Audrey Rose (1977) L’adieu difficile

Un texte signé Faye Fanel

USA - 1977 - Robert Wise
Interprètes : Marsha Mason, Anthony Hopkins, Susan Swift

En 1973, la sortie de L’Exorciste de William Friedkin est un événement majeur. Le paranormal devient à la mode et le public est témoin d’une avalanche de sorties littéraires et cinématographiques sur ce sujet. Frank De Felitta, scénariste pour la télévision, écrit le roman Audrey Rose. L’auteur aborde dans ce livre le thème de la réincarnation, qui le fascine depuis un événement personnel. Un jour, son fils de six ans se met à jouer du piano parfaitement, bien qu’il n’ait jamais pris de cours. L’enfant ne se rappelle pas avoir joué de cet instrument.

Les studios, toujours à la recherche de films inspirés de faits réels, se battent pour acquérir les droits d’Audrey Rose afin de mettre en avant le témoignage de son auteur et ses recherches.

Jon Wisan parvient à obtenir les droits d’adaptation après des négociations avec Frank De Felitta. Ce dernier tient à conserver le contrôle de son roman et obtient les postes de scénariste et de producteur. Les deux hommes s’accordent également sur le choix du réalisateur Robert Wise pour diriger le long métrage. Malgré une bonne collaboration au sein de l’équipe et le désir de proposer une œuvre solide, le film est un échec à sa sortie, souffrant de la comparaison avec L’Exorciste.

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Les deux visages

La famille Templeton a tout pour être heureuse, une bonne situation, un bel appartement et une petite fille modèle, Ivy. Leur vie de rêve est compromise lorsqu’un étrange individu les suit et les appelle au téléphone. Il semble être obsédé par leur fille.

Wise introduit la peur par petites touches, telle une maladie qui se développe graduellement. Il commence le long métrage en filmant un accident de voiture, en mettant l’accent sur les bruitages. Il propose une photographie grise qui fait ressortir le rouge des phares, les flammes et les vêtements de la fillette. Tous ces éléments rendent la scène à la fois glaçante et marquante. Ils seront également utilisés dans le récit pour intégrer le paranormal. L’utilisation des couleurs en tant qu’outil narratif est un élément récurrent dans l’œuvre de Wise.

Dans Le Mystère Andromède, par exemple, le réalisateur utilise un code couleur pour mettre en scène l’évolution du virus et la mort, créant ainsi une atmosphère anxiogène.

Pour Audrey Rose, ce sont le rouge et le violet qui sont utilisés pour marquer l’arrivée du surnaturel et du drame. Le violet est une couleur associée aux rêves et au spirituel. Cette couleur représente l’esprit d’Audrey qui possède la petite Ivy. Le rouge symbolise le danger à travers l’obsession du personnage d’Elliot Hooper pour sa défunte fille.

Plus ces couleurs sont présentes dans le cadre, plus la menace est grande. Wise utilise le son pour toujours rappeler à l’esprit du spectateur la scène d’introduction. L’horreur n’est jamais gore ou frontale, mais subtile et surtout psychologique. Cette menace est-elle paranormale ou le résultat d’une petite fille sous l’influence d’un déséquilibré ? Peu importe le choix fait par le spectateur, la menace est bien présente.
Le metteur en scène crée une ambiance anxiogène en utilisant les miroirs pour rappeler la surveillance de Hooper, incarné à la perfection par Anthony Hopkins, à la fois touchant et terrifiant. La caméra tourne autour des personnages telle une bête chassant sa proie, et l’utilisation de la contre-plongée permet de comprendre à quel point ils sont prisonniers de la situation. Traiter la réincarnation et les possibles problèmes mentaux de cette manière est plutôt intelligent. Malheureusement, cela ne fonctionne pas complètement.

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La comparaison entre Audrey Rose et L’Exorciste est inévitable. Cependant, Audrey Rose ne parvient pas à atteindre le niveau de terreur de L’Exorciste. Bien que le réalisateur Robert Wise soit talentueux, l’intensité dramatique est souvent brisée lorsque la jeune Susan Swift apparaît à l’écran. Malgré les efforts de coaching de Robert Wise, l’actrice est loin d’égaler le talent de Linda Blair, qui a joué dans L’Exorciste.

Un drame familial

Audrey Rose est avant tout un drame. Le spectateur assiste d’une part au deuil difficile d’un père et de l’autre au déchirement d’une famille. Les parents sont impuissants face au mal dont souffre leur fille. Le spectateur peut comprendre le côté surnaturel d’une autre façon.

Tous ces événements peuvent n’être qu’une manipulation de Hooper. Wise filme le personnage d’une manière qui met mal à l’aise, dès son introduction. Le réalisateur fait fréquemment un gros plan sur son regard, le filme comme une silhouette à l’affût. Il est aperçu devant l’école d’Ivy, les autres le regardent avec méfiance. À aucun moment, ni le spectateur ni les personnages ne se sentent en sécurité en sa présence. Les séquences dans lesquelles il raconte son histoire et parle de ses recherches sur la réincarnation accentuent le malaise. Quelque chose ne va pas.

Lorsque Hooper discute avec la mère d’Ivy, Wise utilise une caméra fixe, donnant l’impression de filmer une scène de théâtre. Ce choix de mise en scène peut indiquer la malveillance du personnage, jouant la comédie pour manipuler la pauvre femme et la faire adhérer à ses idées. Cette impression se confirme lors du procès, la famille se divise lors du témoignage de la mère. Elle prend le parti de Hooper.
Le drame est omniprésent à l’écran et au fur et à mesure que l’histoire se développe, le spectateur prend conscience de l’importance des enjeux qui se mettent en place.

Pour renforcer cette impression, Wise filme fréquemment Ivy comme si elle était déjà ailleurs. Elle apparaît comme une entité émanant des limbes, avançant dans un décor blanc ou le long d’un couloir vers la lumière. Le film se termine avec une image de miroir, rappelant un rituel visant à emprisonner une âme. L’intelligence du film ne réside pas dans son scénario, mais dans la mise en scène de Robert Wise. Il montre et suggère bien plus que n’importe quel dialogue. Le réalisateur n’est jamais catégorique, il est un témoin silencieux qui offre au spectateur deux visions d’une même tragédie, le laissant seul juge de la vérité.


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TEST DU BLU-RAY/DVD :



Rimini propose une très belle édition qui propose une belle copie du long métrage. Le livret qui accompagne le film écrit par Marc Toullec est riche d’informations qui permettent de mieux aborder Audrey Rose. Présent également en bonus un documentaire sur le rapport de Robert Wise à l’horreur.

Les points positifs :

- Une belle copie
- Le livret de Marc Toullec
- Le documentaire Robert Wise et le cinéma d’horreur

Les points négatifs

- plutôt léger en bonus



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- Article rédigé par : Faye Fanel

- Ses films préférés : Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.

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