Sherlock Junior (1924) – rêve et poésie

Un texte signé Faye Fanel

USA - 1924 - Buster Keaton
Interprètes : Buster Keaton, Kathryn McGuire, Ward Crane

Lorsqu’on évoque les comédies burlesques, trois noms viennent immédiatement à l’esprit : Harold Lloyd, Charlie Chaplin et Buster Keaton. Ce trio a marqué l’histoire du cinéma grâce à leur inventivité et leur poésie. Si Lloyd incarne l’optimisme et Chaplin le vagabond poète, Keaton est l’essence même du romantique rêveur. Sherlock Junior illustre parfaitement ce portrait.

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L’apprenti détective

Buster Keaton interprète le rôle d’un projectionniste qui rêve de devenir détective. Il souhaite être bien plus qu’un simple employé de cinéma. Ce propos est appuyé par une scène dans laquelle le personnage se fait marcher dessus par des personnes malhonnêtes qui abusent de sa naïveté pour lui prendre le peu d’argent qu’il possède.

Keaton adopte une démarche voûtée et rigide pour illustrer la petitesse du personnage. Lorsqu’il tente de suivre l’escroc qui l’a piégé, il devient littéralement son ombre, perdant ainsi son humanité. Il n’existe plus. Ce détective amateur est impuissant, incapable d’exprimer ses sentiments ou de s’opposer aux injustices

Keaton dépeint également le sentiment d’infériorité sociale du personnage. Dans une séquence, il courtise la femme dont il est amoureux, mais il est repoussé par un rival et se retrouve isolé dans un autre cadre. La classe plus aisée le rejette et le tient rapidement pour responsable de ses malheurs. Le pauvre est forcément un voleur et une personne intéressée par l’argent. Le détective représente pour lui un symbole de réussite, de richesse, d’assurance, de considération et d’affection.

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Derrière l’écran

Sherlock Junior est un long métrage qui explore le thème du cinéma avec une grande poésie tout en mettant en valeur sa magie onirique. Le personnage principal projette un film de détective et, lorsqu’il s’endort, son esprit quitte son corps pour entrer dans l’écran et devenir l’acteur principal. Ce moment rappelle le film Last Action Hero, une preuve de l’influence de Keaton sur l’histoire du cinéma.

Dans cette séquence, Keaton impressionne par sa maîtrise technique. Il utilise des effets de montage et de surimpression de la pellicule pour donner vie à ce magnifique moment. Cette division du personnage entre le rêveur et l’homme d’action rappelle le travail de Méliès et permet à la fois de visualiser les désirs du protagoniste et de démontrer la puissance du cinéma.

Le metteur en scène souligne que le cinéma est avant tout un spectacle, capable de susciter toute une gamme d’émotions. Cet art peut nous donner l’illusion d’être un super-héros et nous faire oublier notre quotidien. Les cascades les plus impressionnantes se trouvent dans ces scènes de rêves, rappelant ainsi toute la puissance et la magie contenues dans une pellicule. Rien n’est impossible.

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Cependant, Keaton termine le film en montrant son héros regarder l’écran de cinéma pour savoir comment agir avec la femme qu’il aime, tandis que le spectateur l’observe à travers la lucarne de la cabine de projection. Le cinéma est une imitation de la vie, un fantasme ultime qui inspire et fait oublier nos soucis, mais il ne peut pas changer les choses directement.

Le film se termine par un dernier regard sur le visage du héros qui semble en désaccord avec le fameux “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”, laissant ainsi un sentiment de tristesse chez le spectateur. Ce projectionniste n’a pas réalisé son rêve, car la conquête de sa bien-aimée n’était pas son véritable désir. Le rêve est resté emprisonné dans la pellicule.


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- Article rédigé par : Faye Fanel

- Ses films préférés : Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.

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