussi chaude que vénale, le jeune professeur de gym, l’étudiant geeko-glandeur…
Démiurge de ce petit monde, notre propriétaire le contrôle via ses écrans et moniteurs.

Le film est une farce et ne fait évidemment pas appel à un quelconque réalisme (aucun habitant ne décèle jamais les caméras !). C’est un dispositif théorique qui exige notre acceptation (que nous lui confions volontiers) pour fonctionner. La symbolique de l’ensemble, dimensions métaphorique et allégorique, sont transparentes. Mais foin d’en chercher une portée thématique, ce qui importe ici est le rire. Et il est bien au rendez-vous.

On pourra quand même cependant remarquer que le film fait écho à son époque, la question du voyeurisme s’invitant dans nos sociétés depuis la miniaturisation des appareils de captation et la propagation des images sur le net, ainsi que sur l’appétence d’un certain public pour celles-ci (il n’est que de voir les accroches pour les images volées sur le pornweb).

Le voyeurisme, l’immixtion dans l’intimité d’autrui et le trouble sur cette vie ont pu donner des films intéressant. Ces dernières années, François Ozon a ainsi livré le très bon DANS LA MAISON (dont le thème était d’ailleurs bien plus riche puisque l’espionnage était rapporté à un professeur autant manipulateur que manipulé). Plus avant, on pourrait rappeler le thriller SLIVER. Mais les exemples de voyeurisme abondent tant ils font écho au medium même qu’est le cinéma. On ne listera pas, une thèse n’y suffirait pas.

Parfaitement écrit, mis en scène et photographié avec le talent qui plane sur le cinéma asiatique depuis si longtemps, THE TENANTS DOWNSTAIRS est un must see.

Le film a écopé en exploitation locale d’une interdiction aux moins de 18 ans. Aucune chance d’une telle interdiction sous nos latitudes… si seulement le film y était pris en distribution. Ah mais non, suis-je bête, ce créneau de comédie est déjà occupé … avec la capsule télévisée MES CHERS VOISINS. On a les comédies qu’on peut !