Perversion Story

Un texte signé Patryck Ficini

Italie - 1969 - Lucio Fulci
Titres alternatifs : Una sull'altra
Interprètes : Jean Sorel, Elsa Martinelli, Marisa Mell...

Après la mort de sa femme, un homme pour qui elle a contracté une importante police d’assurance devient le principal suspect. Il aura fort à faire pour empêcher une atroce erreur judiciaire. D’autant qu’il découvre bientôt une strip-teaseuse qui est le sosie de la défunte !
En 1969, Lucio Fulci sortait de sa période comédie (après une incroyable parenthèse western avec LE TEMPS DU MASSACRE) et s’essayait pour la première fois au film policier. C’est peut-être abusivement que PERVERSION STORY est souvent classé dans la catégorie giallo. Sans doute vaudrait-il mieux utiliser ce terme uniquement pour les films inspirés du 6 FEMMES POUR L’ASSASSIN de Mario Bava et des psycho-thrillers de Dario Argento, un genre où le meurtre en série est fondamental. Nous préfèrerons pour notre part parler ici d’un thriller érotique tant l’accent est mis sur le sexe. Le mythique fanzine INFERNO de Rodolphe Laurent parla à juste titre de film de machination, puisqu’il s’agit bien ici d’un complot qui vise à s’emparer d’une fortune en faisant condamner un innocent à la peine de mort. PERVERSION STORY fut d’ailleurs un temps retitré LA MACHINATION ! L’origine de ces films vient peut-être du succès du médiocre ADORABLE CORPS DE DEBORAH de Romolo Guerrieri.
L’intrigue de PERVERSION STORY est bien écrite, intéressante sans jamais s’avérer géniale. Nous sommes en présence d’un très honnête film noir, dont on ne devine pas toutes les ficelles à l’avance. On a parlé d’une influence de SUEURS FROIDES (!) d’Hitchcock ; sans doute mais il s’agit ici d’une version extrêmement chaude ! Les décors extérieurs de San-Francisco, où se déroule la majeure partie du film et ceux, impressionnants, de la célèbrissime prison de San Quentin sont magistralement mis en valeur par une réalisation constamment supérieure au propos qu’elle illustre.
On peut affirmer que Fulci se déchaîne littéralement dans les quatre scènes proprement érotiques de PERVERSION. Il s’y révèle un esthète d’une sensualité débordante. Il faut voir le strip-tease à moto de Marisa Mell, l’une des meilleures scènes du genre avec celle de SATANIK de Piero Vivarelli. Ceux qui préfèrent Demi Moore dans STRIP TEASE peuvent sortir, merci. Marisa Mell, tantôt blonde tantôt brune (et incroyablement plus belle ainsi), fut l’une des plus excitantes actrices du bis italien. Celle qui fut Miss Diabolik dans le chef d’oeuvre pop de Mario Bava était vulgaire juste ce qu’il faut pour rendre raide dingue l’heureux spectateur qui poserait son regard lubrique sur ses courbes renversantes. Marisa Mell avait le sex-appeal de certaines de ces poupées magnifiques qui hantent la production pornographique de qualité. On ne peut guère trouver plus désirable dans le cinéma « traditionnel » !
Il faut voir aussi la scène d’amour entre Jean Sorel et Elsa Martinelli (avec une saisissante contre-plongée à travers un drap rouge qui moule leurs corps enlacés). Et il ne faut manquer sous aucun prétexte l’étreinte de Sorel et Mell (son regard lorsqu’elle se baisse pour lui défaire la braguette donnerait à un saint l’envie immédiate de l’épouser !). Enfin, il faut contempler, stupéfait, la séduction ultra sensuelle de la Martinelli à l’encontre de Marisa Mell lors d’une séance photo qui dégénèrerait presque.
On l’aura compris, l’érotisme de PERVERSION STORY est assurément son atout principal et certainement ce que l’on en retiendra sans coup férir. Ceux qui s’étonneraient d’un Lucio Fulci coquin feraient bien d’aller voir le troublant.MIEL DU DIABLE, un authentique film érotique dark et désespéré.
Parmi les acteurs, il est permis aussi de s’extasier devant la beauté de Jean Sorel (une sorte de Alain Delon du bis) et d’Elsa Martinelli, à qui on ne peut nier un certain charme. Enfin, nous noterons avec plaisir la présence du très bon John Ireland dans le rôle sans intérêt (hélas) d’un policier. Un très grand acteur américain qui oeuvra notamment dans le western spaghetti.
Si l’on peut reprocher aux scénaristes un point particulièrement peu crédible (c’est fréquemment le cas dans les histoires de sosies), il n’empêche que l’explication finale est malgré tout réussie dès lors qu’on joue le jeu et qu’on l’accepte.
La fin développe un bon suspence à San Quentin, tandis que Sorel risque de passer à la chambre à gaz. Et ce, même s’il est dommage que la dernière scène soit en quelque sorte « volée » par la relation orale (et bien peu cinématographique) qu’en fait un journaliste.
Avec PERVERSION STORY, le grand Lucio Fulci prouve, s’il était besoin, qu’ il était un Maître dans la mise en scène de la chair, qu’elle fût offerte au plaisir ou à la torture…


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- Article rédigé par : Patryck Ficini

- Ses films préférés : Django, Keoma, Goldfinger, Frayeurs, L’Au-delà

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