Purgatoryo

Une morgue d’un quartier pauvre des Philippines. Sous la férule de « Madame Violet » – un travesti – travaillent On-On et Dyograd, deux jeunes embaumeurs. Le premier est un joueur de cartes impénitent, qui doit sa chance aux morts à qui il demande une bonne main. L’autre est un obsédé notoire, qui, lorsque sa fiancée de fille de capitaine de police ne lui donne pas satisfaction s’en va la trouver auprès de cadavres de jeunes femmes. Leur vie est rythmée par la préparation des corps et les cérémonies funéraires où le quartier vient faire des offrandes. Car voilà la recette de Madame Violet pour gagner sa vie : organiser un maximum de cérémonies auxquelles, par coutume, les voisins viennent payer leur écot. Ils boivent et offrent un petit billet ce qui fait tourner le commerce de Madame. Et quand les cadavres manquent, il suffit de s’arranger avec médecins et policiers véreux pour s’en voire livrer un, avec certificat médical afférent.

Hasard de la programmation, avec sa sélection à l’Etrange festival 2017, PURGATORYO précède sur nos écrans le nouveau Albert Dupontel (dont les précédents films furent montrés à l’Etrange), AU REVOIR LA-HAUT, qui porte justement sur une arnaque à l’assurance vie.

On ne va pas se le cacher, on connait mal le cinéma Philippin contemporain. Certes, il y a bien les Lav Diaz (ouch, si vous aimez les films durant 6 heures) ou Brillante Mendoza, ou encore Khavn (RUINED HEART, ALIPATO, tous deux programmés à l’Etrange festival), mais la production locale nous reste majoritairement inconnue.

Et c’est dommage, au vu de ce PURGATORYO qui maintient notre attention alors qu’il n’a guère dépassé les deux décors (la morgue et le café pour les cérémonies funéraires). Un univers sale, pauvre, dénué de toute morale. La très catholique Philippines déploie donc un cinéma transgressif qui évoque les remises en question opérées dans d’autres traditions chrétiennes du Sud, que ce soit l’Espagne ou le Mexique…

Assez cru, le film montre force cadavres (et aussi des cadavres forcés), et sexes exhibés (y compris masculin). Il y a quelque chose de foncièrement catholique là-dedans : la déchéance du corps, son martyr post mortem, sa déprédation qui précède sa future dégradation … laquelle est au contraire freinée par les liquides de préservation injectés dans les corps.

Inculture et pauvreté poussent les barrières morales et PURGATORIO s’en fait l’écho, avec à la clé cette question morale : quelle société peut ainsi tolérer un tel traitement pour ses morts ?

PURGATORYO renvoie les Philippines à ses valeurs et interroge son substrat catholique. Car, avec sa Tarlouze, son obsédé nécrophile, ses joueurs et prostituées, son avaricieux, ses voleurs (de cadavres), et ses arnaqueurs, c’est bien l’ensemble des péchés de la tradition catholique qui sont ici convoqués.

On pointera juste une petite limite : Impossible de comprendre les motivations des protagonistes si on ne sait pas qu’il est de tradition pour les habitants d’un quartier d’offrir de l’argent aux funérailles qui s’y déroulent. Ce point n’est pas explicité dans le film et peut freiner sa compréhension sous nos latitudes.

Philippe Delvaux

Ses films phares :
Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare


FICHE TECHNIQUE :
Philippines - 2016
Réalisation : Roderick Cabrido
Interprètes : Ernani L. Antonio, Bernardo Bernardo, Chrome Prince Cosio...

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