Free Fire

UK – France - 2016 - Ben Wheatley
Interprètes : Enzo Cilenti, Sam Riley, Michael Smiley, Brie Larson, Cillian Murphy, Armie Hammer, Sharlto Copley, Babou Ceesay, Noah Taylor, Jack Reynor

Une vente d’armes dans un entrepôt abandonné. D’un côté, le vendeur, petit malfrat gominé, engoncé dans un costume criard, entouré de ses hommes de main et d’un intermédiaire. De l’autre, l’acheteur, combattant de l’IRA limite braqueur, et ses deux acolytes tendances bras cassés. Pas de bol, les petites mains des deux camps ont des mots, un léger différent, une altercation mal cicatrisée, et une arrogance naturelle malvenue qui va rapidement envenimer la situation. Au coup de sang succède bien vite les coups de feu… et nous voilà embarqués dans une heure vingt de gunfights ininterrompus.

Mesquins, veules, incapables de se raisonner ou d’établir une trêve pour vider plus tranquillement leur différent, nos anti-héros nous en donnent pour notre argent. Ça mange la poussière et ça saigne et ça grogne et ça meurt. Sans compter sur les trahisons, au rang desquelles deux tireurs embusqués qui canardent les deux camps à la grande surprise de ces derniers, déjà passablement occupés.

Un an à peine avant ce FREE FIRE, Ben Wheatley nous livrait l’ambitieux et très réussi HIGH RISE. Le revoici déjà avec le plus léger FREE FIRE. Un pur film de défoulement, spectacle popcorn parfait.

Des malfrats qui s’entredéchirent à l’intérieur d’un entrepôt… tout le monde pense évidemment au séminal RESERVOIR DOGS, le film qui propulsa Quentin Tarantino sur la scène mondiale. Impossible d’éviter la référence. Ben Wheatley ne le cherche même pas, il se confronte au maitre… et s’en tire avec les honneurs. FREE FIRE n’est pas RESERVOIR DOGS, il n’orchestre pas les mêmes joutes oratoires, et ne joue pas des flash-backs pour structurer sa narration. Non, ici, il s’agit du dérapage d’un deal qui tourne mal et de la confrontation jouissive qui s’ensuit. Jouissive car les deux clans embarquent chacun leur dose de sagouins. La situation de crise révèle la bassesse humaine, singulièrement dans la truanderie. Le comique procède donc de ce capotage en grande dimension d’un deal parti en vrille. Le second ressort comique découle évidemment de l’outrance du duel
Et dans FREE FIRE, ceux-ci se passent la plupart du temps à quatre pattes dans la poussière, en tirant au hasard. On accepte d’emblée que les protagonistes disposent de cartouchières illimitées tant on prend plaisir à voir les coups de feu s’échanger, ponctués de vaines tentatives de réconciliation, de trêves branlantes, de trahisons, le tout assaisonnés aux vacheries que se décoche tout ce petit monde.

FREE FIRE pousse son système dans ses limites, à l’instar du glissement vers la folie de HIGH RISE. Mais c’est peut-être avec A FIELD IN ENGLAND que FREE FIRE a le plus d’accointances. Ce magnifique et parfois quelque peu déroutant opus, qui n’aura d’ailleurs guère connu de visibilité hors festivals (lesquels se sont par contre jetés dessus, et e. a. l’Etrange Festival 2013 ou Offscreen 2014), voyait un alchimiste s’entredéchirer avec trois soldats prisonniers dans un champ de l’Angleterre du XVIIe siècle à la recherche d’un hypothétique trésor. Confrontation jusqu’au-boutiste et minimalisme de l’intrigue et des décors… nous nous trouvons bien dans le même système que celui déployé pour FREE FIRE.

Le charme du film vient aussi des interactions entre tous nos personnages dont les caractères bien trempés, ciselés par la plume acide du dialoguiste, ressortent à merveille à l’écran. Jouissif, mêmes quand ils ne tirent pas. On rit à gorge déployée.

On ne va pas vous en parler pendant des heures de ce FREE FIRE, vous aurez vite compris qu’on vous le recommande chaudement, à l’instar du public du BIFFF 2017, où le film était présenté, et qui n’aura pas boudé son plaisir. Pas plus d’ailleurs que le jury thriller qui, s’il prime AT THE END OF THE TUNNEL (Rodrigo Grande), décerne néanmoins une mention spéciale à FREE FIRE.

FREE FIRE sort le 14 juin 2017 en France et le 21 juin en Belgique.


- Article rédigé par : Philippe Delvaux
- Ses films préférés : Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare


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