The Bunny Game

USA - 2010 - Adam Rehmeier
Interprètes : Rodleen Getsic, Jeff Renfro, Gregg Gilmore, Norwood Fisher, Paul Ill, Loki, Drettie Page, Curtis Reynolds, Jason Timms, Coriander Womack

Terriblement crues, les premières minutes de THE BUNNY GAME résument en un montage rapide la spirale autodestructrice régissant la vie de sa protagoniste : prostituée toxicomane, entre deux rails de cocaïne, elle consent à prodiguer des fellations qui sont comme autant de viols sur sa personne. Proie facile pour les hommes, elle se fait enlever par un chauffeur routier qui va lui faire découvrir un enfer bien plus douloureux que celui auquel elle était habituée jusqu’alors. Enchaînée dans le semi-remorque, la jeune femme va subir une série de violences et d’humiliations physiques, psychologiques et sexuelles…
Attention âmes sensibles s’abstenir ! Si THE BUNNY GAME n’est pas un film sanglant, ni un torture porn esthétisant dans la mouvance de SAW ou HOSTEL, il comporte des séquences de torture d’autant plus insoutenables qu’elles n’ont pas toujours été simulées.
Esthétique mais très violent, malsain et dérangeant, le film de Adam Rehmeier est difficile à aimer et propre à susciter la polémique. Si le but avoué du réalisateur et de l’actrice-scénariste Rodleen Getsic est de montrer comment l’énergie négative peut détruire notre vie si on la laisse nous guider, il faut bien reconnaître que cette mince note d’intention est vite diluée dans le torrent visuel qui l’accompagne. Mais laissons d’abord au film ses qualités, dont la première est la justesse des acteurs qui se sont totalement impliqués. La frêle Rodleen, qui durant quarante jours avant le tournage a jeûné pour se mettre physiquement et mentalement dans un état maladif, portera réellement sur son corps pour quelques temps les ecchymoses et le marquage au fer rouge qu’elle s’est imposée sur le plateau. Face à elle, Jeff Renfro, brute barbue et virile, en impose avec son physique de routier baroudeur et la domine complètement. Leur confrontation nous est présentée dans un noir et blanc très travaillé, on est ici loin de certaines productions qui cherchent à tous prix une image granuleuse et dégueulasse sous prétexte d’être underground.
Tourné en quatorze jours sans réel script, ce film d’horreur, puisque c’est ainsi que ses concepteurs le catégorisent, ne comporte quasiment pas de dialogues. Les hurlements incessants de Rodleen envahissent rapidement la bande sonore et transforme l’expérience visuelle en une épreuve auditive. Le montage, qui devient de plus en plus épileptique à mesure qu’il se calque sur les pulsations cardiaques de la victime, et sûrement aussi sur celles des spectateurs, ne laisse pas de temps morts pour pouvoir reprendre son souffle. En enchaînant ainsi les séquences extrêmement violentes à un rythme effréné, le film ne laisse pas de place pour la réflexion et finit par agresser le spectateur.
Mais le plus dérangeant dans THE BUNNY GAME, n’est finalement pas son déferlement rageur d’images choquantes, mais bien la vacuité absolue de son propos. Joliment ciselé, pour peu que l’on ne soit pas allergique à certains effets de montage répétitifs, et très méchamment rentre dedans avec ses sévices dérangeants, le film est hélas aussi creux que totalement vain. Lorsque les dernières images viennent nous délivrer, c’est un sentiment de colère et de frustration qui surgit et la question de l’intérêt d’un tel film se fait plus que jamais sentir.
Peut-être ne faut-il tout simplement pas chercher de la profondeur dans ce récit mais juste se faire malmener jusqu’à en être malade pour finalement se dire que notre vie n’est pas si mal que ça.

Lire l’interview du réalisateur Adam Rehmeier


- Article rédigé par : Éric Peretti


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