Hybrid

USA - 2010 - Eric Valette
Interprètes : Shannon Beckner, Oded Fehr, Ryan Kennedy, Melanie Papalia, Adrien Dorval...

Dans une fourrière de Chicago, une mystérieuse voiture est amenée. Celle-ci s’avère dotée d’un esprit maléfique. La nuit dans le garage se transforme en cauchemar pour tout le personnel, puisque ce dernier va devenir la proie de l’inquiétant bolide.

La carrière d’Eric Valette n’est pas de tout repos. Réalisateur français, nous lui devons MALEFIQUES, UNE AFFAIRE D’ETAT et LA PROIE, qui comptent parmi les réussites récentes du cinéma hexagonal. Or comme nombre de metteurs en scène qui œuvrent dans le polar et le fantastique au pays du drapeau tricolore, Valette a connu une escale de l’autre côté de l’Atlantique, d’où provient HYBRID. De la sorte, lorsqu’il attaque ce métrage, il n’est pas un débutant mais il doit faire ses preuves dans un autre système de production.
De prime abord, on peut remarquer plusieurs différences entre cette histoire de voiture hantée et son précédent long-métrage, MALEFIQUES. Dans ce dernier, nous voyons un père de famille qui vient d’être incarcéré. Il doit cohabiter tant bien que mal avec d’autres détenus dans la cellule alors que l’un d’eux découvre un livre ancien qui contient des formules magiques. Malgré le caractère saugrenu de l’histoire, Valette s’applique à installer une ambiance réaliste et malsaine. A contrario, dans HYBRID, le générique défile sur un paysage urbain filmé de nuit, la caméra attirant notre attention sur une voiture noire. Nous découvrons ses aspects singuliers au bout de quelques minutes : elle roule sans conducteur, elle peut changer de forme et de couleur…
Ainsi, alors que dans le huis-clos en milieu carcéral, Valette plantait un environnement réaliste (la prison) d’où émergeait un élément perturbant les lois rationnelles (le livre magique), ici, le même réalisateur introduit cet élément (la voiture) avant d’installer le cadre réaliste (la fourrière), qui devient le lieu principal du métrage. A cette première différence narrative, on en rajoute une seconde, d’ordre technique, puisque si MALEFIQUE est un thriller oppressant allant crescendo, HYBRID s’affiche en film d’action. Le défi de Valette est donc d’adopter une mise en scène qui lui permet de filmer des mouvements, et non de poser une atmosphère. Ceci peut expliquer une photographie dans l’ensemble assez moche, que beaucoup de spectateurs ne lui pardonneront pas.
Aussi, nous pouvons souvent penser au film de John Carpenter, CHRISTINE, datant de 1983, en raison des récurrents gros plans sur la carrosserie du véhicule. Cette manière de filmer rend charismatique la voiture vedette. Mais il serait plus juste de comparer le film de Valette à un autre long-métrage plus méconnu, ENFER MECANIQUE (THE CAR), de 1977. En effet, dans l’opus de Carpenter, le réalisateur portait une attention particulière au véhicule vivant, une Plymouth rouge, au point de placer le générique de début au moment de la fabrication de la voiture sur la chaîne de montage. Cependant, l’intérêt du récit résidait dans la relation entre le propriétaire (hypnotisé par la beauté de sa Plymouth, comme un enfant avec son nouveau jouet) et sa propriété motorisée. Or, dans le métrage de 1977, l’intrigue se concentrait sur les méfaits d’une mystérieuse berline noire qui semait la terreur dans une petite ville américaine. En somme, une structure narrative assez similaire à celle du film de Valette.
Au final, cependant, il faut bien avouer que la comparaison avec ses deux aînés ne joue pas en faveur de HYBRID, puisqu’il n’arrive jamais à la cheville de ses modèles. Le réalisateur réussit à maintenir un rythme soutenu, mais l’esthétisme manque trop de soin. De ce fait, seuls les amateurs de série Z pourraient trouver leur compte dans bon nombre de dialogues hilarants (les différentes théories pour justifier l’existence de la voiture valent leur pesant de cacahuètes) et de rebondissements poussifs.

Retrouvez notre interview d’Eric Valette.


- Article rédigé par : André Cote
- Ses films préférés : Dark City, Le Sixième Sens, Le Crime Farpait, Spider-Man 3, Ed Wood


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