Ilsa, Ultime perversion

Allemagne - 1977 - Jess Franco
Titres alternatifs : Greta, Haus ohne Männer - Greta, la tortionnaire de Wrede - Le pénitencier des femmes perverses - Ilsa la tortionnaire - Greta the Torturer - Greta, the Mad Butcher - Greta, the Sadist

Une jeune femme, emprisonnée dans un hôpital psychiatrique d’une dictature sud-américaine, tente de s’évader mais est blessée et reprise. Elle semble depuis avoir disparue. Un an plus tard, sa sœur se fait interner à son tour dans l’institution pour enquêter. Elle devra y subir les humiliations et sévices de la directrice, qui se livre à la débauche et exploite les pensionnaires pour des expériences dignes du nazisme tandis que son assistant filme en secret des vidéos pornos qu’il revend à des réseaux mafieux.
GRETA – HAUS OHNE MÄNNER a été présenté à la troisième édition du festival Offscreen, dans le cadre d’un focus Jess Franco. Le réalisateur et sa muse, Lina Romay était présents : « nous avons tourné au Brésil, où sévissait à l’époque une dictature qui résonnait pour moi en écho à celle du général Franco. Je connaissais alors une jeune fille avec qui j’avais auparavant travaillé. C’est en voulant lui proposer une nouvelle collaboration que j’ai appris qu’elle avait été emprisonnée et torturée, notamment en étant totalement immobilisée. Elle a fini par succomber aux mauvais traitements. J’ai fait ce film pour raconter son histoire et c’est à elle que je voudrais le dédier. C’est un film très dur et assez négatif. C’est un des rares films où je me montre aussi dur et violent envers mes personnages. A sa sortie à Berlin, on m’a rapporté qu’un spectateur s’était évanoui à sa vision. Il s’agissait d’un rescapé des camps nazis, pour qui l’évocation des tortures était trop dure. »
Le film de femmes en prison date d’il y a bien longtemps. On en retrouve des traces dès les années ’30. Mais sa version ouvertement érotique a été créée par Jess Franco en 1968 avec L’AMOUR DANS LES PRISONS DE FEMMES (99 WOMEN, 99 FEMMES POUR L’AMOUR ou – dans son remontage porno tardif – LES BRÛLANTES). Dans la décennie qui suit, Jess Franco n’aura de cesse de refaire à l’envi des Women in prison, genre qui connaît alors un succès populaire qui perdra de son aura à partir des années ’80, sans cependant jamais disparaître.
Le Women in prison (WIP) croise régulièrement le swastika porn, aussi appelé nazisploitation, lorsque l’action se déroule pendant la seconde guerre mondiale et voit les prisonnières torturées par d’affreux nazis. Dans ce sous-genre, ILSA, LA LOUVE DES SS aura connu un réel succès, lequel engendrera deux suites officielles. Sous la férule du producteur autrichien Erwin Dietrich, pour le compte duquel Jess Franco a tourné nombre de films et de WIP, notre réalisateur engage en 1977 la star d’Ilsa (1975), la mamelue Dyane Thorne, pour un nouvel érotique de prison. Son titre : GRETA – HAUS OHNE MÄNNER. Mais, en fonction du pays ou de la distribution, notamment en vidéo, le film et sa protagoniste seront parfois rebaptisés pour l’accoler à la série Ilsa. Ainsi de la vidéo française ILSA – ULTIME PERVERSION ou du titre canadien ILSA LA TORTIONNAIRE. On le connaît encore en France comme LE PENITENCIER DES FEMMES PERVERSES tandis que la Belgique conserve la référence au patronyme d’origine : GRETA, LA TORTIONNAIRE.
La copie présentée au festival Offscreen, d’origine hollandaise (présentée sous son titre original allemand, dans une version allemande sous-titrée en flamand), n’a pas trop souffert des affres du temps. On ne peut en dire autant de la censure hollandaise d’époque, qui dans sa traditionnelle stupide frilosité en a hélas coupé les passages les plus croustillants, rendant d’ailleurs certaines séquences difficilement compréhensibles. Si on ne peut dès lors retrouver l’intention complète du réalisateur, au moins a-t-on pu revivre le spectacle tel que proposé au public de l’époque.
GRETA fait partie des touts bons Franco. Correctement scénarisé, filmé et interprété, il organise la rencontre de Dyane Thorne (la série des ILSA) en directrice sadique et Lina Romay en masochiste lesbienne. La sœur fouineuse est jouée par la française Tania Busselier qui termine alors une courte carrière (1974-1977) dans le cinéma érotique qui avait d’ailleurs débuté par un petit rôle dans LA COMTESSE PERVERSE de Jess Franco (1974). Jess Franco joue quant à lui son traditionnel rôle de médecin.
Le film n’hésite pas à surfer sur des vagues alors en vogue. S’il s’inscrit clairement dans le cadre bien balisé du WIP et flirte avec le Swastika (via Dyane Thorne, la continuité avec les ILSA et en évoquant l’Amérique du sud, grand refuge d’anciens nazis), il cite d’autres genres ou thèmes. Le cannibalisme tout d’abord, le temps d’une séquence. Umberto Lenzi a lancé le mouvement en 1972 avec CANNIBALIS, AU PAYS DE L’EXORCISME, Ruggero Deodato le fait exploser avec CANNIBAL HOLOCAUST… Jess Franco finira par s’y atteler, sans gloire, avec MONDO CANNIBALE (1980). Le snuff ensuite lorsque le scénario évoque les films de viols, de tortures et enfin d’assassinats tournés par l’acolyte de la directrice pour les revendre au marché noir. La légende urbaine des snuffs alors récemment lancée agitait tout autant les garants de la sureté (et les censeurs de la morale qui pouvaient en brandir le spectre) que les producteurs de cinémas déviants qui y voyaient une ligne scénaristique perverse garante de succès populaire. En cette même année 1977, Joe d’Amato traitera aussi le snuff dans BLACK EMANUELLE EN AMERIQUE. Dans un cadre plus noble, l’internement d’un enquêteur dans un asile qui succombe aux mauvais traitements n’est pas sans rappeler VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU (Milos Forman, 1975), grand succès de l’époque.
Au final, ce GRETA (ou ILSA, c’est vous qui voyez) ne démérite en rien. Il nous offre un spectacle très correct, supérieur à d’autres WIP tournés par le même Franco à cette époque.


- Article rédigé par : Philippe Delvaux
- Ses films préférés : Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare


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