13 Caméras

Un jeune couple s’installe dans une nouvelle maison. La femme est enceinte et le mari en plein doute sur son mariage qu’il souhaite malgré tout sauver. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que leur propriétaire, un voyeur, surveille leurs moindres faits, gestes et paroles à l’aide de caméras placées un peu partout dans la maison.

13 CAMÉRAS de Victor Zarcoff propose une thématique proche de MALVEILLANCE, de Jaume Balagueró, dans lequel un gardien d’immeuble s’introduisait dans la vie d’une des locataires avec de très mauvaises intentions. Ici, on joue sur le même thème malsain. Un homme mauvais et pervers possédant les clés de votre maison vous surveille et a visiblement de mauvaises intentions à votre égard ! Assez peu exploitée dans le cinéma de genre, cette thématique est pourtant porteuse de frayeurs.

Le fait est que ce genre d’intrusion nous fait froid dans le dos, et que les quelques scènes dans lesquelles nos personnages font l’amour ou prennent une douche sous l’œil lubrique de leur propriétaire, qui se paluche en les observants, ont quelque chose de profondément dérangeant. D’autant que, bien entendu, le film va plus loin. Le voyeur a des fantasmes qu’il est bien décidé à réaliser. Et c’est là toute la perversion du film. Nous, spectateurs, sommes les témoins silencieux de ses exactions et ne pouvons que voir ses victimes en souffrir.

Indéniablement, la grande réussite du film, outre son idée et sa thématique, c’est le choix du casting. Neville Archambault est tout simplement génial dans le rôle du propriétaire pervers, avec sa gueule assez incroyable, son expression béate et ses grognements, sans parler de sa carrure massive lui donnant des faux airs de créature de Frankenstein. Il porte le film et surtout fait frissonner le spectateur. On imagine sans mal l’odeur fétide supposée du proprio dont parlent les personnages.

Du reste, le film est de bonne facture, les acteurs sont plutôt bons et les personnages, qui sans être très attachants, paraissent réalistes, et s’ils sont parfois détestables, on souffre néanmoins pour eux. Une lumière joliment travaillée, des cadrages qui laissent tout le soin de nous faire redouter le hors-champ, avec une intervention progressive des caméras de surveillance, même si, on regrette qu’elles soient si peu présentes dans la mise en scène.

Cependant, il y a un gros bémol. En effet, si le film fonctionne, il aurait pu être nettement meilleur en proposant une gradation dans la perversion et la menace que représente le propriétaire. Pendant une trop longue présentation, il n’apparaît que brièvement comme pour rappeler sa présence, mais on ne sent pas de réels dangers jusqu’à ce qu’il agisse soudainement et passe du voyeur pervers au psychopathe en quelques secondes. On regrette donc de quitter aussi vite la perversion. Le film aurait gagné à être franchement plus malsain en distillant progressivement un sentiment de malaise.

La fin n’en est pas moins réussie et efficace, même si, trop humoristique, elle allège ainsi le film. Là où THE SERVANT de Joseph Losey nous mettait totalement mal à l’aise, 13 CAMÉRAS finit par devenir un film de psychopathe rigolo plus qu’effrayant, ce qui est dommage. Le film n’en reste pas moins honnête et de bonne facture, mais aurait pu être plus malsain.


- Article rédigé par : Sophie Schweitzer
- Ses films préférés : Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà