The art of self defense

Casey est un homme introverti qui souffre d’anxiété. Comptable dans une société, il s’entend bien avec le patron, mais aimerait pouvoir discuter avec ses collègues autour de la machine à café. Lorsqu’il est victime d’une violente attaque, il envisage l’idée d’acheter une arme afin de pouvoir se défendre. Finalement, c’est auprès d’une école de karaté qu’il trouve un exutoire et un endroit où il se sent enfin compris et accepté. Le charismatique professeur de karaté, Sensei, s’intéressant particulièrement à Casey va tenter de le transformer en homme plus viril…

THE ART OF SELF DEFENSE est une comédie noire mettant en scène un personnage particulièrement névrosé confronté à des personnages enclins à la violence et à l’incarnation d’une masculinité toxique pour ne pas dire agressive. Le personnage de Casey, joué par Jesse Eisenberg (THE SOCIAL NETWORK), est l’archétype du mec sans histoire, sans passion, sans caractère également, et excessivement influençable. Face à lui, se tiennent des hommes portant haut et fort les couleurs de la virilité, presque trop. Le film met en scène des personnages archétypaux pour ne pas dire presque clichés, mais pour mieux jouer avec.

Au milieu de ce jeu malsain se tient le personnage d’Anna incarné par Imogen Poots (28 SEMAINES PLUS TARD, GREEN ROOM), élève des premières heures de Sensei qui résiste au milieu de ces machos refusant de la reconnaître à sa juste valeur. Les déboires de Casey vont entrer en résonnance avec ceux d’Anna. Loin de développer une amourette convenue, ces deux personnages vont s’épauler, révéler les failles de l’autre, mais aussi aider Casey à faire face à ses défauts et ses erreurs.

C’est le second long métrage de Riley Stearns. Son premier long métrage, FAULTS mettait en scène un déprogrammeur qui tente de soigner une jeune femme membre d’une secte. On retrouve le même humour noir, le même regard sur des archétypes, et une même noirceur donnant lieu à des vagues de violences. Sa mise en scène enferme les personnages dans des cadres polissés dont ils ne sont voués à sortir qu’en laissant la violence en eux exploser. Cette violence, quand elle survient, est exutoire pour les personnages qui s’y livrent, comme si c’était le seul moyen de se défendre dans un monde trop sombre pour accepter ses membres les plus faibles.

Avec une bonne dose d’humour noir, très noir, THE ART OF SELF DEFENSE propose une version très moderne et malsaine de KARATÉ KID. Le karaté vu, en premier lieu comme un art, est très vite déformé, utilisé par les personnages comme une arme, une manière de vivre, mais aussi une excuse à un comportement amoral et déviant. Les règles du karaté sont souvent utilisées de manières erronées, et détournées de leur utilisation première. Ce qui créer des situations drôles par moment, angoissantes à d’autres.

Le seul reproche qu’on pourrait faire au film est de grossir un peu trop le trait, sous le couvert de l’humour, : les personnages restent des clichés et manquent parfois de subtilité. Le film finit par atteindre des situations totalement impossibles et très peu crédibles. Néanmoins, le propos est d’une modernité et d’une justesse imparable. Et l’humour fonctionne à merveille du début à la fin, reposant sur un jeu d’acteur très juste.